‹ L'évolution politique et sociale de l'égliseChapitre 20 sur 26 · LA DIPLOMATIE DE L ÉGLISE · texte numérisé non relu

LA DIPLOMATIE DE L ÉGLISE

Rien n'est plus vrai.

Mais le 16 Mai a été une ^rave faute politique, et c'est Tavis de M. Pie, évéque de Poitiers, qui semble avoir pris un soin tout particulier de se tenir à l'écart de cette aventure. Bien que moins engagé que son collègue d'Orléans dans la mêlée des partis, M. Pie semble avoir eu plus de véritable esprit politique que M. Dupanloup. D'abord il se possédait mieux, ne se dépensait pas à tout propos, se défiait plus des hommes et jugeait les événements avec plus de clairvoyance que son rival. Royaliste, M. Pie l'était au moins autant, sinon plus que M. Dupanloup, encore qu'il n'eût pas craint de s'aboucher directement sous l'Empire avec l'empereur Napoléon III : il est vrai que c'était avant la solennelle rupture de 1860, alors que les fonctionnaires impériaux du diocèse et de la ville de Poitiers reçurent l'ordre de déserter les salons d'un évéque assez audacieux pour traiter le maître de la France dans les termes du plus souverain mépris et pour l'appeler des noms maudits dans l'Église de Pilate et d'Hérode.

D'ailleurs le royalisme de M. Pie i)laisait plus à M. le comte de Chambord que celui de M. Dupanloup. L'un et l'autre donnaient des conseils au roi. A quoi pourraient bien servir les évécpies — les héritieis de ceux dont on a dit qu'ils ont fait la France — si ce n'est à donner des conseils au roi?

Seulement, ces conseils n'étaient pas les mêmes.

M. Dupanloup pensait et disait que le roi devait se rapprocher du pays et répondre à l'appel qui lui serait adressé, en faisant les concessions commandées par l'esprit du siècle et imposées par la nécessité des temps; il estimait que M. le comte de Chambord ne pouvait rien perdre à se montrer aux Français comme l'héritier du sage Louis XVIII qui avait octroyé

l'évolution de l'église

la Charte constitutionnelle, ou même comme Fhéi'itier du politique avisé et rusé, du prince habile et prudent, du Gascon Henri IV, celui qui a réussi à pacifier la France, en lui sacrifiant tout ce qu'il pouvait avoir de foi religieuse. « Paris vaut bien une messe », avait dit Taïeul. Pourquoi le petit-fils nediràit-il pas : « La restauration du trône et de Fautel vaut bien que Ton accepte une Constitution »? C'était là précisément ce que M. le comte de Chambord n'admettait pas, et l'on se souvient encore de la verte semonce qu'il adressa un jour à Tévéque d'Orléans, pour lui signifier qu'il ne serait jamais le roi de la Révolution.

Au contraire, l'évêque de Poitiers avait conquis toute la confiance du roi, en lui représentant qu'il n'avait qu'un devoir, celui de n'abandonner aucun de ses droits. M. le comte de Chambord ne pouvait, selon les décrets insondables de la Providence, restaurer qu'une seule monarchie, la monarchie chrétienne dans toute sa plénitude et avec tous ses caractères et privilèges. C'était la pensée même du prétendant. M. Pie l'avait si bien devinée et comprise qu'il fut regardé par M. le comte de Chambord comme un conseiller envoyé par Dieu lui-même. M. Pie, d'ailleurs, ne manifesta jamais un bien grand goût pour les savantes combinaisons des politiques de l'école parlementaire ; il ne daigna pas accorder beaucoup d'attention aux conséquences possibles de la journée du 24 mai 1873 qui précipita M. Thiers du pouvoir; il ne crut guère à la réconciliation des deux branches de la famille royale, le 9 août, à Froshdorff; il crut encore moins au succès des manœuvres plus ou moins habiles de la commission des Neuf, et quant à l'audience de M. Chesnelong à Salzbourg, il savait à quoi s'en tenir. L'évêque attendait tout de l'intervention surnaturelle de Dieu

LA DIPLOMATIE DE l'ÉGLISE

et il rimplorait par des neuvaines : ce qui ne Tempêchait pas de voir très clair et de démêler avec une infinie perspicacité l'écheveau embrouillé des hommes et des choses, car, dès que M. le comte de Chambord eut écrit et fait publier sa lettre à M. Chesnelong, il i aperçut très nettement que la monarchie Très Chré- I tienne, dont il était pour ainsi dire le restaurateur dogmatique, ne serait pas rétablie en fait, puisque le roi se dérobait.

M. le comte de Chambord a-t-il jamais voulu régner? C'est une énigme historique qu'il ne servirait à rien de chercher à résoudre. Toutefois, à voir comment les choses se sont passées, on peut douter que le petit-fils de Charles X, le petit-neveu de Louis XVI, ait eu jamais Fintention bien arrêtée de faire ce qu'il fallait pour relever un trône déjà renversé deux fois et qu'il n'était rien moins que sûr de maintenir. Comme l'évêque de Poitiers, M. le comte de Chambord attendait tout de l'avenir, c'est-à-dire de la Providence. « L'heure est à Dieu », avait-il coutume de dire. Il s'était habitué à l'exil, parce que, dans l'exil, il jouissait, sans opposition ni contestation, des avantages et des respects extérieurs dus à la royauté dont il était le dernier représentant. Henri V n'a été roi qu'à Frohsdorff ; mais à FrohsdorfF il était roi comme il voulait l'être, dans toute l'intégrité de sa prérogative, avec toute la majesté royale rehaussée en lui par la dignité de sa vie et par la noblesse et la fermeté de ses sentiments dans le malheur. Il n'était point dépourvu, du reste, d'un sens assez net des vraies difficultés de la politique; il ne se sentait aucun attrait à courir les hasards et les périls d'une

l'évolution de l'église

révolution qu'il savait inévitable, et très vraisemblablement, s'il s'est dérobé, c'est après y avoir mûrement réfléchi et par un acte de sa volonté.

Quoi qu'il en soit, l'évêque de Poitiers ne s'y méprit point. Le roi ne revenant pas, quand tout semblait l'annoncer, c'est décidément que les desseins de Dieu n'étaient pas là; et dès lors, en théologien consommé, il se tourna vers le pouvoir existant et n'hésita point à recommander à ses prêtres de s'incliner devant la République légalement proclamée. M. Pichon cite le passage du livre où l'abbé Baunard, historiographe du cardinal Pie, relate l'entretien de l'évêque de Poitiers avec ses prêtres, au cours duquel il leur prescrivit une nouvelle ligne de conduite : « Le régime républicain, dit-il, existe régulièrement aujourd'hui, et nous devons régler notre conduite en conséquence. Ce que nous avons été au lendemain de 1830 et au lendemain de 1848, nous le serons encore. Sans abdiquer nos convictions personnelles sur ce qui serait le mieux adapté aux besoins, aux mœurs, à l'esprit, au tempérament de la France, nous reconnaissons que, les faits étant ce qu'ils sont et le Parlement de 1871 s'étant clos dans les conditions existantes, l'état de République s'impose présentement à nous et nous impose des devoirs envers lui. Nous les accomplirons loyalement. »

Cette déclaration est d'une réelle importance.

Elle n'a pas échappé à l'esprit sagace et pénétrant de M. Pichon, qui dit à son tour : « On voit que M. Lavigerie n'est pas le novateur qu'on s'imagine et que nos évêques soi-disant ralliés n'ont rien inventé ».

C'est fort bien parler. Mais pourquoi s'en tenir à

LA DIPLOMATIE DE l'ÉGLISE

la surface des choses. M. Pichon se devait à lui-même d aller au fond. Nous venons de raconter, une fois de plus, Tavortement des espérances de restauration d'une monarchie chrétienne, c'est-à-dire d'une monarchie selon le cœur de l'Église : aussi bien, ce fait capital de l'histoire de France, dans le dernier quart du xix« siècle, explique en grande partie cette « évolution » de l'Église vers la démocratie dont notre génération est le témoin surpris. Cette évolution ne fait que commencer; elle est appelée à jouer un rôle considérable dans les affaires politiques et sociales des différents États de l'Europe.

Nul doute que si l'Église eût conservé l'espoir de rétablir en France une monarchie animée de son esprit, soumise à son influence, docile à ses conseils, dévouée à ses intérêts, elle n'eût pas tourné ses regards vers la démocratie, comme pour l'inviter à se rapprocher d'elle, au moment où elle fait elle-même les premiers pas.

C'est parce que la vertu du principe monarchique lui a paru complètement épuisée que l'Église, en cela fidèle à sa politique constante, a jugé le moment venu d'entrer en colloque avec la vraie souveraine des temps modernes, qui est la démocratie. Or, comme le gouvernement inévitable et nécessaire des démocraties, c'est la République, il faut bien reconnaître la République et se rapprocher d'elle.

Telle devrait être la conclusion du travail si distingué de M. Pichon : or, ce travail a pour objet de justifier une thèse de tribune, pour ne pas dire une thèse d'école, à savoir que la République et l'Église sont radicalement incompatibles ; que jusqu'à présent toute la diplomatie de l'Église a consisté à combattre, à ruiner, à faire tomber la République; partant, que ce qui s'est déjà vu doit infailliblement se revoir :

l'évolution de l'kglisk

dès lors, il était impossible que M. Pichon s'arrêtât à conclure en un sens diamétralement opposé à celui de sa thèse.

S'il avait poussé ses recherches historiques jusqu'à nos jours, M. Pichon aurait dû parler des lettres encycliques, des actes pontificaux du pape Léon XIII. Or il n'en est pas un qui ne marque cette évolution de l'Église, non seulement en France, mais dans tout l'univers catholique. Encore une fois, c'est la fm de la monarchie dite de droit divin et ce sont aussi les prodigieuses conquêtes de l'Église au sein d'une démocratie libre comme celle des États-Unis de la républicaine Amérique, qui sont la principale explication du mouvement qui a commencé de se produire dans l'Église.

On dit que les évéques français résistent aux enseignements du pape et que, non contents de ne point abdiquer leurs convictions personnelles, ils se tiennent en révolte ouverte contre la République aussi bien que contre le souverain pontife. Gela est possible, mais cela n'aura qu'un temps. M. Pichon, qui connaît bien l'esprit de patience et de prudence de l'Église, n'en est pas à apprendre que l'Église ne marche point du même pas que les politiques du siècle. Ceux-ci se hâtent de profiter de l'heure, et l'Église montre moins de précipitation. Mais il y a un mouvement commencé, et ce mouvement ne s'arrêtera plus.

Un pareil phénomène est digne de la plus sérieuse attention. A quoi bon revenir sur le passé, quand Rome elle-même s'en éloigne? La méthode historique a du bon, à la condition qu'elle ne conduise pas à fermer les yeux sur ce qui se passe autour de nous.

LA DIPLOMATIE DE l'ÉGLISE

Eh! non, sans doute, le cardinal RampoUa ni le pape Léon XIII lui-même n'ont rien inventé, puisque le cardinal Pie, dès 1876, disait que « le passage d'un régime politique à un autre prescrit une nouvelle ligne de conduite au clergé ». Le cardinal Pie à son tour, en indiquant cette nouvelle ligne de conduite à ses prêtres poitevins, ne se donnait pas comme un novateur téméraire; il faisait simplement acte de politique prudent. Que n'en fait-on autant dans le camp de la démocratie? Ce n'est pas en niant le mouvement de l'Église que les républicains l'arrêteront : voilà ce que M. Pichon, si bien fait pour comprendre et traiter ces questions, devrait dire à notre parti qui l'écoute avec une si juste confiance.

L'évolution indiquée par le cardinal Lavigerie est si bien commencée que déjà les jésuites italiens s'y engagent, et ce n'est certainement pas sans motifs ni sans permission. Une brochure a paru à Rome, signée du nom du P. Balferini, de la Compagnie de Jésus, directeur de la Civiltà cattoUca. Elle apporte à l'archevêque d'Alger et à son toast une adhésion d'autant plus digne d'être remarquée que la Civiltà cattoUca se rédige auprès du Vatican et parle au nom des principaux des jésuites. Rien de pareil ne s'est encore vu de la part des jésuites français, mais cela viendra; car qui donc, dans la Compagnie de Jésus où règne la fameuse maxime du Perindè ac cadaver^ oserait résister, quand le général aura parlé? Les évêques français jettent leurs derniers feux dans la question controversée de la République et de la monarchie, et qui sait si tout le bruit qu'ils font à l'heure présente n'est pas pour eux le moyen de couvrir la retraite qu'ils se préparent à faire en silence?

LE CLÉRICALISMÊ

ET

LA POLITIQUE D'APAISEMENT

Le procès retentissant de l'archevêque d'Aix, les manifestations de sympathie dont ce prélat fut l'objet après sa condamnation, la réception qu'on lui fit, non sans quelque ostentation, au palais de la rue de Grenelle, résidence de l'archevêque de Paris, les lettres de félicitations et de sympathie qui lui furent adressées par ses collègues de l'épiscopat, tout cela ne laissa point de créer une véritable agitation cléricale, visiblement destinée à enrayer le mouvement d'évolution de l'Eglise.

Le parti royaliste crut le moment favorable pour rentrer en scène. M. le comte d'Haussonville, agent du prétendant Philippe d'Orléans, se rendit à iMarseille, pour y prononcer un discours, véritable manifeste de la politique cléricale.

La République française porta sur toute cette campagne le jugement qui suit :

LE CLÉRICALISME ET LA POLITIQUE d'aPAISEME>T 241

Si Ton veut savoir ce que c'est que le cléricalisme, ce dangereux inspirateur de la politique tortueuse et louche, qui nous fait répéter, en toute connaissance de cause, quinze ans après Gambetta : « Le cléricalisme,, voilà l'ennemi ! » il suffit de prendre le récent discours prononcé à Marseille par M. le comte d'Haussonville, au nom de Philippe d'Orléans, prétendant au trùne de France. Le cléricalisme anime et remplit tout ce discours; il s'y montre; nous allions dire : il s'y étale. Ne nous lassons pas de le redire : le cléricalisme, c'est la politique affublée du masque de la religion; c'est cela qui est et qui restera l'ennemi.

Il est certain que les alfaires de la monarchie vont mal, si mal que l'on a colporté le bruit que M. le comte de Paris, las de l'impuissance à laquelle il se voit condamné, mécontent à la fois et découragé, allait se décider à renoncer à la politique militante. Il ne demandait pas mieux, disait-on, que de trouver une occasion favorable de rentrer en France et de reprendre dans son château d'Eu la vie d'études laborieuses et de plaisirs tranquilles qu'il y menait, avant que la mort de M. le comte de Chambord l'eût fait héritier du trône de France.

, Une note insérée dans Le Figaro a démenti ces bruits d'abdication, et le discours de M. d'Hausson ville a été certainement prononcé pour confirmer cette note. Tout en faisant ressortir ce que la nouvelle de cette prétendue abdication a nécessairement d'invraisemblable, Le Llgaro avait eu soin de bien indiquer aux conservateurs, sur le dévouement desquels le prétendant compte pour remonter sur le trùne, que leur situation dans le pays, leurs intérêts dans le présent et dans l'avenir, leur rùle politique, leurs devoirs de Français et de patriotes ne se confondent nullement avec ceux de M. le comte de Paris, et qu'ils auraient

Spulleb. ÉvoL de l'Egl. 14

l'évolution de l'église

grand tort de régler leur conduite sur la sienne, car rien n'est moins sûr, tout bien considéré, que la restauration de la monarchie : de là, l'évidente nécessité pour M. le comte d'Haussonville, agent du roi, de prendre la parole, ne fût-ce que pour rendre l'espérance à ceux qui sont en train de la perdre; de là, le discours de Marseille.

S'il faut le dire, M. Othenin d'Haussonville n'excelle pas dans la tache ingrate qu'il a donnée pour but à sa vie. Après l'avoir entendu, ses auditeurs de Marseille ont dû se sentir plus ébranlés que jamais dans leur foi royaliste. Est-il bien sûr que l'agent du roi croie lui-même à la restauration de la royauté? C'est une question que l'on peut se poser.

M. d'Haussonville nous dit que l'on peut abdiquer un droit, mais que l'on n'abdique pas un devoir. C'est une formule magnifique, mais ce qui reste de la France royaliste la connaissait déjà, car personne n'ignore que M. le comte de Chambord en est le véritable auteur. Encore que Henri de Bourbon fût aussi sûr de son droit divin que de son devoir royal, il aimait mieux parler de ses obligations envers la France que de ses titres à régner sur elle. Dans sa bouche, ce langage ne manquait pas de grandeur. Aujourd'hui, quelles que soient à cet égard les prétentions de M. le comte de Paris, il n'y a plus ni droit divin ni devoir royal. La France ne demande rien à Philippe d'Orléans que de la laisser tranquille ; elle a pris en main la direction de ses destinées ; elle règne sur elle-même et se gouverne à sa guise ; elle maintient l'ordre, tout en jouissant de la liberté, et cela sans la direction d'aucun monarque, ayant remis le soin de ses affaires à des mandataires librement élus et révocables, qui lui doivent des comptes, et qui n'ont d'autre intérêt que de bien faire pour justifier

LE CLÉRICALISME ET LA POLITIQUE d'aPAISEMENT 243

la confiance dont la nation les a honorés. La France ne croit plus à la monarchie, ni à la traditionnelle ni à la constitutionnelle, ni à l'administrative, ni à la militaire : c'est pourquoi elle a voulu se constituer en République; elle y est parvenue, après tout un siècle de luttes et de difficultés; elle ne se sent nulle envie de remettre tout en question chez elle, pour le plaisir de mettre à l'épreuve les talents politiques de M. le comte de Paris et de ses fidèles. Le prétendant n'abdiquera pas, nous dit M. d'Haussonville. Mais qui a jamais cru qu'un prétendant abdiquerait? Il faut bien que M. le comte de Paris fasse figure dans le monde, dût-il s'ennuyer à périr dans cet exil où il s'est fait si maladroitement renvoyer par des intrigues d'ailleurs inutiles, alors qu'il avait eu la chance de rentrer dans son pays.

Ce qu'il y a de plus fâcheux, c'est que M. d'Haussonville nous dit que, si M. le comte de Paris revenait parmi nous, il recommencerait, car il paraît que c'est son devoir royal d'agiter incessamment dans son intérêt personnel et dynastique une nation qui ne veut pas de lui. La France est bien et dûment avertie! Mais le prétendant ne rentrera pas, et il en sera de lui comme de M. de Chambord : il s'ensevelira dans les plis du drapeau de la monarchie! Voilà pourquoi M. d'Haussonville déplace la question de la restauration de la royauté qui est insoluble, pour la porter sur le terrain des questions religieuses, et voilà ourquoi il n'y a plus devant nous un parti monarchique, mais le parti clérical et le cléricalisme.

Le cléricalisme est une étiquette merveilleuse qui sert à couvrir les débris des anciens partis : on peut être clérical, en venant soit du parti légitimiste, soit du parti bonapartiste, soit du parti orléaniste, soit nfin d'un ou de plusieurs autres partis encore. Rien

l'évolution de l'église

ne ferait mieux l'affaire de la royauté que le cléricalisme devenant à la longue assez puissant pour tenir en échec la République, son gouvernement et ses défenseurs. En tout cas, c'est le seul moyen de rendre quelque espoir aux hommes qui veulent la restauration de la monarchie. Poussons donc aux querelles religieuses, se disent les chefs du parti royaliste, et, de ce cùté, point d'apaisement, point de quartier! Les royalistes de l'acabit de M. d'Haussonville montrent par là qu'ils ont aussi peur du manifeste de M. le cardinal Lavigerie que les républicains ennemis de la politique d'apaisement : ce doit être pour les républicains dévoués à leur gouvernement, et décidés à tirer la République de l'ornière des anciennes querelles, une raison suffisante de s'en tenir à cette politique.

Et qui sait, si l'on y regardait de près, de quel côté trouverait-on les vrais alliés du cléricalisme? Serait-ce du côté de ceux qui veulent en finir avec cette ligue dangereuse, en apaisant les dissentiments religieux? Ne serait-ce pas plutôt du côté de ceux qui donnent au cléricalisme force et vigueur, en s'obstinant à maintenir la lutte sur le seul terrain où puissent désormais se réunir et se grouper les adversaires^ de la République et de ses institutions?

Dans ces circonstances, M. Freppel, évéque d'Angers, vint à mourir. Ce prélat était très dévoué à la cause de la restauration monarchique. Il avait de grandes ambitions, et se tenait volontiers lui-même pour un de ces anciens hommes d'Église qui ont joué dans notre histoire un rôle si important. Ce qui est certain, c'est que M. le comte de Paris perdit en lui un de ses plus éminents conseillers, ei

Page 1