‹ L'évolution politique et la révolutionChapitre 23 sur 73 · FRANÇAISE · texte numérisé non relu

FRANÇAISE

mais de fournir des situations rétribuées à un personnel politique plus nombreux et non moins besogneux que

nom de reitres qui étaient de la cavalerie et de lansquenets qui étaient do l'infanterie. Enfin, sous les derniers règnes, nous avons eu toutes sortes de nations dans nos armées. »

Jusqu'au règne de Louis XI, les armées demeurèrent cependant en majorité composées de corvéables. Tout eu augmentant le nombre des compagnic^i d'ordonnance composées d'enrôlés volontaires, Charles VII oliligea eu 1848 chaque paroisse à lui fournir un fantassin pour aller en campagne avec l'arc et les flèches; il affranchit de tous subsides ceux qui étaient choisis; de là leur nom de francs archers. On leur donnait une solde de 4 francs par mois. Cette milice subsista jusqu'à Louis XI, qui supprima la corvée militaire et que cette mesure lil)érale rendit populaire. Ce roi bon économe, nous pourrions dire économiste, ne se contenta pas d'enrôler des nationaux pour remplacer les corvéables; il alla chercher des soldats de préférence dans les pays où ils étaient les meilleurs et au meilleur marché ; il enrôla notamment des Suisses et des Écossais. Charles Vlll y ajouta de l'infanterie allemande. Louis XII prit des slradiots à son service; on appelait cette troupe recrutée en Grèce : cavalerie albanaise.

A partir de Louis XI jusqu'à Louis XIV, l'armée française se composa presque exclusivement d'enrôlés volontaires recrutés pour les deux tiers environ en France, et pour un tiers à l'étranger, principalement en Suisse, en Allemagne, en Ecosse et en Irlande. Le recrutement s'opérait par dos intermédiaires auxquels il était alloué une prime.

« Les hommes de recrue, lisons-nous dans l'Histoire du p. Daniel, doivent être enrôlés sans séduction, violences ni supercheries, à 5 pieds 2 pouces depuis n ans jusqu'à 40 en paix, et à 5 pieds 1 pouce en guerre depuis 18 ans jusqu'à 48. Le terme des engagements est de 8 ans, au bout desquels le soldat doit avoir son congé quand même il serait parvenu aux hautes payes. Les engagements doivent être faits sur des imprimés que l'enrôlé doit signer et, s'il ne sait pas écrire, il y met ses marques en présence de deux témoins qui signent l'engagement, au bas duquel sera le signalement et renseignements sur la profession de l'homme enrôlé et l'argent qu'il aura reçu. Si ces noms et renseignements vérifiés se trouvent faux, l'enrôlé est condamné aux galères. Comme l'engagement ne peut être annulé que par l'intendant qui en rend compte au ministre, l'accommodement fait par le préposé à l'effet d'enrôler est réputé nul et le préposé est puni. Un père de famille qui se repentira de s'être engagé, peut présenter à ses frais un homme en sa place.

« Le prix de l'engagement est de 30 livres, dont un tiers est donné sur-lechamp, xm tiers au quartier du régiment de recrue et le reste lors de l'arrivée au régiment pour lequel l'enrôlé est destiné. Ces paiements ne peuvent être différés ni anticipés sous aucun prétexte : le pourboire est de 5 livres pour les hommes de 5 pieds 1 pouce, do 10 livres pour ceux de S pieds 2 pouces, 15 livres pour 5 pieds 3 pouces, 20 pour 5 pieds 4 pouces, et 23 pour ceux au delà. La gratification des préposés est de 3 livres pour chacun des cinq et six premiers hommes, 4 livres pour chacun des sept et huit, a livres pour chacun des neuf et dix, 6 livres pour chacun des dix et onze et ainsi en proportion, mais ils sont chargés des frais de voyage et autres menus frais et responsables des avances faites aux hommes qui ne se rendraient point au

celui de rancien régime. L'enseignement, les routes, les canaux, les télégraphes et, en partie, les chemins de fer

quartier du régiment de recrue ou qui seraient réformés pour cause d'incommodité.

« On donne aux nouveaux enrôlés deux chemises de toile, un col noir, line paire de souliers, une paire de guêtres noires, des culottes, une veste, un chapeau, un habit, un havresac, un fusil, une bayonnette, une giberne et un ceinturon.

« L'ordonnance de Louis XIV, du 9 février 1692, et celle de Louis XV, du 2 juillet 1716, défendent expressément à tous capitaines et autres ofticiers de ne faire aucun enrôlement de cavaliers, drag-ons et soldats qui ne soient volontaires, et s'il arrive qu'un capitaine ou autre officier ait fait prendre ou enlever dans leurs maisons et sur des chemins, à la campagne ou ailleurs, des gens pour les faire entrer contre leur gré dans sa compagnie, il sera mis en prison par ordre des gouverneurs ou commandants dans les provinces jusqu'à ce que S. M., informée des circonstances de la violence, puisse lui imposer le châtiment qu'il aura mérité. »

Malheureusement, sous Louis XIV, la pénurie des finances et la nécessité d'augmenter dans une proportion extraordinaire l'elïectif militaire, déterminèrent le roi à revenir au système moins onéreux et plus expéditif de la corvée. La puissance royale s'était tellement accrue depuis Richelieu, que ce lourd et cruel impôt pût être rétabli sans soulever de résistances sérieuses. A la vérité, Louis XIV se contenta d'abord d'une levée de 23,000 hommes et il alloua aux miliciens en sus de la solde fixée à 5 s. 6 d. des avantages particuliers. Le contingent de chaque province était réparti entre les paroisses. On procédait par voie de tirage au sort entre les garçons et au besoin les hommes mariés de 16 à 40 ans. La durée du service était de 5 ans, la moitié du contingent était congédiée après 3 ans, les hommes mariés étaient compris dans cette moitié. Voici, au surplus, quelques détails sur la solde et les avantages faits à cette milice, d'après les ordonnances royales :

(i Lorsque lesdits bataillons de milice seront assemblés, il sera payé 2 liv. 10 s. par jour au capitaine de chaque compagnie, 13 s. 4 d. à chaque lieutenant, 10 s. à chacun des onze sergens, 7 s. 6 d. à chacun des trois caporaux, 5 s. 6 d. à chacun des trois anspessades, 3 s. 6 d. à chacun des quarante-huit fusiliers, et 7 s. 6 d. au tambour.

« 11 doit être fourni par les paroisses, lorsque S. M. fera assembler lesdites milices pour marcher sur les frontières, à chaque milicien un bon chapeau, une veste et une camisole d'une étoffe ordinaire du pays, une paire de souliers, une paire de guêtres, deux chemises de toile et un havresac. En outre, 8 [livres en argent dont 3 livres seront délivrées au milicien et les 3 livres restantes appliquées aux commissaires employés à la levée, lesquelles fournitures seront renouvelées en cas de besoin d'année en année.

« Quant à l'armement et au surplus de l'habillement, S. M. leur fait Iburnir un justaucorps de bon drap doublé de serge, une culotte, une cartouche, un fourniment avec son porte-fourniment, un ceinturon de buffle piqué avec son porte-bayonnctte et porte-épée, une épée et un fusil.

« ...Tout milicien qui aura servi pour sa paroisse le temps de quatre années ne pourra être imposé à la taille personnelle ou industrielle que doux ans après l'expiration de son service, pour son bien propre et pour ceux qui lui viendront du chef de sa femme, s'il se marie dans le cours desdits deux ans :

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ont été englobés dans l'exploitation de l'État; les attributions des administrations communales et départenien-

et dans le cas où ledit milicien prendra, pendant ledit temps, des fermes ou exploitations étrangères, il sera, pour raison d'icelles, taxé d'office modérément par l'intendant de la province. Veut S. M. que le milicien qui se trouvera marié, lorsqu'il marchera pour sa paroisse, soit diminué de 10 livres sur sa cote personnelle, pour chacune de ses années de service. En outre, que les pères desdits miliciens soient exempts de collecte, pendant que leurs enfans serviront à ladite milice, que pendant ledit temps, leurs cotes de taille ne puissent être augmentées par les collecteurs. »

Rétalilie seulement à titre de nécessité temporaire, la corvée militaire devait se perpétuer en s'alourdissant graduellement. Cependant, les soldats de milice n'entrèrent pas pour jilus d'un cinquième environ dans la composition de l'armée française jusqu'à la révolution. En 1762, sur un pied de guerre de -430,731 hommes, on comptait 105 bataillons de milice avec un effectif de 77,040 hommes; en 1772, sur un pied de paix de 219,163 hommes, les milices figuraient pour 43,888 hommes seulement.

La révolution allait généraliser le servage militaire, aboli trois ou quatre siècles auparavant et auquel l'ancien régime n'était revenu que timidement et partiellement depuis Louis XIV. Ci'pendant, les cahiers du tiers état étaient unanimes pour réclamer la suppression de cette pire variété de la corvée.

« A la fin de l'ancien régime, la milice est attaquée de toutes parts ; quelques écrivains militaires y voient ime dépense iniUile ; les soldats des troupes réglées, une concurrence maladroite ; l'économiste, fléau poiir la l'ichesse publique; le philosophe, une atteinte à la liberté humaine; le peuple, un impôt écrasant et ime iniquité.

« Parmi les adversaires du service obligatoire, il faut compter en premier lieu presque tous les économistes. Ecrivant au marquis de Monteynard, ministre de la guerre, Turgot, alors intendant de Limoges, considère la doctrine du service militaire dù par tous comme une formule de rhétorique... Condorcet déclare « inapplicable aux nâtions modernes la maxime des « anciens peuples qui appelait tous les citoyens à la défense de la patrie » ; pour lui, l'enrôlement forcé est un système barbare et routinier, condamné à disparaître. Le soldat qui sert par force n'est jamais qu'un mauvais soldat : cette maxime d'alors rallie do nombreux adhérents. Une phrase de Condorcet résume les arguments émis en faveur de l'enrôlement volontaire : « Cette méthode d'avoir des soldats est en même temps la jilus juste, la plus noble, la plus économique, la plus sûre, la plus propre à former de bonnes troupes... »

Au moment où les Etats généraux s'ouvrirent, la milice était à peu près universellement condamnée. Elle tomba avec l'ancien régime; abolie de l'ait depuis la nuit du 4 août, elle fut officiellement supprimée le 4 août 1791.

'< Durant le cours de la discussion (séances des 12, 15, 16 décembre 1789), Dubois de Crancé, au nom de la minorité du comité militaire, et le baron Menou se prononcèrent poiir le service obligatoire et l'établissement d'une conscription. Le duc de Liancourt, le vicomte de Mirabeau, Bureaux de Pusy, soutinrent l'enrôlement volontaire; le comité militaire, par l'organe de son rapporteur, le marquis de BouthiUier, s'était déjà déclaré favorable à ce dernier système... Image de l'opinion, la grande majorité de l'Assemblée constituante était hostile au service forcé. Les discours prononcés dans cette

taies (celles-ci multipliées par le morcellement artificiel des provinces) ont été augmentées avec celles du gouver-

asscmfjléc sont des indices curieux de la répugnance qu'excitait alors chez les esprits libéraux l'idée de ce service. » 11 vaudrait cent fois mieux, s'écriait le duc de Liancourt, -vivre à Constantinople ou au Maroc que dans un pays où de pareilles lois seraient en vigueur. » La discussion fut close par le vote suivant, en date du 16 décembre 1789 : « Les troupes françaises, de quelque arme qu'elles soient , autres que les milices et gardes nationales , seront recrutées par enrôlement volontaire. »

<i L'imminence d'une guerre avec l'Autriche fit décider, le 28 janvier 1791, la levée d'une armée auxiliaire de 100,000 hommes recrutés par enrôlement volontaire. Les forces militaires devaient se trouver composées ainsi qu'il suit : armée active, 1.jO,000 hommes; armée auxiliaire, 100,000 hommes; garde nationale, formée de tous les citoyens actifs de 18 ans à 50 '. »

Cependant le système de la corvée militaire, aboli avec tant d'enthousiasme, ne devait pas tarder à reparaître, et l'Assemblée nationale, dont les décisions ne In'illaient point d'ailleurs du côté de la logique, le rendit à peu près inévitable, en prohibant le recrutement des soldats étrangers. En 1791, on s'était contenté de faire appel aux volontaires de la garde nationale; en 1792, on les exigea, et bientôt après, en 1793, on recourut simplement au système des réquisitions, qui demeura en vigueur jusqu'en 1798. Alors une loi du 19 fructidor an VI donna une organisation réguliéie à l'enrôlement olfhgatoire, en établissant la conscription.

On pourra s'étonner que la corvée militaire, si impopulaire en 1789, ait pu être rétablie et généralisée en 1793 ; mais il. ne faut pas oublier que la centralisation donnait à la Convention une puissance d'autant plus irrésistible qu'elle avait pour instrument la guillotine. Non seulement les réfractaires étaient punis de mort, mais cette pénalité terrible et sommaire était infligée aux « complices de l'étranger » accusés « de détourner » les jeunes gens du service militaire. Plus tard, la peine de mort fut remplacée par des condamnations solidaires infligées aux conscrits et à leurs parents. Dans les Notices sur l'intérieur de la France, écrites en 1806 par M. Faber, on trouve une esquisse curieuse et émouvante des mesures qui étaient prises pour assurer l'acquittement de la corvée militaire.

« La France, dit M. Faber, ressemble à une grande maison de détention cil l'un surveille l'autre et où l'un évite l'autre. On ne peut aller à une portée de fusil de son endroit sans être toisé et questionné. Partout, des gardiens, dies surveillans, des espions; on doit toujours être muni de nombre de certificats et papiers. Souvent on voit un jeune homme qui a les gendarmes à ses trousses; souvent, quand on y regarde de près, le jeune homme a les pouces liés; quelquefois il porte les menottes. Les mesures de surveillance augmentent à mesure qu'on approche des frontières; il y a là sextuple, peut-être décuple rang de gardiens. La ligne des douanes y fait la visite des fronts et des physionomies comme celle des poches.

Il Vous êtes en voyage. Tout à coup vous ne pouvez passer outre. Une foule nombreuse obstrue la grande route. Fracas de chaînes. Voix plaintives. Escorte à cheval. Sabres nus. Des hommes à figure pâle et défaite, tête rasée, à costume hideux, traînant des chaînes et des boulets, forment une

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