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CHAPITRE II

Les gouvernements de l'ère de la petite industrie Le régime féodal

1. Progrès qui ont détcrmiué l'avènemeut de la petite industrie. — Influence de ces progrès sur la constitution des gouvernements. — II. Spécialisation des fonctions gouvernantes. — Substitution du régime des corporations à celui de la communauté. — III. Causes de la diversité des institutions politiques. — Le régime féodal. — IV. Mode économique de la formation des Etats dans l'ère de la petite industrie. — Les entreprises politiques.

I. Progrès qui ont déterminé l' avènement de la petite industrie. Influence de ces progrès sur la constitutio7i des gouvernements. — Malgré les progrès récents des sciences préhistoriques, nous n'avons aucune notion positive sur la durée de la période primitive, qui va de la naissance de l'humanité à la création de l'outillage agricole et à la mise en culture régulière des plantes alimentaires. Cette durée a-t-elle été de quelques centaines ou de quelques milliers de siècles? Nous l'ignorons. En revanche, nous savons que l'humanité a travaillé incessamment à améliorer ses conditions d'existence, dans cette période comme dans les suivantes. Il lui a fallu apprendre à distinguer les plantes utiles d'avec les végétaux nuisibles, inventer des armes et des outils, asservir et dresser les animaux qui pouvaient être réduits à l'état de domesticité et lui servir d'auxiliaires ou augmenter ses ressources alimentaires, se confectionner des vêtements avec des peaux ou des plantes textiles, se creuser ou se bâtir des abris, enfin, chose plus difficile

peut-être, plier sa nature animale et sauvage aux nécessités de la vie en société. Los inventions qui nous paraissent aujourd'hui les plus simples, Fart de faire du feu par exemple, ont présenté des difficultés, dont on peut so rendre compte en étudiant les coutumes dos peuplades primitives. Avant l'invention du a briquet », invention qui suppose la connaissance de l'art de travailler les métaux, on ne possédait aucun moyen assuré de se procurer du feu. Que faisait-on? On entretenait d'une manière permanente celui que le hasard avait fait obtenir, en le mettant sous la protection des divinités de la tribu ou même en l'adorant comme une divinité, et en chargeant de ce soin les jeunes fdles, moins propres que les garçons aux travaux de fatigue. Les pénalités effroyables auxquelles on condamnait les gardiennes négligentes qui laissaient s'éteindre le « feu sacré » n'altestent-elles pas toute la difficulté que l'on éprouvait à le rallumer? Combien la découverte des métaux et l'art de les travailler ont coûté d'observations et de peines! Mais aussi combien la substitution des armes en métal aux engins primitifs en bois ou en pierre a accru la productivité du travail du guerrier ou du chasseur! La domestication des animaux, en créant l'industrie pastorale, a augmenté dans des proportions plus considérables encore les ressources des peuplades progressives, et rendu leur subsistance moins précaire.

L'état d'éparpillement et d'hostilité oii vivaient les troupeaux humains ne pouvait manquer de retarder la propagation du progrès. Chaque troupeau inventait son armement, son outillage, aussi bien que les coutumes qui constituaient la machinery grossière de son gouvernement, en se gardant d'en faire part aux troupeaux avoisinants; plus tard encore et jusqu'à une époque récente, chaque invention qui augmentait la puissance et la richesse d'une nation devint un « secret » qu'il était interdit, sous les pénalités les plus

sévères, de communiquer à l'étranger, c'est-à-dire à l'ennemi. La guerre était alors pour ainsi dire le seul moyen de propagation des inventions et découvertes. En dépit de tous les obstacles, celles-ci allaient néanmoins s'accumulant et se propageant. A la veille de l'avènement décisif de la création de l'outillage agri(îole et de la mise en culture dos plantes alimentaires, les peuplades en possession d'un stock d'animaux domestiques et d'un armement perfectionné on pierre polie ou en métal se trouvaient certainement dans des conditions d'existence et de sécurité fort supérieures à celles des troupeaux primitifs. Des progrès correspondants s'étaient accomplis dans la société et le gouvernement. L'accroissement des ressources provenant des progrès de l'outillage et de l'accumulation des capitaux, sous forme de bétail ou autrement, avait permis notamment d'élever un plus grand nombre, de femmes, (iliaque homme avait pu en avoir une ou même plusieurs pour son usage exclusif, et cette appropriation individuelle de la femme était devenue une nouvelle source de bien-être et de richesse. La femme était une servante et les enfants pouvaient être employés de bonne heure à la garde et aux soins des troupeaux. Ceux qui en possédaient un surcroît les échangeaient contre des têtes de bétail, et ç'a été, selon toute apparence, une des premières opérations d'échange Le troupeau est devenu un clan ou une tribu, le cercle de ses migrations s'étend en raison de l'augmentation de son capital, il peut s'établir dans les localités plus favorables au développement de ses ressources. A mesure que la richesse s'accroît, on voit s'accentuer aussi les inégalités de sa distribution. Auparavant, l'inégalité se manifestait plutôt de troupeau à troupeau. Les uns, appartenant k une race supérieure en intelligence et en vigueur, s'étaient

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