XXIV AVA^T-PROP0S
la plupart des États de FEurope, les relations du Saint-Siège étaient plus que froides; le nouveau pape chercha tout d'abord à les rendre meilleures. L'art si compliqué et si difficile de la diplomatie redevint en faveur au Vatican. Léon XIII ne se contenta point de diriger Faction de ses nonces accrédités auprès des diverses puissances, en recourant à l'habileté politique des secrétaires d'État qu'il se donna pour auxiliaires ; il mit lui-même la main aux affaires et, dans les circonstances graves, il voulut être en quelque sorte son premier ministre. A l'esprit d'opposition violente qui se manifestait, du temps de Pie IX, tantôt par des plaintes, tantôt par des menaces, les unes aussi stériles que les autres, mais toutes également propres à écarter de l'Église les sympathies prêtes à se déclarer pour elle, Léon XIII substitua résolument l'esprit de compromis et d'apaisement, Feffort vers la conciliation, la tendance obstinée au rapprochement et à l'accord.
" Il ne réussit pas toujours, mais sa patience resta supérieure à ses mécomptes, pour les dominer. Il fit tout pour se ménager Fappui de l'homme d'Etat redoutable qui pesait alors, si habilement quoique si durement, sur la décision des plus grandes affaires. Un jour, il lui arriva de recevoir une lettre qui offrait au pontife suprême de l'Église catholique la mission d'arbitre souverain pour trancher le différend qui divisait l'Espagne et le tout -puissant Empire allemand.
AVANT-PROPOS XXV
Celte lettre commençait par cette interpellation inusitée mais significative : a Sire! » Le pape, prisonnier volontaire dans son palais du Vatican, s'entendant qualifié du titre que l'étiquette réserve aux empereurs et aux rois, crut-il sa royauté restaurée? Cette illusion ne dura pas longtemps, mais il resta dans l'esprit de Léon XIII cette conviction que l'avenir de la papauté se trouvait relié à son passé par cette mission d'arbitre qui lui avait été spontanément décernée. Etre l'arbitre recherché, écouté, obéi dans toutes les difficultés qui pourront diviser les peuples et les rois, telle devra être dans l'avenir la vraie fonction comme la véritable puissance des pontifes romains. Mais si la Papauté veut devenir l'intermédiaire obligé entre les nations et leurs chefs, il devient nécessaire qu'elle ne se tienne plus en dehors de la vie contemporaine, en dehors de cette civilisation avec laquelle Pie IX, dans son imprudent Syllabus de 1864, a déclaré, solennellement et dogmatiquement, que le pontife romain ne saurait se réconcilier. Léon XIII se rend compte à merveille de cette nécessité : aussi professe-t-il en théologien consommé, habile à manier les distinctions subtiles de saint Thomas, l'Ange de l'école, que toute civilisation est essentiellement progressive et que si d'ailleurs il y a toute une fausse civilisation fondée sur un faux progrès, la sagesse consiste h ne pas s'écarter des enseignements de l'Église en apprenant dans ces querelles tout intellectuelles à la fois mesure, harmonie, esprit
Spuller. Évol. de l'Égl. 5