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c'est ainsi qu'il a travaillé à rapprocher les sectes dissidentes, à rattacher par des liens plus étroits les Églises nationales au Saint-Siège, à mettre au-dessus du corps des évêques et de l'Eglise elle-même le pontificat romain, la Papauté, en sorte que Rome est maintenant, sans contestation possible, suivant l'ambitieuse inscription de Saint-Jean de Latran, la mère et la tète des Eglises de tout l'univers, ecclesiarum omnium mater et cajntt.
Trois armes principales, ou, si l'on aime mieux, trois moyens politiques principaux ont servi au pape Pie IX pour atteindre à ce grand but : le rétablissement de l'unité liturgique; la création si nombreuse des vicariats apostoliques dans des pays où jusqu'à nos jours l'Église catholique n'envoyait que des missionnaires sans aucun lien. hiérarchique avec le Saint-Siège; et enfin la presse dite religieuse, le journalisme catholique, qui a pris dans la catholicité une si grande influence qu'elle y a balancé parfois l'autorité même de l'épiscopat.
Pour couronner cette œuvre d'unité, Pie IX, qui n'avait pas craint, en promulguant, de son autorité propre et personnelle, en dehors du consentement de l'Église, la définition du dogme de l'Immaculée Conception, de devancer en fait la proclamation dogmatique de l'Infaillibilité du pontife romain, s'est déclaré lui-même au-dessus du corps entier des évêques et de l'Eglise.
Le monde stupéfait a été témoin de cette pro-
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digieuse apothéose le 18 juillet 1870, le jour même où éclatait la guerre qui devait mettre fin au pouvoir temporel des papes.
L'Italie ayant pris possession de Rome, sa capitale géographique, historique et politique, Pie IX ne put supporter la vue de la royauté usurpatrice. Il s'enferma dans le palais du Vatican et s'abstint même de descendre dans la basilique de Saint-Pierre. Il se dit prisonnier, et tout en multipliant les protestations et les anathèmes, les gémissements et les plaintes, il attendit les événements. Une première fois, en 1848, il avait quitté Rome, fuyant devant la Révolution triomphante, et s'était réfugié dans les états monarchiques du roi des Deux-Siciles, Ferdinand de Bourbon, qui gardera dans l'histoire le surnom sinistre de roi Bomba. Mais, en 1870, ce n'était plus la Révolution qui était entrée à Rome, c'était l'Italie elle-même. Dès lors, il n'y avait plus à fuir, mais à se résigner. Les destins s'accomplissaient. « Ci siamo, ci resteremo », avait dit Victor- Emmanuel, qui ne fut pas seulement le premier roi, mais le premier soldat de l'Italie nouvelle. Quand de telles paroles sont prononcées, malheur à qui ne les entend pas! La papauté catholique a fait mieux que de les entendre ; elle les a comprises. Elle est encore trop italienne pour défaire ce que l'Italie a fait; elle proleste, mais elle subit et s'incline. N'a-t-elle pas pour elle le temps et la patience, sans parler des promesses divines? La France étant momentanément frappée d'impuis-
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sance, Pie IX n'attendait plus rien des puissances temporelles. Un seul prince, s'il eût été sur le trône de ses pères avec leur pouvoir et leur prestig-e d'autrefois, eût peut-être tenté de rétablir le principat sacré : c'était Henri de France, comte de Cliambord. Non seulement, il ne régna point, mais il ne voulut jamais rien faire pour régner. Il est mort sur la terre d'Autriche, loin de son pays, dans sa royauté fictive de Frohsdorfî, enveloppé dans les plis du drapeau blanc des Bourbons. Le jour où il devint clair pour les politiques avisés de la curie romaine que la « monarchie chrétienne » ne serait pas rétablie en France, Rome, ne pouvant plus compter sur le dernier des rois selon le cœur de Dieu, eut la pensée de se tourner du côté des peuples. La vérité est qu'en 1878, quand mourut Pie IX, ce vieillard aussi obstiné qu'intrépide, le Saint-Siège et l'Église romaine étaient dans les relations les plus difficiles avec tous les princes comme avec tous les cabinets de l'Europe. Seules, les communautés catholiques, disséminées aux quatre coins du monde, dans les pays où domine le principe électif et où règne la liberté politique, consolaient par leur fidèle amour la papauté dans ses épreuves.
Une telle situation était des plus dangereuses.
Les cardinaux réunis en conclave après la mort de Pie IX n'hésitèrent pas : ils lui donnèrent pour successeur un homme d'un esprit et d'un tempérament tout différents, avec la confiance
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qu'il suivrait la même politique et qu'il tendrait au même but, le triomphe de l'Eglise, mais par des voies tout opposées.
Ce serait au génie politique de l'Église qu'il appartiendrait d'y pourvoir.
Pie IX, avec sa belle et pleine figure, sa voix grave et pénétrante, son éloquence enflammée, passant tour à tour de l'indignation la plus virulente à l'onction la plus noble, se plaignant sans cesse, tout en se redressant avec majesté de toute la hauteur de sa chute, apparaissait, dans son extrême vieillesse, comme l'Edise elle-même, persécutée à la fois et sûre de vaincre. 11 inspirait une sorte de culte. Si ses ennemis prétendaient qu'il avait l'œil d'un jettatore. et conjuraient par des signes irrespectueux les redoutés effets de sa présence, ses admirateurs, poussant la dévotion jusqu'au fanatisme, le considéraient comme un saint, touchaient ses vêtements comme pour en attendre des miracles, et le mettaient de son vivant, par une sorte de canonisation anticipée, en dehors et au-dessus de l'humanité.
Léon XIII, au contraire, pâle, maigre, ayant à peine le souffle, mais fin, souple, réservé dans ses paroles, capable de tout écouter pour tout comprendre, semblait mieux fait pour se mêler aux hommes, pour se rapprocher d'eux afin d'entreprendre les négociations délicates qui s'imposaient désormais à l'Eglise. Au temps de sa jeunesse, il avait servi la papauté dans divers postes diplomatiques, à Bruxelles notamment, où
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il avait noué, en sa qualité de nonce apostolique, des rapports personnels avec un prince d'une expérience et d'une sag-esse consommées, le roi Léopold P^, qui lui avait appris la triture des affaires et le maniement des hommes. A son retour en Italie, Pie IX qui, sans méconnaître ses qualités, ne l'aimait guère, l'avait nommé à l'archevêché de Pérouse où il s'était confiné dans l'élude des sciences sacrées et des lettres classiques, passant de la théologie de saint Thomas aux traités d'économie politique et de droit public moderne, l'esprit incessamment tourné vers les solutions amiables et pratiques, l'âme ouverte aux inspirations de la bonté la plus humaine et de la piété la moins agressive, cherchant partout la conciliation, et se résumant lui-même en quelque sorte dans cette expression que l'on rencontre à chaque ligne dans ses écrits, et qui est comme la devise même de son intelligence, Tharmonie. Dans l'année qui a précédé son exaltation, son mandement pour le carême de 1877 avait roulé sur les harmonies de la civilisation avec les enseignements de la foi : ce n'est, dira-t-on, qu'une thèse de séminaire, mais encore faut-il choisir les sujets des thèses que l'on veut défendre, et il est tel sujet qu'un prélat de combat ne traitera jamais.
Pie IX était un pontife de combat, un tribun religieux, un prophète irrité qui, vers la fin de sa vie, ne pouvait plus guère que maudire. Léon XIII, homme de sens plus calme, non pas moins pas-
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sionné mais plus rassis, est un politique de réflexion et de calcul qui sait observer, un temporisateur qui sait négocier, avant de prendre un parti, mais un caractère d'une inflexible fermeté, qui, sa résolution une fois arrêtée, s'est donné une tout autre tâche.
Il y était merveilleusement disposé.
Diplomate par éducation professionnelle, il commença par essayer de se rapprocher des chancelleries et des princes. C'était d'abord ce qu'il y avait à faire, pour bien montrer, par des procédés opposés, que le nouveau pape ne renonçait nullement aux revendications de son prédécesseur.
Mais Léon XIII, moins que personne, n'était homme à se méprendre sur l'insuccès certain de toutes démarches ayant pour objet de rétablir le principat temporel de la papauté.
La petite monarchie pontificale, « le dernier survivant des gouvernements d'ancien régime », comme a si bien dit le P. Lacordaire, est tombée pour ne plus se relever. La première en date des principautés ecclésiastiques comme la première en importance et en dignité, elle s'est écroulée à son tour sous les coups inévitables du temps qui détruit et transforme tout. Si les différents domaines temporels que l'Église a possédés dans les diverses contrées de l'Europe, depuis le haut moyen âge, jusqu'à la Révolution française, ont successivement disparu , c'est qu'ils se sont trouvés exposés à la force toute-puissante et victorieuse du principe supérieur qui dirige la poli-