XXII AYANT-PROPOS
tique intérieure des nations modernes, à savoir le principe de la sécularisation progressive des institutions, des lois, des propriétés et des mœurs. Ainsi sont tombées les principautés ecclésiastiques des prélats électeurs du saint-empire romain, les grandes et riches possessions territoriales des évêques, des abbés et du clergé, tant séculier que régulier. Le domaine temporel des papes ne pouvait pas échapper à cette loi générale. Il n'y a là ni spoliation criminelle, ni accident réparable. Ce qui est arrivé devait arriver, et nul ne pouvait Tempécher. On aime à dire que si la guerre de 1870 ne fut pas survenue, la France serait encore à Rome, montant la garde aux portes du Vatican; mais on oublie que la France avait stipulé dès longtemps le retrait de ses troupes. Tôt ou tard, Rome devait être rendue à sa destination vraie, qui est d'être la capitale de Fltalie, et personne ne sait mieux cela que les politiques de la curie romaine. Que la papauté se trouve mal à Taise dans les conditions actuelles, avec la royauté piémon taise pour voisine et pour rivale, avec la loi des garanties pour toute caution de son indépendance, c'est une autre affaire, et cette question n'est pas à discuter en ce moment.
Ce qui est à dire, c'est que la politique pontificale, celle de Léon XIII, comme celle de Pie IX, ne peut avoir d'autre objet que le triomphe de l'Eglise. Certainement, si le pouvoir temporel des papes était rétabli, ce serait un triomphe pour l'Église, mais il s'agit de savoir s'il n'y en a pas
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d'autres et d'un caractère, d'une importance, d'un prix inTmiment plus relevés que celui-là. Or, qui pourrait contester qu'il n'y en ait, maintenant que l'on a sous les yeux les quinze années si remplies du pontificat de Léon XIII?
La papauté se trouve gênée dans Rome, capitale de la royauté unifiée sous le sceptre de la maison de Savoie : voilà qui ne regarde que le pape et les Italiens ; mais, de part et d'autre, ils sont gens à se comprendre et à s'arranger. Ce qui est positif, c'est que la papauté ne tient pas plus à quitter Rome et l'Italie que les Italiens ne désirent voir la papauté les abandonner. Autrefois, avant la prodigieuse résurrection de la nation italienne, Pellegrino Rossi disait que la papauté était la seule grandeur vivante de l'Italie. Pour qui observe bien ce qui se passe, la papauté n'est plus la seule grandeur, mais il pourrait bien se faire que, d'ici à peu de temps, elle redevint la vraie force de l'Italie. Ni la papauté ni l'Italie ne cherchent à se dérober l'une à l'autre; au contraire, pour peu que les circonstances s'y prêtassent, on verrait qu'elles cherchent à se réunir pour ne plus se séparer. Que cette réunion s'opère, ce ne sera point le domaine pontifical — celui qui existait sur la « motte de terre » — qui sera rétabli ; mais le triomphe de l'Eglise, ce fameux triomphe tant désiré et tant poursuivi, sera enfin obtenu.
Quoi qu'il en soit, Léon XIII, dans les commencements de son pontificat, ne voulut se souvenir que de son ancien métier de négociateur. Avec