Charlcvoix, Jownil, etc., Vï
LES ORICwINES DU GOUVERNEMENT. 45
Il s'en faut d'ailleurs que le régime politique soit unil'orme dans toutes les tribus. Dans les tribus républicaines, le pouvoir d'un chef en temps de paix est purement nominal. Chez les Comanches, chez les Illinois, les chefs seraient abandonnés s'ils prétendaient user d'autorité. Leur influence . est toute personnelle; elle dépend de leur vigueur, de leur réputation de courage, plus encore de leur libérahté et de leur richesse relative. Pour être considérés, il leur faut le plus souvent possible € faire chaudière' » ou avoir beaucoup de femmeSy de bateaux, de coquilles, de chevaux, d'esclaves, suivant les régions et la nature des richesses qu'on y estime le plus. Le chef peau-rouge est surtout un chef guerrier. Dans les tribus les plus républicaines, il est élu et souvent pour la durée de telle ou telle circonstance. Ce pouvoir précaire, certaines tribus ne l'accordent même qu'api^ès avoir fait subir au candidat une cruelle initiation. Des tribus de la Colombie lui imposent d'abord un long jeûne, puis les anciens lui appliquent, chacun, trois vigoureux coups de fouet, qui le couvrent de plaies. Le prétendant laisse-t-il, durant cette rude épreuve préliminaire, échapper la moindre plainte, il est déshonoré et rejeté; s'il persiste courageusement, on le couvre de fourmis venimeuses; enfîn on le suspend dans un hamac, sous lequel on dispose un feu d'herbes de telle sorte qu'il en sente la chaleur et soit suffoqué par la fumée. On voit des candidats au pouvoir succomber pendant ces cruelles initiations^.
Les chefs sont ordinairement multiples; chaque clan nomme le sien . Quelques-uns cependant sont chefs principaux et parfois, chez les Omahaspar exemple, on les choisit ordinairement dans un clan donné, c'est-à-dire qu'on incline déjà vers le gouvernement aristocratique. Au-dessous des
1. Letlret édifiantet, XI, 305. — Domencch, Voy. gr. déserisy 531. t. MoUien, HUt, univ, voy., vol. XUI, 408.
chefs principaux, il y a des chefs subordonnés, qui abdiquent à la mort de leur supérieur ^ Parfois, pas de chefs principaux, mais des chefs démocratiques, tous égaux entre eux et élus en conseil à main levée -. Pour être élu chef chez les Omahas, il faut jouir d'une bonne réputation et avoir donné des festins aux pauvres, aux gens dont on n'est pas parent^. Chez les Omahas, le populaire n'est point admis dans les conseils, ou du moins n'y a pas voix délibérative; seuls, les chefs délibèrent*. Chez les Omahas encore, les chefs exercent les fonctions législatives, executives et judiciaires; ils ont sous leurs ordres des hommes de police, leurs serviteurs et leurs messagers. Ces chefs principaux peuvent, toujours chez les Omahas, ordonner à lenvs policemen de frapper ceux qui leur désobéissent. Ils ont le droit de faire proclamer les décisions du conseil, de faire préparer un festin, d'occuper les principaux sièges dans les assemblées^; mais ils sont primés par les gardiens des calumets et des tentes sacrées, sans l'agrément desquels on ne peut convoquer le conseil''. Les tribus des Omahas tendent donc déjà à sortir de l'égalité originelle. Ailleurs, c'est sur l'ordre des chefs élus que s'assemblent les conseils'.
Il est au reste bien d'autres tribus où l'hérédité des fonctions s'est établie ou est en voie de s'établir, c'est-à-dire où la forme républicaine et égalitaire a disparu ou menace de disparaître. Chaque tribu ou chaque nation ayant ses usages parliculiers, celles qui sont en voie de transformation politique nous font assister à une série de véritables expériences