Lafitau, Mœurs des sauvages, II
sociologiques. Chez les Peaux-Rouges de la Californie, la dignité de chef se transmet ordinairement du père au fils, mais non pas encore en vertu d'un droit. Le plus souvent, le chef, alors qu'il sent les atteintes de Tâge, prend le parti d'abdiquer en faveur de son fils. Il le fait dans une grande fête, à laquelle il convoque, par l'intermédiaire des crieurs, tout son petit peuple ^ Que le pouvoir ait ainsi passé du père au fils par simple donation entre vifs un certain nombre de fois, et le pli sera pris, l'hérédité deviendra une habitude; or, les lois des primitifs ne sont que des habitudes. Cela est arrivé en Californie, dans diverses tribus, à ce'point que les femmes mêmes peuvent parfois succéder au chef défunt^ Chez les Hurons, l'hérédité du pouvoir était déjà réglée; comme celle des biens ; elle se faisait dans la ligne mateinelle. La dignité de chef passait au fils de la sœur ou au plus proche parent du côté féminin, mais l'héritier devait être d'âge suffisamment mûr. Ëtait-il trop jeune encore pour régner? on instituait une régence. L'hérédité politique était donc déjà bien établie, passée dans les mœurs.
Il faut d'ailleurs distinguer entre les chefs. C'était surtout pour les chefs de clan, que la transmission héréditaire était de règle, et cela se comprend, puisque le clan était, avant tout, une grande^famille. Dans le clan, dans la cabane^ les femmes avaient une grande influence. C'était souvent une matrone, qui, après en avoir conféré avec les membres du clan, € relevait l'arbre », c'est-à-diredésignait le descendant en ligne féminine qui devait succéder. Le clan étant une association consanguine; le chef n'était que le premier des parents et il appelait ses administrés des neveux^. Pour le le chef de la tribu, le véritable chef politique, le droit hérc-