INDUSTRIE
d'un domaine politique suivaient en cela la pratique usuelle. Selon que leur Trésor était plus ou moins bien garni, ils ralentissaient ou multipliaient leurs entreprises d'annexion par la force ou d'acquisition à l'amiable des territoires qu'ils convoitaient en vue de s'agrandir. Avons-nous besoin d'ajouter que toutes leurs entreprises n'étaient pas également beureuses et qu'un bon nombre échouaient, en leur laissant une perte au lieu d'un bénéfice. Cependant, à mesure que leur domaine politique s'agrandissait, ils devenaient plus capables de l'agrandir encore, car la foule des propriétaires des petits domaines devenaient de moins en moins capables de leur résister. C'est ainsi que la maison de France finit, à la suite des siècles, par absorber par voie de conquête, d'héritage ou à prix d'argent, non seulement toutes les seigneuries constituées après la conquête, mais encore par empiéter sur les domaines politiques des « maisons étrangères ' ». Un travail d'annexion et de concentra-
1. A ravèuemcnt de Hugues Capet, le domaine politique du roi se composait seulement du duché do B''rance. Eu dehors de ce domaine, l'autorité du roi était nulle, sauf son droit au commandement suprême en sa qualité de chef de la hiérarchie féodale dans le cas d'une guerre d'intérêt commun. On ne sait pas même exactement quelles étaient les limites du duché de France. D'après M. Vuitry, les terres dont le duc devenu roi avait la propriété directe se trouvaient vraisemblablement concentrées dans cinq de nos départements actuels : la Seine, Seine-et-Oisc, Seine-et-Marne, l'Oise et le Loiret. Le Gatinais, le Perche, la Touraine, l'Anjou, le Maine faisaient axissi partie du duché de France; mais c'étaient des fiefs dont le duc était suzerain. Les premiers successeurs de Hugues Capet n'agrandirent que faiblement le domaine royal. — « Depuis 987, jusqu'à ilOl, dit M. Mignet, les rois de la dynastie capétienne furent réduits à une impuissance presque complète. Malgré leur titre qui les plaçait à la tête de la hiérarchie féodale, ils n'obtinrent pendant cette période ni l'obiéissauce des grands vassaux du royaume ni celle des petits barons du duché de France. » Ce fut Philippe- Auguste qui commença véritablement l'œuvre de l'agrandissement du domaine royal, œuvre que ses successeurs poursuivirent sans interruption, mais sans aucun autre dessein que d'augmenter la puissance et la richesse de leur « maison ». Tantôt, en effet, ils s'arrondissaient aux dépens de leurs vassaux de France ; tantôt en portant leurs ai-mes ou en faisant valoir des droits de succession en Espagne, en Italie ou en Allemagne. Il leur était indifférent que leurs sujets appartinssent à une race ou à une autre, do mémo qu'il importe peu à un industriel que sa clientèle soit française^ allemande ou
tion analogue s'était opéré dans le reste de l'Europe, et, sauf en Allemagne, où les petites souverainetés avaient
chinoise. Ce qu'il considère, avant tout, c'est le profit qu'il peut en tirer. — Les chefs de maisons politiques n'envisageaient pas autrement les choses. S'ils s'efforcèrent, par exemple, pendant plusieurs siècles de s'agrandir en Italie plutôt qu'en France même, c'est parce que l'Italie étant plus riche rapportait davantage.
M. Mignet explique parfaitement les causes qui favorisèrent l'agrandissement du domaine royal sous la dynastie capétienne :
« Philippe-Auguste, petit-fils de Louis le Gi'os, rendit conquérante la couronne que son aïeul avait faite souveraine. La dynastie nouvelle était favorablement placée pour réunir le territoire de la France sous sa domination et former un Etat compact. Ses domaines, situés au cimtre du pays, lui donnaient ime grande facilité géographique île s'agrandir, et son titre dans la société féodale lui en offrait les moyens soit par des mariages, soit par des traités, soit par des confiscations, soit par des conquêtes. Impuissants jusque-là, ou occupés de l'établissement de leur suprématie, les princes Capétiens avaient fait peu d'acquisitions. Ils avaient seulement ajouté à leur domaine le Vexin français, les comtés de Mantes, de Dreux, de Corbeil, le Gâtinais dans le duché de France, et le vicomté de Bourges hors de ce duché. 1)
Néanmoins, pendant plusieui's siècles, l'agrandissement du domaine royal se trouva encore retardé par la coutimie de donner en fiefs à titre d'apanages une partie de ce domaine aux cadets, l'aîné n'ayant droit, d'après la coutume féodale, qu'aux deux tiers du domaine et au manoir. Louis XI reprit la plupart de ces apanages et contribua, plus encore que ne l'avait fait Philippe- Auguste à l'accroissemeat de l'État dont il était propriétaire.
« Doué en politique d'un esprit profond et ayant des desseins étendus, quoique son caractère manquât de grandeur, familier, rusé, hardi, cruel, il acheva par tous les moyens de l'intrigue, de la violence, de la guerre et du droit aussi la réunion du territoire. Encore dauphin il avait, eu 14i8, acquis par les armes le Viennois, le Valeutinois et le Diois dans la vallée du Rhône. Il reprit, eu 1460, moyennant 400,000 écus d'or, les villes de Picarditj qui avaient été cédées par le traité d'Arras au duc de Bourgogne. (Ces villes avaient été cédées par Charles VII au duc de Bourgogne, sauf faculté de rachat au prix de 400,000 écus d'or.) — Après être resté en possession de la Guyenne, en 1472, par la moi-t violente de son frère, il confisqua en 1473 sur la maison des Armagnacs qui avait pris part à toutes les confiscations et à toutes les gueri-es des apanagistes, l'Armagnac, le Pardiac, l'Astarac, le Fezenzac, le Fezenzaguct, le Rouergue. En 1475, il s'empara de Perpignan, etc. — C'est ainsi que ce prince politique, moitié par l'influence de son caractère, moitié par la faveur des circonstances qui laissèrent à la même époque sans héritiers mâles les puissantes maisons de Bourgogne, d'Anjou, de Provence et de Bretagne, contribua plus que tout autre roi, Philippe-Auguste excepté, à la formation matérielle de la monarchie. Philippe- Auguste avait agrandi le l'oyaume aux dépens des dynasties féodales indépendantes. Louis XI rétendit en reprenant les provinces occupées par les dynasties apanagées. >i {Essai, etc., p. 668.)
Ajoutons que le trait dominant du caractère de Louis XI était une avidité
LES GOUVERNEMENTS DE LA