‹ L'évolution politique et la révolutionChapitre 27 sur 73 · FRANÇAISE · texte numérisé non relu

FRANÇAISE

civile* et étrangère, les levées en masse et la ronscription, l'incapacité et les dilapidations dn nouveau personnel gou-

1749 jusqu'en 1748, guerre . . . . 112,805,000 liv. 192,334,000 liv.

1740 — 1755, paix 155,553,000 237,205,000

1756 — 1763, guerre. . . . 133,778,000 210,899,000

1764 — 1776, paix 163,164,000 ;i09,243,000

1777 — 1783, guerre . . . . 207, .336, 000 239,782,000

1784 — 1788, paix 301,727,000 354,423,000 ».

Dans les années 1787, 1788 et 1789, le commerce extérieur s'éleva, sous l'influence du traité de commerce avec l'Angleterre, importations et exportations réunies, à 991, 983 et 1018 millions.

Dans les années qui suivirent l'explosion révolutionnaire, ce commerce fut presque entiéi emrnt détruit et il ne se releva qu'avec une extrême lenteur. " « Pendant les quiuzo premières années de ce siècle, dit M. Maurice Block (Statistique de la France), les relations commerciales furent à peu près stationnaires ; elles oscillèrent entre un chiffre minimum de 621 millions en 1809 (288,5 ;i l'importation et 332,3 à l'exportation) et im maximum de 933 miOions et demi en 1806 '477 millions à l'importation et 456 millions à l'exportation^. De 1813 à 1826, les résultats furent à peu près les mêmes. Le mouvement commercial en 1815 descendit à 611 millions (199 raillions à l'importation et 412 à l'exportation). En 1823, année la plus florissante de la péi'iode, il remonta à 934 millions (410 millions à l'importation et 544 à l'exportation). »

Ce ne fut donc qu'au bout de 36 ans que le commerce extérieur de la France se retrouva à peu pi-ès au niveau qu'il avait atteint avant la Révolution.

1. Après deux aimées de g-uerre civile, la Vendée ne présentait plus qu'un effroyable monceau de ruines. Environ 900,000 individus, hommes, femmes, enfants, vieillards avaient péri, etle piHit nomlire de ceux qui avaient survécu au massacre trouvaient à peine de quoi s'alimenter et s'abriter. Les champs étaient dévastés, les enclos détruits, les maisons incendiées. Un ancien administrateur des armées républicaines, qui a laissé des mémoires curieux sur cette guerre d'extermination, décrivait ainsi le spectacle qui s'était offert à lui dans une de ses tournées :

« Je n'ai pas vu, disait-il, un seul homme dans les paroisses de Saint-Harmand, Chantonnay et les Herbiers. Quelques femmes seulement avaient échappé au glaive. Maisons de campagne, chaumières, habitations quelconques, tout était lirùlé. Les troupeaux erraient comme frappés de terreiir autour de leurs habitations fumantes. Je fus surpris par la nuit; mais les flammes de l'incendie éclairaient tout le pays. Aux beuglements et aux bêlements des troupeaux se joignaient les cris rauques des oiseaux de proie et des animaux carnassiers qui, du fond des bois, se précipitaient sur les cadavres. Enfin, une colonne de feu que je voyais augmenter à mesure que j'approchais, me servit de fanal. C'était l'incendie de la ville de Mortagne. Quand j'y arrivai, je n'y trouvai d'autres êtres vivants que de malheureuses femmes qui cherchaient à sauver quelques efl'ets de l'embrasement général... »

Les Révolutions et le Despotisme, p. 101.

1. Voyages en France, par Arthur Young, avec des notes et observations par M. Decazaux, t. III, p. 298.

vernant et administrant, et vous arriverez à un total tel que, à part les grandes destructions occasionnées par les invasions barbares, — et la révolution a-t-elle été autre chose qu'une irruption de la" barbarie intérieure? — on ne saurait citer aucun peuple qui ait subi dans ce court espace de sept années une aussi effroyable déperdition de forces, de richesses et de civilisation.

Dans la période de dictature militaire et administrative qui succède, de 1799 à 1814, à la période anarchique de la révolution, la paix intérieure se rétablit, les partis sont dissous ou réduits à l'impuissance, mais le dictateur appuyé sur l'armée et l'administration se fait, d'une manière inconsciente, l'instrument de leur domination, en croyant établir la sienne. A l'armée, la guerre, redevenue permanente d'intermittente qu'elle était sous l'ancien régime, procure un débouché plus avantageux que jamais : les grades, les dotations, les majorais et les titres héréditaires récompensent largement les chefs , tandis que les réquisitions en pays ennemi et le relâchement des usages de la guerre dédommagent le soldat de l'extension illimitée du servage militaire. A l'administration, le dictateur fournit de même un accroissement de débouchés et de profits, en augmenlant les attributions de l'Etat, dont les conquêtes de l'armée reculent les limites géographiques : la carrière administrative s'élargit, la France exporte des employés de tous grades en Belgique, en Hollande, dans les provinces rhénanes, en Italie, en Espagne ; le monopole de l'Université et le Concordat procurent encore des moyens d'existence assurés à un nombreux personnel de fonctionnaires civils et religieux. Cependant, la coalition de l'Europe, lasse de servir de débouché à l'armée et à l'administration impériales, et l'épuisement de la France mettent fm à la dictature révolutionnaire ; la France paye les frais de deux invasions et, avec la Restauration, s'ouvre la troisième période, la

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période constitutionnelle et parlementaire de la révolution. Les partis se reconstituent et recommencent, cette fois par des moyens pacifiques, à lutter pour la possession et l'exploitation de l'Etat. Malgré les exigences de cette lutte, les droits politiques demeurant concentrés dans les classes supérieures, naturellement peu nombreuses , les attributions de l'Etat ne se développent que d'une manière peu sensible; le pays est gouverné par des politiciens d'élite et administré avec économie. L'industrie progresse, en dépit des entraves du régime prohibitif rétabli au profit des classes investies des droits politiques ; la littérature et les arts, dont la Révolution avait rétréci et abaissé les débouchés, renaissent et prennent un vif essor, sous l'influence de la paix , de la sécurité et de l'accroissement de la richesse. Malheureusement, la guerre civile des partis descend, de nouveau, de l'arène parlementaire dans la rue. Le coup d'Etat des ordonnances et les journées de Juillet 1830 ouvrent une nouvelle crise révolutionnaire, qui trouble et ralentit, pendant plusieurs années, la marche des affaires. La paix intérieure finit néanmoins par se rétablir, la paix extérieure est conservée. Seulement, le risque de guerre s'est élevé sous l'influence de la crise, les dépenses militaires se sont grossies en conséquence, tandis que l'extension des droits politiques détermine, avec l'abaissement du personnel gouvernant, un accroissement graduel des attributions de l'Etat et une augmentation coiTespondante des dépenses civiles. Les budgets deviennent d'année en année plus volumineux sans dépasser encore toutefois des proportions raisonnables.

A cette période de monarchie constitutionnelle et parlementaire qui va de 1814 à 1848, interrompue seulement par le retour de l'île d'Elbe et la courte convulsion révolutionnaire de 1830, succède une période de république parlementaire et de dictature impériale, ouverte par la révolu-

lion de février 4848 et marquée par l'établissement du suffrage universel, les journées de Juin, le coup d'Etat du 'ù, décembre, les guerres du second Empire, l'invasion allemande, la révolution du 4 septembre et la Commune. Dans cette dernière période, l'accroissement rapide du risque de guerre, provenant des progrès de la révolution sur le continent et de l'établissement en France d'une nouvelle dictature appuyée sur l'armée, a élevé extraordinairement les dépenses militaires et doublé les dettes publiques, tandis que les crises engendrées par les insurrections, les révolutions et les guerres ralentissaient le développement de l'industrie et des affaires, et que la suppression des barrières qui limitaient le corps électoral agissait à la fois pour augmenter les attributions de l'Etat et abaisser le personnel gouvernant. Non seulement les dépenses de l'Etat, mais encore celles des départements et des communes, ont crû dans une progression inusitée, et on a vu, comme une conséquence inévitable de l'aug-mentation des charges publiques, la vie devenir de plus en plus chère'.

\. D'après le compte rendu de M. Neckcr, le budget des dépenses s'élevait, dans les dernières années de l'ancien régime, à environ 600 millions (oS.'i millions en IISS) pour une population évaluée communément à 2o millions d'habitants (24,800,000 en 1784), mais que M. Raudot porte, avec raison selon nous, à 29 millions. Les intérêts de la dette publique s'élevaient à 207 millions. La banqueroute, déguisée sous les euphémismes de consolidation et d' unification de la dette, les réduisit à 42 millions. Néanmoins, après dix ans de révolution, le budget rétabli régulièrement est monté au chiffre de 833 millions pour une population de 27,349,000 habitants. Il serait impossible de faire le compte, même approximatif, des dépenses publiques et des charges qu'elles infligeaient aux contribuables dans ces dix années de despotisme et d'anarchie, pendant lesquelles les réquisitions et le maximum étant les principales i-essources des gouvernements issus de la révolution. Tout ce qu'on peut affirmer, c'est que cette taxation barbare coûtait aux contribuables au moins le double de ce qu'elle rapportait à l'État. On peut évaluer à 4 ou 5 milliards * le produit net de l'émission des 45 miliards d'assignats, et estimer, sans s'éloigner beaucoup de la vérité, la dépense annuelle des gouvernements révolutionnaires à un milliard, et la charge des contribuables à deux milliards.

■\'^oici maintenant, d'après M. Ch. Nicolas (les Budgets de la France)

1. Voir notre Cours d'économie politique, t. Il, 7» leçon. Le papier-monnaie.

LA REVOLUTION FRANÇAISE

Si l'on pouvait faire le compte de ce qu'ont coûté, dans ces différentes périodes et particulièrement dans les deux premières et dans la dernière, les guerres extérieures proquelle a été, depuis cette époque, la progression des dépenses publiques do la France :

1801 835.223.437 18il 1.323.239.623

1806 II an.3 mois) 1.161.783.178 1846 1.366.523.391

1816 1.053.834.028 183ii 2.193.781.787

Tandis que la population no s'élevait, dans cet intervalle, que do 27 millions d'habitants à 37 millions, les dépenses de l'État montaient de 833,223,000 l'r. à 3,770,000,000 fr., c'est-à-dire qu'elles étaient plus que quadruplées.

voquées par Ja révolution, la guerre civile des partis, tantôt dans le Parlement et tantôt dans la rue, tantôt faite à coups de discours et de votes, tantôt à coups de fusil, en attendant la dynamite, si l'on pouvait additionner, avec l'accroissement des budgets et des dettes, les pertes matérielles que les crises de la révolution ont causées à l'industrie, les dommages plus considérables encore occasionnés par l'extension des attributions de l'Etat, le régime prohibitif et les monopoles établis au profit des classes dominantes en matière de crédit, de voies de communication, etc., on atteindrait à un chiffre qui paraîtrait invraisemblable. Nous n'exagérons point en estimant au tiers et peut-être à la moitié de la masse annuelle du travail de l'ensemble de la population valide de la France , la somme nécessaire pour solder les frais et servir les dettes de l'énorme et informe établissement politique que la révolution a institué, dont elle élargit continuellement les dimensions et appesantit le fardeau. A bien considérer les choses, n'estce pas la résurrection du vieux régime de la corvée, perfectionné de telle sorte que la multitude des corvéables, autrement dit des consommateurs politiques, ignorent quelle partie de leur labeur quotidien est employée à satisfaire à leurs besoins et quelle autre partie à l'entretien de cette idole de plus en plus avide de sang et d'argent que l'on nomme l'Etat.

§ 2. Démoralisation causée par la révolution. — Aux pertes matérielles causées par la révolution, il faut joindre une autre série de dommages qui échappent à tout calcul : nous voulons parler de la démoralisation produite, d'un côté par le spectacle du succès brutal des émeutes et des coups d'État, des proscriptions politiques, de la curée des places, de l'abaissement de ceux qui veulent les garder et de ceux qui veulent les obtenir devant les triomphateurs du jour; d'un autre côté, et surtout, par l'hypocrisie néces-

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saire des actes et du langage des partis politiques. Le but que s'efforcent d'atteindre les « politiciens » des partis, sans se montrer autrement scrupuleux sur le choix des moyens, c'est la possession du pouvoir , représentant pour eux et leurs commettants une somme plus ou moins considérable de profils et d'honneurs. Mais s'ils avouaient sincèrement et ouvertement qu'ils poui^suivent cet objectif matériel, ils soulèveraient contre eux la conscience publique, quelques-uns même, particulièrement délicats, leur propre conscience ; et il leur deviendrait impossible d'arriver à leurs fins. Il faut bien qu'ils le dissimulent sous les apparences du désintéressement, de l'amour du peuple et du patriotisme. Ecoulez-les. S'ils consentent à subir les déboires et à affronter les orages de la vie politique, c'est uniquement dans l'intérêt du peuple et pour l'amour de la patrie. C'est par pur dévouement qu'ils se résignent à être députés, sénateurs, ministres, ambassadeurs. Ce n'est pas tout. Quand ils sont dans l'opposition, comment pourraient-ils arriver au pouvoir, s'ils ne captaient point les suffrages du souverain? Il leur faut donc flatter ses passions, ses préjugés et ses intérêts ; lui promettre, s'il est ignorant et misérable , des réformes qui améliorent sa condition d'une manière instantanée. Mais, qu'ils réussissent à arriver au pouvoir : aussitôt leur langage change, ils oublient leurs promesses et leurs programmes, sauf à les reprendre quand ils en auront été évincés. Ils avaient promis par exemple de diminuer les dépenses publiques, ils les augmentent; ils s'étaient engagés à maintenir la paix, ils font la guerre. A quoi tiennent ces revirements et ces mensonges? Faut-il croire que les hommes politiques soient nés menteurs et hypocrites? Non! mais ils subissent des nécessités inhérentes au régime de la souveraineté du peuple, et à la situation que ce régime a faite aux partis. Quand la l'eligion était le canal qui conduisait à la fortune et aux

honneurs, on simulait l'amour de Dieu : depuis que le peuple est devenu souverain et presque Dieu, on simule l'amour du peuple et on se dévoue aux intérêts de la patrie comme autrefois aux intérêts du ciel. De là la phraséologie écœurante des oraisons électorales, et l'hypocrisie politique qui restera le trait caractéristique du siècle de la révolution.

YI. Influence rétrograde de la Révolution française à l'étranger. — Tout en infligeant aux autres nations civilisées d'énormes pertes matérielles, d'hommes et de capitaux, par la recrudescence de l'état de guerre, la révolution a déterminé un mouvement général de recul des institutions, des idées et des sentiments politiques.

A la veille de la Révolution , la réforme de l'ancien régime était à l'ordre du jour chez tous les peuples du continent. Une propagande active, dont la France était le foyer, se faisait en faveur du lihre examen des institutions et des actes du gouvernement, de la tolérance religieuse, de la liberté du travail et du commerce. Les philosophes et les économistes français exerçaient à l'étranger une influence extraordinaire et l'on sait avec quel enthousiasme y fut accueillie la convocation de l'Assemblée nationale. Mais aussitôt que l'évolution pacifique et libérale qui semblait s'annoncer eut fait place à la révolution, imposée par la Terreur et la guerre , une réaction universelle s'opéra non seulement contre les doctrines et les pratiques révolutionnaires, mais encore, dépassant le but comme toutes les réactions, contre les idées les plus saines de progrès politique et économique. Les institutions représentatives dans ce qu'elles avaient d'utile, la liberté dans toutes les manifestations de l'activité humaine, furent considérées comme subversives; et les maisons souveraines, menacées dans leur existence par la révolution, formèrent

LA RÉVOLUTION FRANÇAISE

Hne Sainte Alliance contre ces nouveautés pernicieuses *. VII. Comment les nations civilisées S07'tii'0)it de la révo-

1. Cette réaction, qui a isolé politiquement l;i Ki'aucc (mi Europr, n'a pas été seulement l'œuvre des gouvernements; elle a i^ai^nc' les peuples. Au moment où la révolution éclata, tous ceux qui souliVaieut des abus de l'ancien rég-ime, la saluèrent avec enthousiasme. En Belgique, en Allemagne, en Italie, les soldats français furent d'abord accueillis comme des libérateurs. Malheureusement, en Belgique par exemple, ils furent suivis de la tourbe des clubs parisiens, dont le gouvernement voulait se débarrasser, comme le fit plus tard M. Ledru-Rollin, lors de la fameuse expédition de Risquonstout. « Le ministère français, dit l'auteur de l'Histoire des Belges à la fin du A 17//= siècle, M. Borgnet, prit dans la populace des clulis ce qu'il y avait d'êtres les plus vicieux ou les plus atroces pour leur donne;' ses pouvoirs et les lancer sur la Belgique. Enflés de leur fortune subite ', ces misérables donnèrent carrière à leurs passions et se crurent tout permis. Il fallut un arrêté des commissaires de la Convention pour leur défendre de se faire rendre des honneurs que jusqu'alors les rois seuls avai^'iit reçus; plus tard, après l'évacuation de la Belgique, alors que leur mission était devenue sans olijet, il en fallut un autre encore pour leur interdire de continuer une partie de leurs fonctions... Leur rapacité n'avait pas de bornes : « Ils demandaient contre la loi française, en vertu de l'usage ancien belgique, et en même temps ils demandaient contre l'usage ancien belgique en vertu de la loi française - ...» Cette nuée d'oiseaux de proie fondit sur la Belgique à la fin de janvier 1793 ; notre malheureuse patrie fut alors livrée à un tel brigandage que Marat lui-même s'en scandalisa. Trente tyrans ignobles ne suffisaient pas : le ministère français leur adjoignit encore, sous différents noms, une foule de satellites avides de prendre part aux friponneries de leurs chefs. Ceux-ci en augmentèrent encore li' nombre par leurs délégations : on les vit prendre leurs mandataires dans les dernières classes du peuple et même parmi les commensaux de Bicêtre.

« L'armée française ayant éprouvé des revers, les commissaires de la Convention chargèrent les agents du conseil exécutif de faire transporter à LiUe « pour la mettre à l'abri des événements » l'argenterie trouvée dans les communautés soumises au séquestre. Aussitôt les couvents et les églises furent envahis par des bandes avides qui profanèi'cnt jusqu'à la cendre des morts, sous le prétexte d'exécuter l'ordre des commissaires de la Convention. Un acte dressé par le notaire Jean Cans, et qui contient les dépositions de trois serruriers et de deux maçons qui avaient été contraints de prêter leur ministère pour forcer les portes de l'église Saintc-Gudule, présente un exposé curieux des profanations commises dans cette magnifique cathédrale .

« .loseph Van den Brandeu déclara que le 6 mars, le quart avant deux heures de l'après-midi, il fut arraché de vive force de sa boutique par une troupe de Français; que, conduit à la porte de l'église des S.S. Michel et Gudule, il avait été contraint de l'ouvrir en brisant la serrure... que les troupes volèrent, dans la sacristie, les ornements, en otèrent les galons et

1. Leur traitement annuel s'élevait à 10,000 livres, indépendamment de leurs frais de voyage et de leurs voleries, dit Dumouriez. {Mémoires, vol. II, p. 32.)

2. Procès-verbal des séauces du Corps administratif de Tournay, p. 674.

lution pow\ rentrer dans révolution. — Deux causes agissent pour mettre fui à la perversion politique, déterminée

brûlèrent les étoffes; que les officiers prenaient les hosties et se les jetaient l'un à l'autre ; que plusieurs étant tombées près du feu allumé devant le baptistère, on les poussa du pied et que d'autres furent mangées... que les officiers et les soldats se promenèrent par dérision, revêtus des habits de chœur des chanoines et en portant les saints vases dont ils mirent quelquesuns dans leurs poches; qu'ils firent même leurs ordures dans l'église... que dans une chambre à côté de la sacristie, les officiers avaient forcé un secrétaire dans lequel se trouvait une cassette remplie de liards qu'ils distribuèrent aux soldats et une caisse avec des couronnes parmi lesquelles il y avait trois croix d'or; qu'ils emportèrent la caisse en disant qu'il fallait rendre compte de cet argent à la Monnaie... Les cadavres, malgré leur fétidité, ne purent échapper, dans leur enveloppe funèbre, aux recherches et ;i la main déprédatrice des satellites impies du jacobinisme... Ces sacrilèges multipliés inspirèrent une indiciljle horreur. Le Courrier de l'Égalité nous apprend " qu'ils indisposèrent tellement les esprits qu'un soulèvement général aurait pu éclater ' ».

Le mal provenait surtout de ce que les gouvernements révolutionnaires manquaient des capitaux nécessaires pour subvenir à l'entretien des armées dans les pays qu'ils allaient » délivrer de leurs tyrans ». Il fallait bien que les soldats se chaigeassent eux-mêmes de pourvoir à leur subsistance. « Lorsque Bonaparte arriva au quartier général de l'ai-mée d'Italie, dit M. Thiers {Histoire de la Révolution française, liv. XXXIII), les troupes étaient réduites à la dernière misère. Sans habits, sans souliers, sans paye, quelquefois sans vivres, elles supportaient leurs privations avec un rare courage. Grâce à cet esprit industrieux qui caractérise le soldat français, elles avaient organisé la maraude et descendaient alternativement et par bandes dans les campagnes du Piémont pour s'y procurer des vivres. » Bonaparte lança à son arrivée une proclamation que ses histoi'iens citent volontiers comme un modèle de style héroïque, mais qui conviendrait plutôt à un chef de brigands qu'à un libérateur de peuples. « Soldats, disait-il, vous êtes mal nourris et presque nus. Le gouvernement vous doit beaucoup, mais ne peut rien pour vous. Votre patience, votre courage vous honorent, mais ne vous procurent ni avantage ni gloire. Je vais vous conduire dans les plus fertiles plaines du monde; vous y trouverez de grandes villes, de riches provinces, vous y trouverez honneur, gloire et richesses. »

L'Italie fut, en effet, largement mise à contribution : la seule ville de Milan fut soumise à une contribution de guerre de vingt millions, et tout en libérant les peuples du joug des tyrans, l'armée de la révolution délivra les musées italiens de leurs chefs-d'œuvre.

Plus tard. Napoléon continua, sur de plus vastes et plus désastreuses proportions, le même système qui consistait à faire vivre ses armées sur les pays envahis. On trouve dans l'Histoire de l'ambassade dans le grand-duché de Varsovie, de l'abbé de Pradt, un tableau instructif des conséquences de ce système, aussi nuisible aux armées qu'aux populations elles-mêmes.

Il La campagne (de Russie) avait été ouverte sans aucun approvisionnement : c'est la méthode de Napoléon. Quelques-uns de ses imbéciles admi-

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