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mettre la cause de l'Eglise : c'est là ce que Léon XIII et ses conseillers ont parfaitement discerné à travers les agitations et les troubles de la politique ; longtemps ils n'ont rien dit, comptant sans doute que les évêques et les prêtres de France ouvriraient les yeux à la lumière; mais^ au lieu de se retirer d'une alliance compromettante avec les partis hostiles à la volonté nationale, le haut et le bas clergé s'y enfonçaient chaque jour davantage; le temps approchait donc oii il serait nécessaire de les avertir, et c'est à quoi le Saint-Siège était aussi bien préparé que résolu.
C'est que la France est, de toutes les nations de la vieille Europe, celle où la démocratie, cette souveraine toute-puissante des sociétés modernes, a définitivement triomphé. Or, la papauté catholique connaît trop bien les alîaires humaines pour laisser exclure TEgiise, ses dogmes et son culte, son enseignement et sa hiérarchie, de cet état politique et social, d'ordre nouveau et supérieur, que la démocratie triomphante va, dans un délai plus ou moins éloigné, constituer partout à son profit. Une politique qui inféodait l'Eglise et le clergé à la cause vaincue des diverses dynasties tombées parmi nous et visiblement destinées à ne plus se relever, ne pouvait pas rester bien longtemps la politique des pontifes romains. Sans parler du coup d'œil politique qui n'a jamais fait défaut, même aux époques de faiblesse de l'Eglise, aux hommes si expérimentés qui la conduisent,
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des avertissements leur étaient venus de tous les points de F univers catholique : avertissements indirects, cela va sans dire, mais dont il était d'autant plus difficile de n'être pas frappé.
Le pouvoir temporel des papes ayant disparu, la cause du pontife romain se trouva séparée de celle des rois : dès lors, l'Eglise devait se tourner du côté des peuples. Sans aucun doute, Rome a été fort sensible aux avantages qu'elle a momentanément retirés de la rentrée dans le giron catholique des classes dirigeantes de la société française. Cette rentrée s'est opérée depuis cinquante ans environ, à partir du moment où la royauté bourgeoise de Juillel, dirigée par Louis- Philippe et son ministre M. Guizot, s'est associée à la réaction européenne dont le prince de Metternicli a été si longtemps le chef. Cette réaction habilement conduite a été à son apogée en 1850, à la faveur du trouble jeté dans les esprits par la commotion de Février; elle a coupé la France en deux par l'abolition de l'Université et la loi de l'enseignement, dont les jésuites ont tiré un si grand parti pour rétablir leur domination dans nos plus hautes sphères sociales. Mais depuis que le principe électif l'a emporté chez nous sur le principe héréditaire, depuis que les anciennes classes dirigeantes ont dû céder tout ou partie de leur prépondérance à ces nouvelles couches sociales de la démocratie, dont l'avènement aux affaires est désormais un fait accompli, l'Église a compris, avec un sens politique vraiment admi-
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rable, que son véritable intérêt est de se ménager dans la démocratie même l'appui et la force qu'elle ne peut plus trouver dans les anciennes classes dirigeantes. Elle s'y sent d'autant plus encouragée que, par l'établissement do nouvelles communautés catholiques reliées au Saint-Siège par la hiérarchie des vicaires apostoliques, c'est dans les pays de liberté et de démocratie que le catholicisme romain a fait, depuis un siècle, les plus nombreux comme les plus dévoués prosélytes. L'Église ne redoute pas la démocratie, et il n'y a qu'en France que l'on trouve des républicains assez aveuglés par leurs préventions, pour croire à l'incompatibilité radicale de l'Église avec la République. Toute la doctrine, toute l'histoire de l'Eglise démontrent qu'elle est propre à se plier à cette forme de gouvernement comme à toutes les autres, pourvu qu'elle domine; L'Eglise vient à la démocratie, non pas pour se soumettre à elle mais pour la diriger. Une direction à la fois politique et sociale fait défaut à la démocratie : l'Eglise compte bien lui offrir la sienne, en attendant qu'elle la lui impose. Qui sait, qui peut parler comme elle aux foules! Elle seule est en possession de les attirer et de les retenir par son enseignement et par ses fêtes, par sa morale et par son esthétique, les seules qui soient accessibles au peuple jusqu'à présent, par ses effusions mystiques qui touchent si profondément le cœur des femmes, enfin, par ses miracles dont les foules, à la confusion de notre orgueil scien-
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tifique, persistent à se montrer émues. Rome eût peut-être tardé longtemps encore à faire l'évolution qui s'imposait à elle, car elle n'aime pas à s'aventurer dans les nouveautés téméraires; mais c'est de ses nouveaux enfants, c'est d'Angleterre, c'est d'Amérique, c'est de toutes ces sociétés fondées sur la liberté et le travail, forces bien autrement puissantes que les privilèges de la naissance et de la fortune et le prestige aujourd'hui détruit des vieilles institutions monarchiques, que sont venus à l'Église de Rome les conseils qu'elle a fini par entendre, et les prières qu'elle est en train d'exaucer.
Pour en revenir à ce livre, je crois que tout lecteur de bonne foi ne se méprendra point sur les motifs qui m'ont déterminé à le publier. S'il ne s'agissait pour moi que de réimprimer des articles de journaux qui ont obtenu en leur temps l'attention plus ou moins favorable du public auquel je m'adresse depuis plus de vingt ans, je déclare que je ne me serais pas résolu à une entreprise aussi ingrate et aussi vaine. N'est pas vraiment journaliste l'écrivain assez infatué de sa personnalité littéraire pour ne pas s'avouer à lui-même que son œuvre de tous les jours périt à mesure qu'elle sort de ses mains. Je sais où vont nos feuilles desséchées, mais je sais aussi que des idées justes, exprimées en un langage
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clair, ne se perdent pas tout à fait et qu'il se trouve de bons esprits pour les recueillir. Ce ne sont donc pas à mes articles que je tiens, mais à mes opinions, à mes jugements. Le sujet si grave qui m'a occupé pendant plus de deux ans n'est pas épuisé. Loin qu'il ait rien perdu de son intérêt, ce sujet palpitant restera longtemps encore pour tous ceux qui réfléchissent le plus digne de leurs méditations. Nous ne sommes qu'au commencement de celte évolution politique et sociale de l'Eglise dont je raconte ici les manifestations premières. Tout ce que je demande à ceux qui assisteront à ses développements, c'est de bien se placer, s'ils veulent juger mon livre avec équité, au point de vue qui a été le mien. Ce livre n'est pas une œuvre de polémique. Je n'ai combattu ni pour ni contre l'Eglise. Je n'ai examiné l'évolution sous aucun aspect doctrinal ou théorique. J'ai observé les faits, et je me suis contenté de les décrire. J'ai fait de l'histoire, et rien autre chose. Si, chemin faisant, j'ai laissé échapper quelques réflexions d'ordre philosophique, c'est qu'elles m'ont paru ressortir des faits et qu'elles devaient, dans ma pensée, servir à les éclairer. Encore une fois, j'ai été frappé de l'erreur dans laquelle me semblaient se confiner ceux qui sont en juste possession, par leurs talents et leurs services, de parler à la démocratie républicaine. J'ai voulu les arracher à cette erreur, qui consiste à ne pas voir ce que fait l'Eglise, sous prétexte de la mieux combattre.
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