‹ L'évolution politique et la révolutionChapitre 25 sur 73 · COO · texte numérisé non relu

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{Histoire de la milice française, par le P. Daniel.)

LA RÉVOLUTION FRANÇAISE

créer une série de déficits qui allèrent s'accumulant et finirent par embarrasser sérieusement les finances. Une autre cause d'embarras s'ajoutait à celle-là. La dépossession de la féodalité seigneuriale avait eu pour résultat de réunir autour du souverain les béritiers des maisons dépossédées. En compensation de la clientèle politique qu'il leur avait enlevée, il leur avait distribué de grands emplois, des cbarges honorifiques et autres sinécures. La « cour » était devenue de plus en plus nombreuse et fastueuse, et elle constituait ^pour les finances de l'Etat une charge de plus en plus lourde. Le roi distribuait les grâces et les faveurs, et il lui était bien difficile de les refuser à ses favoris et à ses favorites. Que lui coiitaient-elles? Une signature. Cependant, à la longue, les embarras financiers, provenant de ces deux causes, étaient devenus tellement pressants qu'il fallut bien aviser aux moyens d'y remédier. Ces moyens étaient de deux sortes : V on pouvait réduire les dépenses, mais aussitôt qu'on essayait de recourir à ce procédé, on se trouvait en présence de la coalition de tous ceux qui vivaient, dûment ou indûment, aux dépens de l'Etat; 2" on pouvait augmenter les recettes,, en imposant à la nation un supplément de charges. Certes, la nation était assez riche, — l'expérience l'a prouvé plus tard, — pour supporter ce fardeau supplémentaire. Mais les progrès de l'industrie, de la richesse et de l'instruction, — instruction encore fort incomplète et trop mélangée d'ivraie, — avaient créé des foyers de mécontentement et do résistance qui rendaient dangereux un accroissement d'impôts et faisaient hésiter à y recourir, sans le consentement des imposés. Tandis que la noblesse, en possession héréditaire de la plupart des grands emplois, des sinécures et d'un restant de privilèges en matière d'impôts, s'était déconsidérée en passant à l'état de domesticité de cour et qu'elle avait perdu son influence locale en désertant ses châteaux

pour le séjour de Versailles', enfin s'était appauvris, malgré les faveurs et les privilèges dont elle jouissait^, par suite de la diminution des profits de la guerre, les progrès de l'industrie avaient fait croître en nombre, en richesse, en influence et aussi en appétits, la classe moyenne. Celle-ci supportait avec impatience la supré-

1. « La noblesse militaire, dit un écrivain qui aie premier étudié la révolution en économiste, sans se laisser influencer par les théories et les passions politiques, M. Raudot, la noblesse militaire était exposée pendant la paix à une vie d'oisiveté et de dissipation. Ne participant en aucune manière, comme corps politique, au gouvernement de l'État, ni même à son administration, excepté dans les pays d'État, elle ne conservait pas son influence sur les esprits par ses actions et son utilité, elle ne se mêlait pas aux populations pour faire taire, par ses services journaliers, leurs préventions et leurs jalousies. La noblesse avait des prétentions et point de puissance. Presque dans toute la France, elle n'avait point d'assemblées et de délibérations, de vie politique ; chacun était dans la faiblesse de l'isolement. L'attrait d'un vain éclat et du plaisir remplaçait les idées d'indépendance et d'ambition politique. La noblesse abandonnait ses terres pour la cour et les plaisirs des villes, et perdait ainsi son influence sur les populations et souvent sa fortune. N'étant pas obligée de s'occuper du peuple pour parvenir à de hautes positions, elle ne trouvait pas dans la nécessité de l'élection de ses concitoyens un stimulant énei-gique, une occasion d'augmenter ses connaissances, sa considération, son influence; elle n'avait pas la vigueur des pensées, l'activité, l'intelligence des hommes et des afiaires indispensables aux classes appelées à diriger une nation; la noblesse n'était pas gouvernementale. A la tête de la nation par les lois, elle ne conservait pas réellement sa supériorité. Les nobles étaient de plus en plus des officiers sans soldats. La bourgeoisie se demandait déjà à quoi servait une noblesse tombée dans la frivolité et la débauche, et pouvait croire qu'elle-même saurait aussi bien et même beaucoup mieux conduire les destinées de la nation.

<> Un autre vice de l'organisation de la noblesse et de ses idées dominantes, c'est qu'elle n'avait et ne voulait avoir nul moyen de s'assimiler complètement les grands talents qui pouvaient surgir dans les autres classes de la société, de les absorber ainsi pour son plus grand avantage. Ces grands talents n'avaient pas eux-mêmes l'occasion légitime de se développer entièrement ; ils restaient en dehors des plus hautes classes dont ils auraient pu augmenter la force et que souvent, au contraire, par dépit et par orgueil, ils travaillaient à détruire ' .»

Voir encore, sur les causes de la décadence de la noblesse et l'impatience croissante avec laquelle les autres classes supportaient sa suprématie et ses privilèges, Tocquevlle, l'Ancien Régime et la Révolution, t. Il, chap. It^"" : Pourquoi les droits féodaux étaient devenus plus odieux en France que partout ailleurs.

2. Le préjugé noijiliairc interdisait aux nobles pauvres les emplois de l'industrie et du commerce. Ce fut seulement au xviii" siècle qu'une réaction

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