LES POURSUITES CONTRE L ARCHEVEQUE D AIX
quent, et si les évéques manquent à ce respect, leur haute dignité dans l'Église ne les rend que plus coupables.
Ohl sans doute, les évèques ne l'entendent pas ainsi, surtout quand ils ont commis des fautes. Ils invoquent alors les prétendus privilèges de leur charge apostolique. A les en croire, ce qu'ils ont fait, ils devaient le faire, pour obéir à leur conscience pastorale. Il en est même qui vont jusqu'à dire avec l'apôtre : Vœ mihi, sinon eoangelizavero! 11 y a là une étrange et coupable perversion des idées, un très dangereux sophisme, un abus des plus répréhensibles et des plus condamnables. Ce n'est point évangéliser les âmes que de se révolter contre le pouvoir civil, surtout quand il use de son droit pour rappeler, au nom des plus grands intérêts de la patrie, à des Français qui s'en écartent, les règles de la prudence internationale; c'est au contraire les scandaliser gravement, et lorsqu'un prélat comme M. Gouthe-Soulard, archevêque d'Aix, s'oublie au point où il s'est oublié dans sa réponse à la circulaire de M. le garde des sceaux, ministre des cultes, il n'est que juste de le rappeler à l'ordre par une punition exemplaire.
M. l'archevêque d'Aix a d'un seul bond dépassé tous ceux de ses confrères dans l'épiscopat qui s'étaient signalés par leur ardeur, leurs rancunes, leur animosité persistante et profonde contre le gouvernement que la France s'est librement donné et qui a donné à son tour à la France la paix, la prospérité, le relèvement dans l'ordre et la liberté. S'il arrive qu'un évêque, dans un accès de mauvaise humeur, méconnaisse tous ces grands biens, et se fasse de plus l'organe des plus mauvaises passions, il ne se peut pas que cet évêque reste impuni. X'est-ce pas lui qui se fait ici le provocateur à la révolte, le prédicateur
l'évolutio>^ de l'église
(le l'insubordination et de la désobéissance? Les évêques ne sont pas nommés pour remplir un pareil rôle, et l'État qui les nomme a le droit et le devoir de leur faire sentir que la loi règne en souveraine sur eux comme sur tous les membres de la famille française.
M. Gouthe-Soulard prétend que la circulaire de M. le garde des sceaux était inutile : qu'en sait-il? Tout évéque qu'il soit, qui donc lui donne le droit de juger les actes politiques du gouvernement de son pays? « Nous savons nous conduire », dit-il. Hélas! M. l'archevêque d'Aix ne sait pas aussi bien se conduire qu'il le pense, et sa lettre à M. le ministre des cultes prouve trop manifestement qu'il manque de cet esprit de prudence et de modération que l'Église demande comme une grâce pour tous ses fidèles. Il n'est que trop visible que la circulaire ministérielle n'était pas inutile, puisqu'elle a donné lieu à des réponses aussi passionnées et d'une violence qui dégénère en délit.
Ce n'était pas de M. Gouthe-Soulard, archevêque d'Aix, que l'on aurait pu s'attendre à de pareils écarts de plume. N'avait-il pas été nommé d'emblée par M. Goblet à ce grand siège archiépiscopal, sur la foi que l'on pouvait avoir dans son caractère conciliant et paisible, dans son intelligence éclairée des difficiles questions qui peuvent surgir entre l'Église et l'État? Jusqu'à présent, ce prélat n'avait pas fait parler de lui. Voulait-il, en gardant le silence, faire oublier sa haute et rapide fortune? A-t-il jugé qu'il devait tout à coup faire acte de vigueur, à la manière des prélats réputés les plus fougueux de l'Eglise de France, et profiter de la première occasion pour se classer parmi les « mieux pensants » de l'épiscopat? Tout cela importe peu : ce sont affaires qui le regar-
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dent, et l'État n'a rien à y voir. Du premier coup, voilà M. Gouthe-Soulard qui dépasse M. Trégaro, évêque de Séez! De celui-ci, rien ne surprend, et la triste et inintelligente accusation qu'il articule contre les juifs et les francs-maçons, à l'occasion d'une circulaire que le garde des sceaux, ministre des cultes, ne pouvait pas ne point écrire après les incidents du 2 octobre à Rome, lui est trop habituelle pour qu'il y ait lieu de s'en émouvoir. Mais M. Gouthe- Soulard reprenant pour son propre compte d'aussi pauvres inventions, cela est fait pour donner des inquiétudes sur l'état d'esprit d'une fraction de notre haut clergé.
On dit en Italie que le nouveau nonce du pape à Paris, Mgr Ferrata, s'est rendu à Rome pour prendre des instructions. On s'explique parfaitement son embarras, et aussi son voyage. Quels conseils de prudence, quels avertissements peut-il donner à des évéques qui s'effarent au point d'écrire des lettres aussi impolitiques, aussi manifestement illégales et coupables que celles dont le gouvernement de la République a raison non pas seulement de se plaindre, mais de poursuivre, par toutes les voies de droit, la juste punition? Que deviennent les recommandations suprêmes du pape, qui s'évertue à déclarer que les catholiques doivent les premiers l'exemple nécessaire du respect et de l'obéissance aux lois de leur pays? Si c'est un mouvement qui commence dans le clergé, comment l'arrêter? et si c'est au contraire une phase qui finit, comment en convaincre le gouvernement et l'opinion qui ont des sujets de mécontentement si criants et malheureusement si légitimes?
Quels que soient les embarras du nonce apostolique, la conduite du gouvernement de la République envers les prélats prévaricateurs ne saurait en être modifiée.
l'évolution de l'église
A coup sûr, les affaires ecclésiastiques doivent être conduites avec une habile et nécessaire circonspection; mais, en de certains cas, la prudence, bien loin de Fexclure, commande au contraire la fermeté.
Il fallait s'y attendre !
A peine la nouvelle des poursuites à diriger contre M. l'archevêque d'Aix a-t-elle été connue que des clameurs se sont élevées contre le gouvernement de la République : on l'accuse, on le blâme, on le raille, on le menace; quant à le défendre, personne n'y songe, et c'est déjà trop qu'il ait songé à se défendre lui-même.
Le gouvernement d'une République, est-ce que c'est un gouvernement comme les autres? Est-ce qu'il a le droit de se défendre, comme l'ont fait et comme le font encore tous les régimes monarchiques? Son droit à lui, que disons-nous : son droit? son devoir est de se laisser attaquer, injurier, calomnier, outrager dans la personne de ses magistrats et fonctionnaires, sans rien dire, sans remuer, sans protester, sans se défendre. Volontiers on le dirait fait pour être traîné dans la boue. Que telle soit l'opinion de ses ennemis, voilà qui peut à la rigueur se concevoir, mais ses amis ne devraient-ils pas penser et surtout agir autrement?
Le gouvernement de la République ne pouvait pas laisser impunies les délictueuses imputations de M. Gouthe-Soulard, archevêque d'Aix. Sa dignité épiscopale ne saurait avoir pour effet de le soustraire
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aux obligations qui lui sont communes avec tous les autres citoyens.
Privilégia ne siinto : c'est le mot de la loi des Douze Tables que l'on doit connaître à Aix, pays de droit romain, mieux que partout ailleurs.
Mais de toutes parts on s'écrie : « Avec le procès impuissant et ridicule que l'on va faire à M. l'archevêque d'Aix, que devient la politique d'apaisement? Et que faut-il attendre d'un acte pareil au point de vue de cette fameuse évolution qui devait rapprocher l'Église de la République? »
Le gouvernement, en mettant Faction publique en mouvement pour obtenir de l'archevêque d'Aix le respect des lois auquel il a gravement failli, n'a fait que remplir son devoir. Si, dans une République où la loi est la seule autorité souveraine qui s'impose à tous les citoyens, la loi n'est pas protégée — ce qui est Toffice même du gouvernement — contre les attaques dont elle peut être l'objet, autant vaut dire que cette République n'est pas gouvernée, et que, l'autorité y étant nulle, c'est l'anarchie qui y règne. Qui donc peut avoir intérêt à laisser dire qu'il en est ainsi chez nous? Seraient-ce par hasard les républicains?
Le gouvernement de la République a fait un acte de politique nécessaire et primordiale : c'est l'acte d'une politique qui passe avant toutes les autres, qu'il s'agisse de la politique d'apaisement ou de telle autre politique que l'on voudra désigner de tel ou tel nom qui plaira.
Pour que la République puisse pratiquer — sincèrement elle le veut — la politique d'apaisement, il faut d'abord qu'elle vive. Or, un état répubhcain ne vit point, s'il est permis d'y outrager les lois. L'archevêque d'Aix les a-t-il outragées? C'est ce que dira la
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Cour d'appel, et le devoir du gouvernement était d'appeler la Cour à se prononcer. On assure d avance que Tarchevêque sera acquitté ou frappé d'une peine dérisoire : c'est encore TafTaire des juges, et cela ne regarde point le gouvernement qui a fait ce qu'il avait à faire. Mais, ajoute-on, si le prélat incriminé est acquitté, c'est un soufflet directement appliqué sur la face du garde des sceaux, représentant de la République, et ce nouvel outrage, incomparablement plus grave que le langage de M. Gouthe-Soulard, peut avoir des conséquences incalculables. Et lesquelles?
Oh! l'on voit bien où tend toute cette polémique, et déjà, de tous les côtés, on entend parler de remettre sur le tapis et de discuter à fond et définitivement la question des relations de l'Église et de l'État. On parle de dénoncer le Concordat actuel, d'en conclure avec Rome un autre qui serait mieux adapté à nos temps actuels, et même de n'en conclure aucun, en proclamant la séparation si souvent réclamée et jusqu'à présent reconnue impossible.
Si la lettre insolente de M. l'archevêque d'Aix avait pour conséquence de dénouer définitivement ce nœud inextricable des relations de l'Église et de l'État, il faudrait avouer que jamais plus grands effets n'auraient eu plus petite cause. Mais que l'on se rassure : le Concordat sera discuté, critiqué, raillé, mais il ne sera pas dénoncé, et la séparation de l'Église et de l'État sera encore une fois ajournée, par cette raison décisive que ni l'État ni l'Église n'en veulent, et que, pas plus aujourd'hui qu'il y a cinq ou six ans, nous n'avons de gouvernement pour la proposer et de majorité républicaine dans les Chambres pour la voter.
Bon gré mal gré, il faut vivre sous le régime
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actuel. Mais ce n'est pas une raison pour que le gouvernement manque à ses devoirs en se laissant manquer à lui-même. L'apaisement! Oui, certes. Mais l'apaisement sans la dignité, qui donc en pourrait vouloir?
C'est aujourd'hui, 24 novembre 1891, que M. Tarchevêque d'Aix doit comparaître devant la première chambre de la Cour d'appel de Paris, siégeant et jugeant au correctionnel, pour répondre de la lettre outrageante qu'il s'est permis d'écrire à M. le ministre des cultes.
Il s'est fait beaucoup de bruit autour de cette affaire.
Ce bruit, qui l'a fait? Les écrivains du parti clérical, c'est-à-dire du parti qui mêle la religion à la politique. Ce ne serait rien qu'un incident de plus dans la lutte acharnée que soutient la République contre le cléricalisme; mais les évêques de France, croyant remplir un devoir de leur charge, ont pensé qu'ils devaient prendre fait et cause pour leur confrère, et, au nombre de soixante environ, ils ont écrit à, leur tour des lettres de félicitations, des lettres d'adhésion à M. Gouthe-Soulard dont ils approuvent la conduite et le langage, pour lui dire qu'ils envient son sort et qu'ils désirent partager avec lui l'honneur qu'il a de souffrir pour l'Église.
Ce sont ces lettres-là qui ont fait tout le bruit dont on a raison de se plaindre. Les polémiques des journaux sont sans grande importance, mais l'agitation entretenue par les évêques dans le monde religieux
l'évolution de l'église
est des plus répréhensibles et des plus regrettables. Les évèques ont oublié un mot bien connu, qui est une des maximes les plus sages et les plus célèbres de la prudence romaine : (( Le bruit ne fait pas de bien, et le bien ne fait pas de bruit ». Tout ce qui se passe n'est pas à l'éloge de nos principaux dignitaires ecclésiastiques.
Il est évident que la plupart d'entre eux se considèrent comme étant au-dessus des lois. C'est une erreur en fait comme en droit, qu'il importait au gouvernement, gardien des lois, organe et représentant du pouvoir civil, de rappeler aux évèques aussi bien qu'au pays. On a beaucoup discuté le point de savoir si le ministère avait fait acte d'habile politique en poursuivant M. Gouthe-Soulard ; c'était un acte de politique nécessaire, car il y a des limites qu'il n'est permis à personne de franchir. C'est la Cour d'appel qui dira aujourd'hui si M. l'archevêque d'Aix a manqué à ce qu'il devait au gouvernement de son pays et s'il lui était permis d'écrire au ministre des cultes en des termes que la courtoisie la plus simple, la politesse la plus élémentaire lui faisait un devoir de ne pas employer.
M. l'archevêque d'Aix doit, à ce que l'on assure, prendre lui-même sa défense en quelques paroles : il ne parlera, dit-on, que cinq à six minutes. Nul doute qu'il ne proteste de son respect personnel pour la personne même de M. Fallières, ministre des • cultes, à qui certainement il ne voudra point reconnaître qu'il ait fait intentionnellement la moindre injure. La Cour appréciera ce moyen de défense. On en a déjà usé, et il a même parfois réussi. Toutefois les lettres qui ont été écrites, depuis un mois que l'incident s'est produit, permettent d'affirmer que si les magistrats se contentent d'une simple déclaration
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de M. l'archevêque d'Aix pour Tinnocenler, c'est qu'ils n'auront rien compris ou rien voulu comprendre au caractère essentiellement délictueux de la campagne dont la lettre initiale de M. Gouthe- Soulard a été le point de départ.
La prétention des évéques et, en particulier, celle de M. l'archevêque d'Aix, est que ni de près ni de loin, ni directement ni indirectement, ils ne relèvent de l'autorité du ministre des cultes, en ce qui touche leurs rapports avec le Saint-Siège et les voyages qu'ils peuvent faire à Rome. Cette prétention est en violation formelle de la loi du 18 germinal an X, qui est une loi de l'État. Assurément, nombre d'évéques, pour ne pas dire tous, ne reconnaissent pas cette loi. Dans leur ardeur à la rejeter, il en est qui vont jusqu'à commettre le délit prévu et puni par l'article du code pénal. Il y a donc lieu de savoir si ce délit a été commis; en fait, cela n'est pas douteux; reste la question d'intention dont la conscience des magistrats est seule juge.
Tout le procès d'aujourd'hui est là. Si l'on plaide — et l'on peut toujours plaider, car à quoi serviraient les avocats? — l'innocence des intentions, ce sera plaider à côté de la seule question qui soit posée. M. l'archevêque d'Aix revendiquera, comme un droit de sa charge épiscopale et même comme un devoir de sa mission apostolique, la lettre qu'il a écrite et qui lui a valu tant d'approbations de la part de ses vénérables confrères. Il voudra se montrer digne d'eux et de leurs éloges. Il glissera sur les questions de personnes pour se tenir haut et ferme sur ce qu'il considère comme les principes mêmes des droits de l'Église. Il n'y a pourtant en jeu dans l'espèce qu'une question de fait et de personnes, et ce ne sera qu'à l'aide de sophismes plus ou moins
l'évolution de l'église
habiles que Ton pourra y montrer autre chose.
On a prétendu que ce procès serait fâcheux dans ses conséquences. Il s'agit de savoir pour qui. Pour le pouvoir civil, pour le gouvernement, pour M. le ministre des cultes? Que peuvent-ils bien avoir à perdre, en remplissant leur devoir, qui consiste à faire respecter les lois? Quant aux évèques, à l'Église, que peuvent-ils avoir à gagner, en manquant à leur mission qui est de procurer la paix religieuse, au lieu de se jeter de gaieté de cœur dans des difficultés et des périls où ce n'est pas la société laïque qui court le risque de n'avoir pas le dernier mot?
M. l'archevêque d'Aix a comparu devant les juges que la loi lui avait donnés. Après un remarquable et très éloquent réquisitoire de M, le procureur général Quesnay de Beaurepaire, ces magistrats, de l'ordre le plus élevé, ayant à se prononcer, non pas seulement dans la plénitude de leur indépendance, mais en âme et conscience dans l'exercice de leur pouvoir, ont estimé que M. Gouthe-Soulard, en écrivant à M. le ministre des cultes la lettre qu'il lui a adressée à la date du 8 octobre 1891, s'est rendu coupable du délit d'outrage envers ce haut fonctionnaire. Tout en lui accordant le bénéfice des circonstances atténuantes, qui a permis d'écarter la peine de l'emprisonnement, les conseillers de la cour d'appel de Paris ont condamné l'archevêque d'Aix à trois mille francs d'amende et aux frais du procès.
Peu importe ici la question de la peine.
Ce qui importait, c'était qu'après le procès M. l'ar-
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chevêque d'Aix cessât de se croire en dehors et audessus des lois communes à tous les Français. Il sait maintenant, à n'en plus douter, que les pouvoirs de l'État laïque, quand ils sont résolus à se défendre, sont en état de se faire respecter, même des princes de TÉglise.
La conscience publique, plus inquiète et plus effrayée qu'on ne le croit, de l'audace déployée par le parti clérical dans cette affaire des évéques en révolte ouverte contre le Concordat, éprouvera de ce chef une véritable satisfaction. Il ne s'agit nullement de se réjouir de ce qu'un prélat vient de passer devant un tribunal et d'y être condamné, mais simplement de constater que les lois et les magistrats chargés de les appliquer ne fléchissent point devant ceux qui, méconnaissant leur caractère et leur mission, les transgressent et les outragent.
La Cour a fait acte de justice : elle a ainsi rempli son devoir. Mais le gouvernement, avant la Cour, avait aussi rempli le sien, en défendant l'ordre dans l'État. Quand même M. l'archevêque d'Aix eût été acquitté, comme le croyaient et le craignaient maintes personnes timorées qui redoutent les moindres responsabilités, le gouvernement n'aurait pas eu à se repentir d'avoir déféré aux tribunaux un coupable de cette qualité. La faute était évidente; elle devait être punie.
On va crier au scandale, et qui sait? après avoir outragé le ministre des cultes, peut-être va-t-on outrager les magistrats qui ont réprimé cet outrage. Il faudra laisser dire, en se souvenant de la vieille tolérance qui accorde aux condamnés vingt-quatre heures pour maudire leurs juges. Mais il importe que toute cette agitation s'arrête. Elle ne saurait profiter à personne, ni à l'État ni à ses fonctionnaires, ni à la
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société civile ni à l'Église. Le bon ordre commande d'y mettre un terme. En y apportant de la fermeté, il sera facile de ramener tout ce monde clérical, si échauffé pour le quart d'heure, à la sage attitude dont il ne devrait jamais se départir. A l'heure qu'il est, personne de bonne foi ne croit, ni en France ni en Europe, à la prétendue persécution dont on représente l'Église comme la victime. La vérité est que les cléricaux de France sont actuellement les plus audacieux, les plus violents, les plus agités de toute TEiirope; n'est-ce pas la preuve la plus éclatante de la liberté dont ils jouissent?
Nul autre parti ne s'entend aussi bien que le parti clérical pour organiser des manifestations. Le procès même qui vient de se terminer a mis sur pied tout un personnel de prêtres, venus tout exprès à la première chambre de la Cour pour troubler l'audience, tantôt par des rumeurs à l'adresse du procureur général, tantôt par des applaudissements à l'adresse de Tavocat du prélat inculpé. Il a été nécessaire de rappeler au respect des convenances tous ces manifestants. Si l'on croit que tel soit, que tel doive être maintenant le rôle des prêtres dans la société française, on se trompe gravement : le respect appelle le respect, et pour en obtenir, le clergé a tout intérêt à en témoigner le premier à qui y a droit, et tout d'abord à des magistrats dans l'exercice de leurs fonctions.
A la sortie de l'audience, il paraît que l'archevêque condamné a été salué par des acclamations prolongées, en manière de protestation contre l'arrêt qui venait de le frapper. Rien de tout cela n'est bien nouveau, et cette scène s'est souvent produite sous d'autres régimes et dans des occasions semblables. Ce qui serait nouveau et dangereux, ce serait que les membres du clergé sortissent de la réserve que leur
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impose leur état : il ne tarderait pas à y avoir des représailles, et ce serait fâcheux. Quand donc le clergé comprendra-t-il que c'est pour ainsi dire un axiome pour les intelligences françaises que le prêtre doit rester dans l'église, au pied de Tautel, s'il veut rester fidèle à son rôle et à sa mission?
Mais non, et c'est ici que Ton aperçoit les menées cléricales : il faut, sous le prétexte que le prêtre jouit des mêmes droits que les autres citoyens, que l'agitation politique se cache sous l'agitation dite reUgieuse. Toute la politique du parti clérical n'est-elle pas là? M. l'archevêque d'Aix était certainement libre de faire choix de tel défenseur qui lui paraissait le plus propre à exprimer le mieux sa propre pensée dans sa propre afi'aire. Par quelle fatalité se trouvet-il que le défenseur choisi a été M. Henri Boissard, ancien procureur général révoqué après la défaite du gouvernement de combat du 10 Mai, et connu, depuis cette époque, par son hostilité ardente aux institutions républicaines, militant au premier chef, toujours occupé à organiser, à discipliner, à conduire son parti, le parti clérical, dans des voies où nombre d'évêques, même des plus passionnés, auraient quelque peine à le suivre?
Autre symptôme non moins significatif : comment se fait-il que M. l'archevêque d'Aix, qui, disait-on, ne devait recevoir personne, ahn de ne provoquer aucune agitation, ait fait exception pour les membres les plus actifs et les plus dévoués des dill'érents comités catholiques qui lui ont été présentés par M. Chesnelong? A qui fera-t-on croire que la politique ennemie des institutions républicaines soit restée étrangère à tout ce qui vient de se passer?
Dans les quelques paroles qu'il a prononcées sous forme de déclaration, M. Gouthe-Soulard, archevêque
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d'Aix, a fait allusion à l'apaisement nécessaire, et il a bien voulu dire qu'il désire cet apaisement plus que personne; il s'est même porté fort à cet égard pour ses collègues de Tépiscopat : il en avait le droit, après toutes les lettres d'adhésion et de félicitations qu'il a reçues. Mais les paroles ne suffisent point; il faudrait des actes : où sont-ils? En fait d'acte d'apaisement, M. l'archevêque d'Aix s'est borné à reprendre contre la République toutes les accusations de ses pires adversaires. Ce n'est pas là de bonne, sage et prudente politique, et les chefs intelligents et modérés du clergé français feraient bien d'y réfléchir. Qu'ils le veuillent ou non, la République ira tous les jours en s'affermissant, et ce ne seront pas les attaques du parti clérical qui l'empêcheront de pousser ses racines dans le vieux sol monarchique de France.
On sait ces choses à Rome, et même on les fait dire quelquefois, comme par exemple, l'année dernière, lorsque le cardinal Lavigerie a élevé sa voix autorisée. Et puis, on s'arrête, on attend. Ainsi procède Rome dans sa politique. Ne faut-il pas accorder quelque chose à ceux qui, après avoir été sous la Restauration plus royalistes que le roi, sont maintenant plus papistes que le pape? Ah! les ultras! les ultras! Quand on les voit à l'œuvre, c'est le moment de redoubler tout ensemble de modération et de fermeté. Le gouvernement de la Répubhque saura ne manquer jamais ni de l'une ni de l'autré-.