‹ L'évolution politique dans les diverses races humainesChapitre 531 sur 538 · Ed. de Lavelcye, le Référendum · texte numérisé non relu

Ed. de Lavelcye, le Référendum

r,36 L'ÉVOLUTION POLITIQUE.

Après avoir formulé ces accusations générales, on critique dans le détail les actes des parlements ; on énumère toutes les lois défectueuses qu'ils ont votées, toutes les bévues qu'ils ont commises, tous les cas fort nombreux où leurs décisions ont eu des résultats diamétralement opposés à ceux qu'ils avaient en vue. On nous les montre exerçant de plus en plus une autorité aussi Iracassière que celle des rois auxquels ils ont succédé, s'ingérant sans cesse dans la conduite des particuliers pour leur imposer de maladroites entraves et l'on nous prédit, dans un avenir plus ou moins prochain, la création par les parlements d'un esclavage futur, plus oppressif peut-être que l'ancien. H. Spencer surtout s'est distingué par l'âpreté de ses critiques, par ses ardentes revendications en faveur des droits de l'individu. Or, c'est l'un des fondateurs de la sociologie scientifique ; peu de philosophes ont été doués d'un esprit aussi ingénieux et aussi bien meublé. On ne saurait écarter sans examen des attaques venant d'un tel homme.

Mais ces critiques sont singulièrement exagérées et inspirées par un besoin d'indépendance individuelle, qui est surtout une protestation passionnée contre le joug monarchique, si récemment et si incomplètement secoué. Les faits sociaux sont extrêmement complexes et à qui entreprend de les régler par des mesures législatives, il est facile d'errer, tant il y a d'incidences, de contre-coups, d'actions et de réactions possibles. Les parlements sont souvent, de par leur origine même, assez mal préparés aux questions délicates et fort mêlées qu'ils ont à résoudre. Beaucoup de leurs mesures sont fâcheuses, mal entendues, parfois nuisibles; mais les parlements, qui les ont votées, ont la ressource de les rapporter; Texpérience les éclaire; ils ne sont pas, comme les souverains, enchaînés par une prétendue majesté. Si médiocre que puisse être la valeur d'un parlement, elle sera sûrement

supérieure à celle d'un monarque absolu, rejeton souvent dégénéré d'une race vieillie et exerçant un pouvoir sans contrôle. Incessamment le personnel parlementaire se renouvelle et par suite les assemblées peuvent, si leur mode d'élection est sagement combiné, se rajeunir incessamment, s'enrichir de personnalités capables de diriger leurs résolutions. Il est trop évident que les corps délibérants ne sont pas infaillibles ; mais les individus, monarques ou dictateurs, le sont moins encore. On reproche aux parlements de promuU guer trop souvent des lois médiocres ou même mauvaises; mais ils en édictent aussi de bonnes, qu'il est injuste de passer sous silence.

Un jour peut-être, jour sûrement bien lointain, notre globe pourra être liabité, selon le vœu d'H. Spencer, par des races humaines si perfectionnées au point de vue moral et intellectuel, que l'on pourra sans danger inaugurer l'anarchie complète, brûler tous les codes et n'en plus écrire. Si parfaite sera cette postérité glorieuse, dont nous sommes pourtant les ancêtres indignes, que d'instinct chacun de ses mernbres agira toujours pour le mieux de la collectivité; l'égoïsme, cette ivraie tenace que nous ne pouvons aujourd'hui parvenir à déraciner de nos cœurs, aura cédé la place, dans cette humanité épurée, à un altruisme large et intelligent. Ce sera l'âge d'or; les hommes seront devenus des anges et en effet les anges n'ont que faire d'un gouvernement. Ce qui est sûr, en nous tenant dans le champ de l'expérience passée et présente, c'est que jusqu'ici aucun peuple ne s'est passé d'organisation politique, à l'exception des hordes les plus inlimes de l'humanité. Là même où il n'y a pas encore de gouvernement constitué, par exemple chez les Esquimaux de l'Amérique arctique, il y a des coutumes ayant force de loi et réglant la conduite de l'individu.

Dans l'état moral de notre humanité contemporaine, et

j'entends parler des nations les plus civilisées, la vie sociale est une concurrence acharnée, une lutte sans pitié non seulement pour vivre, mais même pour s'enrichir. On ne se fait guère scrupule d'exploiter les autres et la mêlée est cruelle. Dira-t-on, en appliquant mal à propos la doctrine darwinienne de la concurrence vitale, qu'il faut laisser le champ libre à la sélection, qu'il est socialement utile que les individus mal doués succombent, que le bien sortii'a du mal même, que, seule, l'élite de l'espèce humaine survivra et, d'amélioration en amélioration, finira par engendrer la race angélique rêvée par l'auteur des Principes de sociologie f La prétention a été souvent émise, mais autant de fois réfutée et il n'est pas nécessaire d'y répondre longuement. La concurrence sociale n'est nullement comparable à la concurrence naturelle. Dans nos sociétés civilisées, mais assez grossièrement encore, l'inégalité artificielle est organisée. Notre lutte pour la vie n'est pas un combat loyal en champ clos et avec des armes égales. Tels combattants, et ce sont les plus nombreux, doivent descendre nus dans l'arène où ils trouvent des adversaires armés de pied en cap par le fait seul de leur naissance. Dans un milieu social où le plus ou moins d'argent détermine les conditions mêmes de l'existence, quiconque est né dans la géhenne des déshérités est presque fatalement à la merci des mieux nantis. La sélection n'est pas, comme semblent le croire certains dévots du darwinisme, une divinité sentimentale, animée des plus nobles intentions; elle est tout simplement le résultat de la lutte pour vivre dans un milieu donné, quel qu'il soit. Souvent elle est régressive, et, dans une civilisation mercantile, elle donnera volontiers la victoire non pas au plus digne, au mieux doué moralement et intellectuellement, mais au plus avide, au plus souple, trop souvent au plus riche. Or, c'est dans un tel état social où l'inégalité artificielle est

organisée, que Ton vient nous prêcher comme un sûr moyen de progrès la doctrine du < laissez-faire », l'individualisme à outrance, tel qu'il existe à la Terre de Feu chez les plus sauvages des humains. Il est curieux de voir à quelles aberrations pratiques cette philosophie égoïste peut entraîner même un homme éminent, comme H. Spencer. Gravement il reproche aux libéraux anglais d'avoir obligé les communes à éprouver par des analyses les aliments et les boissons; d'avoir édicté des peines contre ceux qui emploieraient dans les mines des garçons au-dessous de douze ans, ne fréquentant pas récole et ne sachant ni lire ni écrire; d'avoir rendu la vaccination obligatoire en Ecosse et en Irlande; d'avoir fait défense aux employés dans les fabriques d'allumettes phosphorées de prendre leur repas ailleurs que dans les ateliers à couper le bois ; d'avoir fait une réglementation pour empêcher la propagation des épizooties; d'avoir autorisé la formation de comités, qui, en payant la rétribution scolaire, peuvent forcer les enfants à fréquenter l'école ; d'avoir interdit aux nourrices de prendre plus d'un nourrisson à la fois; d'avoir fait défense aux fermiers d'employer des enfants dépourvus du certificat d'instruction élémentaire; d'avoir ordonné l'inspection des fabriques de céruse, etc., etc. *. En vertu de cette sauvage doctrine, qui, déniant au gouvernement toutes les lumières, en dote généreusement les individus, quels qu'ils soient, des populations entières, ignorantes non pas parce qu'elles sont mal douées, mais parce qu'on a négligé de les instruire, seront décimées par des fléaux naturels ou des empoisonnements industriels. En 1870, nous avons eu, nous médecins, la douleur de voir succomber à Paris des milliers de mobiles bretons, à qui l'on avait négligé d'imposer la vaccine, soit dans leur pays natal, soit à leur

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