‹ L'évolution politique et sociale de l'égliseChapitre 17 sur 26 · L AGITAT 10 > RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

L AGITAT 10 > RELIGIEUSE

observer M. le président du conseil dans l'habile discours qu'il a prononcé. M. de Freycinet était dans la vérité, et la majorité républicaine presque tout entière en a été frappée, lorsqu'il a dit que toute cette affaire a un caractère, une portée, une signification, un intérêt trop exclusivement parlementaire, et qu'elle ne touche le pays qu'à la surface. Sur la question même des rapports de l'Église et de l'État, l'opinion sincère et profonde de la France n'a pas varié. Il n'y a peut-être pas de terrain sur lequel on trouverait d'accord un plus grand nombre de Français. Notre nation n'a jamais été cléricale; elle ne le sera jamais. Est-il besoin de redire une fois de plus ce que nous désignons sous le nom de cléricalisme? C'est le parti politique, ou plutôt c'est la coalition des partis politiques qui prennent le masque de la religion pour pousser et avancer leurs affaires ; ce n'est pas la religion, ce n'est pas la liberté de conscience que jamais ni la République ni la Révolution française n'ont menacées.

M. le président du conseil a eu soin, au début de son discours, de rappeler cette distinction nécessaire, afin que l'opinion du pays ne s'égarât point.

Il a bien fait.

Toute cette politique du cléricalisme ne vit en effet que de malentendus : il importait de les dissiper. On a beaucoup parlé, pendant ces deux journées parlementaires, du mot fameux : <( Le cléricalisme, voilà l'ennemi! » Ce mot si vif, si saisissant dans sa brièveté, reste toujours vrai. Mais le cléricalisme, répétons-le sans cesse, ce n'est pas la religion, ce n'est pas même l'Église qui trop souvent s'est compromise au service des partis politiques; le cléricalisme, c'est une politique, et cette politique, la France issue de la Révolution ne l'acceptera et ne la subira jamais.

L ÉVOLUTION DE L ÉGLISE

Que les adversaires de la République se le tiennent pour dit! Ne leur sufTit-il donc pas d'avoir reçu tant de leçons, essuyé tant de revers pour avoir méconnu cette vérité?

Les partisans de la séparation des Églises et de l'État croient volontiers que cette mesure serait l'arme la plus sûre pour combattre le cléricalisme : ils se trompent; ils sont en désaccord avec la majorité nationale, et c'est pourquoi ils sont en minorité dans la Chambre. En vain ils plaident leur cause avec véhémence; ils ne peuvent pas changer, quelques efforts qu'ils fassent, les convenances, les habitudes, les traditions, le tempérament même de la France. Ce ne seront jamais de brillants discours, comme celui de l'éloquent député de Paris, M. Pichon, qui a rarement été plus maitre de sa parole, plus pressant, plus incisif, plus passionné et plus mesuré tout à la fois, ce ne seront pas de semblables passes d'armes oratoires, bien qu'une Chambre française s'y complaise toujours, qui modifieront les termes dans lesquels la question se pose. Ce pays veut-il risquer son repos dans une série interminable de querelles et de difficultés religieuses? Non, il ne le veut pas : il n'est pour cela ni assez catholique, ni assez protestant, ni môme assez libre penseur; il veut de la religion, mais à sa manière; il en prend et il en laisse; ce qu'il demande aux prêtres, c'est de rester dans leur églises; il les a en horreur dès qu'ils en sortent, et il va les y chercher dès qu'ils s'y renferment; il ne les tolérerait point, s'il s'apercevait qu'ils empiètent; il ne souffrirait pas, quelque scepticisme qu'il apporte dans les questions de dogme, qu'on les persécutât, qu'on leur infligeât la moindre peine, et ce n'est d'ailleurs la pensée de personne, même à la Chambre où l'on est anticlérical, mais où l'on est aussi libéral.

l'agitation religieuse

C'est là ce qui explique le grand et légitime succès remporté par M. Pichon. Son discours historique, si bien ordonné, si nourri de faits et de citations vivantes et bien appliquées, a été vivement applaudi, cl c'était justice. Mais pourquoi? Tout simplement parce que ce discours rapportait dans toutes ses phases cette longue lutte du cléricalisme contre la société moderne, lutte dans laquelle la majorité républicaine a été engagée jusqu'à l'existence et où elle a fini par triompher. On a toujours beau jeu quand on lit un bulletin de victoire à la tribune.

Mais dès que M. Pichon a voulu parler du lendemain, c'est-à-dire de ce qu'il ferait, lui et les siens, la séparation une fois votée, pour régler les affaires communes de l'État et de TÉglise, il a dû déchanter; il n'a rien pu dire que des banalités vagues, impuissantes à masquer le danger qui apparaît aux yeux même les plus prévenus.

Oui, à la Chambre, on est anticlérical, et c'est tout. Était-il donc besoin de tout ce fracas, de tout ce tumulte pour le savoir? La tâche du gouvernement n'a pas été rendue plus facile. Très résolument, très politiquement, le cabinet a repoussé la séparation de l'Église et de l'État et s'est engagé à défendre le pouvoir laïque et civil de la société issue de la Révolution contre les empiétements du cléricalisme. Ici, tout le monde — nous entendons par là tous les républicains — aurait dû le soutenir. Quelques-uns s'y sont refusés, parce que l'on n'a pas voulu adopter les moyens qu'ils proposent. C'est de l'intransigeance, et voilà tout : cela n'est pas dangereux, à condition que l'on ait de la fermèté, du sang-froid et de la persévérance, c'est-à-dire à condition d'avoir une politique.

Quant aux évêques ils sont avertis. Ah ! que n'étaientils tous là, dans cette Chambre, pour entendre la leçon

l'évolution de l'église

des événements I A quoi peut bien leur servir d'écouter les quatre ou cinq fanatiques des anciens partis qui les grisent de flatteries et d'encens au fond de leurs palais épiscopaux, au lieu de se tourner vers la nation et de se joindre à elle?

Si l'épiscopat français assistait en corps aux séances de la Chambre, et pouvait entendre les discours que l'on y prononce, toutes les fois que viennent en discussion les rapports de TÉgiise et de l'État, il se convaincrait vite que ce n'est pas à la religion que s'attaquent les orateurs les plus véhéments, mais à la politique si justement détestée par la France que l'on fait sous le masque de la religion et qui est le cléricalisme. Les évêques français veulent-ils continuer à faire à la société moderne cette guerre à outrance? Ne voient-ils pas que cette guerre ne profite en rien à la religion? Que gagnent-ils, à se tenir ainsi en dehors de la France, à résister à ses volontés? où sont les avantages d'une pareille tactique? Il n'y a pas d'autre question à leur poser.

M. Freppel, évêque d'Angers, député du Finistère, a droit de parler à la Chambre. Comment a-t-il usé de ce droit? Il a cru qu'il était de son devoir d'évêque de renouveler à la tribune les protestations du pape Pie VII contre les articles de la loi du 18 germinal an X. Pour l'Église, les articles organiques ne sont pas le Concordat; ils en diffèrent profondément; à certains égards, ils en sont même la négation. Et làdessus toute une démonstration en règle, longue, pénible, inutile et que la Chambre n'a même pas

l'agitation religieuse 211

écoutée. Hélas I de quoi M. l'évêque d'Angers s'avisait-il? Est-ce qu'il s'imagine par hasard que jamais, pour faire plaisir à l'Église et reconnaître ses prétentions, la société civile renoncera à son droit d'exercer la police des cultes? Les articles organiques sont une loi de police qui a droit au respect de tous les Français, fussent-ils évêques, par cela seul que c'est une loi de la République et que les évêques sont citoyens de la République. Voudraient-ils renoncer à cette qualité?

Ce n'est pas à Rome ni par les théologiens de la curie que les principes en cette matière ont été fixés. Les théologiens romains n'admettent pas même que le Concordat soit un contrat; c'est simplement un acte que l'on doit ranger dans la catégorie des induits pontificaux. Mais c'est en France que cette question aussi importante que délicate a été résolue, suivant nos traditions les plus constantes, par nos jurisconsultes les plus anciens, les plus savants et les plus sûrs.

Bien que le gallicanisme soit mort et enterré depuis la proclamation de l'infaillibilité du pontife romain et malgré la soumission sans réserve de l'épiscopat, jamais la France ne renoncera à son droit public en matière de cultes.

Qu'il y ait ou qu'il n'y ait pas un concordat entre la France et le pape, il y aura toujours une loi sur la police des cultes, par cela seul que la liberté des cultes, une des conquêtes de la Révolution, a été proclamée, et fait partie du droit public des Français.

Veut-on entendre là-dessus Portalis l'Ancien, c'està-dire le commentateur le plus autorisé du Concordat et des articles organiques qui en sont inséparables? M Toutes nos Assemblées nationales, dit-il, ont décrété la liberté des cultes. Le devoir du gouver-

212 l'évolution de l'église

nement est de diriger l'exécution de cette importante loi vers la plus grande utilité publique. Tout gouvernement exerce le pouvoir qui compète essentiellement au magistrat politique en tout ce qui intéresse la société. Par ce pouvoir, le gouvernement est en droit de réprimer toute entreprise sur la temporalité et d'empêcher que sous des prétextes religieux on ne puisse troubler la police et la tranquillité de l'État. »

On demande où est la source et le principe de la résistance au cléricalisme. Cette source et ce principe sont tout entiers dans ces maximes de notre droit public exposées par Portails. L'Église ne peut pas être un État dans l'État. C'est sa prétention, nous ne le savons que trop, mais c'est une prétention à laquelle la France a toujours mis obstacle. La pensée politique de la France a trouvé l'un de ses plus puissants organes dans un des fondateurs de son unité, dans un homme d'Église, mais qui à sa qualité de cardinal préférait ses devoirs envers son pays, dans le cardinal de Richelieu; c'est ce grand homme qui a pour ainsi dire appris à tous les Français, depuis les hommes d'État jusqu'aux petits enfants des écoles primaires, que Ton ne peut ni ne doit tolérer un État dans l'État.

Il serait donc temps d'en finir. Mais, comme l'a si bien dit M. le président du conseil, cet incident misérable, la lettre insolente du prélat le moins qualifié de tous pour « faire la leçon » à un ministre de la République, a été symptomatique, il a révélé un fâcheux état d'esprit. La révolte a éclaté, mais elle couvait depuis quelque temps. Qui l'a fomentée? Ce ne sont pas les évêques ni leurs prêtres, ce sont les laïques dont trop souvent les prêtres et les évêques sont les instruments dociles et les dupes complaisantes.

l'agitation religieuse 213

Peu importe qu'une telle affirmation blesse l'orgueil clérical. La vérité est que le clergé français, dans sa résistance aux lois de la République, n'obéit pas aux intérêts religieux, mais aux suggestions de l'esprit de parti. Les laïques ont repris, au xix^ siècle, avec une grande influence , une action continue et croissante dans l'Église. Or ces laïques-là sont avant tout hommes de parti, et les clercs les suivent, entraînés par le courant des relations mondaines, séduits par des flatteries, attirés par des dons nécessaires à l'entretien de leurs œuvres. Les évèques français sont ainsi engagés dans une voie funeste, d'où il importe de les faire sortir au plus tôt. Il n'est personne d'un peu informé des choses et des hommes d'Église qui ne sache tout cela. Les évôques croient conduire : ils ne font que suivre.

Certes, ce ne serait pas la séparation de l'Église et de l'État qui remédierait à un pareil mal.

On dit souvent que cette séparation doit se proposer pour but et avoir pour conséquence de ramener l'Église à n'être qu'une doctrine dont les individus prendront ou laisseront ce qui leur convient pour la satisfaction de leurs aspirations religieuses. Outre que l'Église catholique ne consentira jamais à reconnaître cette conception tout individualiste de la religion, qui détruirait sa force principale, celle qu'elle tire de son ancienne et vigoureuse hiérarchie, qui ne voit que la séparation et les troubles de tout genre qui s'ensuivraient et qui se feraient sentir jusque dans le sein des familles, amèneraient forcément la cohésion de plus en plus intime, serrée et puissante de la vaste association catholique ; que l'Église deviendrait alors cet État dans l'État qui répugne si profondément au génie politique de la France; qu'elle amènerait ainsi une guerre longue, pénible, pleine

l'évolution de l'église

d'alternatives de succès et de revers, grosse de calamités et de ruines, au bout de laquelle se présenterait infailliblement un pacificateur qui dominerait tout, un nouveau' Concordat à la main?

Le plus grave inconvénient de cette discussion si passionnée dans les deux Chambres l'ut de déconcerter les hommes de bonne foi qui cherchaient à répondre aux vrais sentiments comme aux vrais besoins du pays, en cherchant la pacification religieuse.

C'était peut-être là ce que cherchaient les partis extrêmes. On crut une fois de plus que l'évolution de FEglise ne continuerait pas, et Ton cria tout haut que c'en était fait de la politique d'apaisement.

M. Pichon, dans son brillant discours, s'est écrié, aux applaudissements de ses amis : « Eh bien! qu'en dites-vous? La politique d'apaisement, la voilà dans toute sa beauté! IN 'est-il pas temps d'en finir avec cette duperie? L'apaisement, c'est fort bien. Mais ne vous ai-je pas démontré, et ne venez-vous pas de voir que cet apaisement est impossible, qu'il y a incompatibilité d'humeur entre l'Église et la société moderne, et qu'à vouloir concilier ce qui a été déclaré irréconciliable vous ne faites qu'entretenir la guerre entre les deux puissances? » Le mouvement d'éloquence était beau : aussi n'a-t-il pas laissé de produire quelque effet. Toutefois*, cet effet eût été bien plus grand, si ce cri eût été poussé par quelque partisan de la politique d'apaisement, trompé dans ses espérances, revenu de ses illusions, et qui aurait dénoncé en pleine tribune les déceptions de cette

l'agitatiOx^ religieuse 215

politique. iMais, dans la bouche de M. Piclion qui n'y a jamais cru et qui ne Fa jamais pratiquée, la politique d'apaisement risque d'être mal interprétée, et peut-être conviendrait-il d'y regarder à deux fois, avant de la condamner avec le jeune et éloquent député de la Seine.

C'en est lini, dit-il, de la politique d'apaisement!

Qu'en sait-il?

A de certains symptômes caractéristiques, il se pourrait au contraire que cette politique ne fit que de commencer. Sans parler du voyage de M. l'archevêque de Bordeaux et de ses entrevues avec M. le ministre des cultes où Ton peut ne voir que des démarches isolées et qui n'engagent point l'épiscopat, il y a l'allocution du pape en consistoire secret, et, par ce que l'on sait déjà de ce document, il y a lieu de penser que c'est le vent de la modération et de l'apaisement qui souffle à Rome et qui traversera les monts. Qui sait même si Léon XIII ne profitera pas de l'occasion qui va s'off'rir à lui, lorsqu'il recevra les félicitations du Sacré-Collège la veille de Noël, pour dire quelques mots de l'étrange et dangereuse situation que font à l'Église certains excès de langage et de conduite qu'il ne peut que déplorer?

La politique d'apaisement! Mais il ne peut y en avoir d'autre. M. Pichon lui-même n'oserait pas se servir de son talent pour préconiser une politique de combat à l'égard de l'Église. Tout au plus, peut-il recommander au gouvernement de son pays, organe des droits et des intérêts de la société civile, de les défendre en toute occasion et de résister aux empiétements du cléricalisme. Mais sur ce terrain, tous les républicains sont d'accord, car cette même France, où il n'y a point de majorité pour la séparation des Églises et de l'État, qui est avant tout une œuvre de

l'évolution de l'église

combat, est résolument, unanimement hostile à toute politique cléricale. La France n'admet pas Tintrusion du clergé dans la vie publique. Cela peut déplaire à certains éveques, et même à nombre de curés qui s'agitent dans les élections, mais cela est certain. La France n'est pas et ne sera jamais cléricale. Il faut que ceux qui prétendent se servir de l'Église pour en venir à leurs fins politiques se résignent à en prendre l'eur parti. Ceux-là ne veulent pas plus que M. Pichon de la politique d'apaisement. Radicaux et cléricaux se plaisent dans la mêlée confuse des querelles religieuses, ils y trouvent leur compte, ils en tirent avantage et profit. Mais les radicaux ne sont pas plus la nation que les cléricaux ne sont l'Église. C'est ce qu'il faut bien voir.

Tout le monde a été frappé de la note du Moniteur de Rome qui dénonce aux évêques les prétentions abusives de certains laïques. Ces hommes de parti entraînent trop souvent les clercs hors de la voie que leur trace leur devoir de pasteurs, pour les jeter et les perdre dans les querelles politiques. Ce n'est pas un fait récent ni nouveau dans l'histoire de FÉglise du xix^ siècle. Sans doute ce que l'on appelle la renaissance catholique a grandement profité de oette action croissante des laïques, mais cette action s'est rarement exercée sans nuire à l'autorité, à la considération, au prestige du corps épiscopal. Les évêques catholiques, ceux de France comme les autres, en dépit des honneurs qu'on leur rend, des témoignages de respect dont on les accable, n'ont plus, dans l'ÉgUse telle que l'a faite le long pontificat" de Pie IX, la haute situation qu'ils avaient avant. On n'a pas touché à leurs pouvoirs de juridiction ni de doctrine, cela va sans dire, mais s'ils s'interrogent eux-mêmes, dans le secret et la sincérité de leur

i/aGITATION UKLIGIKLSE 217

conscience, ils doivent reconnaître que peu à peu ils sont passés de l état de pasteurs de leurs troupeaux, divinement institués pour paître et régir les fidèles de leurs diocèses, à l'état de préfets apostoliques, obéissant avec docilité aux ordres qui partent de Rome ; et que, dans leurs diocèses mêmes, ils sont trop souvent sous la domination de certains laïques, encore plus attachés à leur foi politique qu'à leur foi religieuse et qui comptent se servir de l'Église, au moins autant ([ue la servir.

La note du Moniteur de Rome rai)pelle aux évéques qu'ils sont constitués en dignité et en pouvoir dans ■ l'Église, et dit que c'est un scandale de voir saper, ' miner, abolir peu à peu ces pouvoirs et cette dignité par des personnes étrangères au gouvernement des âmes : or, c'est rompre en visière au cléricalisme que de tenir cet excellent langage, car c'est lui déclarer qu'il est temps de céder la pUv e et de revenir à la politique d'apaisement.

Mais n'est-il pas trop tard?

Xon, si, de part et d'autre, on y apporte de la sincérité, de la persévérance et ce certain tour de main que donne la réelle expérience des hommes et des choses. Rien ne se fait sans qu'on y mette le temps. C'est aux évèques qu'il appartient de se recueillir, de se retrouver et de se reprendre eux-mêmes.

Comme on le leur a très bien marqué, lés rapports entre l'Église et l'État dépendent de leur attitude et de leur conduite.

Ces rapports sont ce qu'ils les feront. Pour commencer, qu'ils soient bien persuadés que la situation n'est plus du tout ce qu'elle était naguère encore. Ce ne serait pas une révolution de médiocre importance que la séparation des Églises et de l'État si, par l'insubordination et la révolte, on y forçait la

Spcller. Évol. de î'Égl. 13

l'évolution de l'kglisk

société laïque et moderne : dé guerre lasse, nombre d'esprits modérés finiraient par s'y résoudre, en laissant à qui les aurait encourues toutes les responsabilités attachées à une pareille aventure. Mais, la chose faite, il n'y aurait guère moyen d'y revenir.

Les thèses soutenues à la tribune de la Chambre des députés par M. Freppel,évéque d'Angers, député du Finistère, sur l'indépendance absolue du corps épiscopal à Fégard de l'État et la protestation contre les articles organiques de la loi du 18 germinal anX si intimement liés au concordat, furent reprises et développées par M. Isoard, évéque d'Annecy, un des prélats français qui s'étaient ralliés des premiers à la politique nouvelle préconisée par le cardinal Lavigerie.

La République française profita de cet incident, sans rien abandonner des droits et prérogatives de l'État, pour insister sur la théorie comme sur la mise en pratique de la politique d'apaisement, si nécessaire à suivre dans les relations de la République avec FÉglise.

Lalettre, d'ailleurs assez peu probante, que M. l'évéque d'Annecy a cru devoir écrire à M. le président du conseil, a manifestement pour objet de bien marquer le vrai caractère de la fonction épiscopale dans l'ensemble de la hiérarchie française. Cette lettre intempestive n'est qu'un écho tardif des dernières discussions parlementaires sur les rapports de l'État et de FÉglise, tels qu'ils sont établis par le Concordat. De même que son collègue, M. l'évéque d'Angers, avait pensé qu'il était de son devoir épiscopal de protester une fois de plus contre les articles orga-

Page 1