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avoir le droit de répéter que ni mon approbation, ni mon blâme n'ont rien à faire ici. Tout ce que je puis dire, c'est que je reste convaincu plus que jamais que la religion et la philosophie sont désormais séparées et que rien ne les subordonnera plus Tune à Fautre. C'est la plus importante et la plus décisive des conquêtes de l'esprit humain que la sécularisation de la science. Ceux qui sont vraiment émancipés le sont pour toujours. Hélas! pourquoi faut-il qu'ils soient encore si peu nombreux, et que de conquêtes il nous reste à faire, au nom du savoir positif, parmi les intelligences humaines!
Je ne me mêle point de prédire l'avenir, et je n'ai ni les moyens ni le goût d'annoncer à l'avance ce qui adviendra du mouvement extraordinaire qui a pris son essor sous nos yeux et dont les développements ne seront connus que des générations appelées à nous survivre. Tout ce que je me permettrai d'avancer, c'est que ceux qui vivront vers le milieu du xx^ siècle verront de grandes choses. Mais à quel prix? C'est ce qu'il est impossible même de pressentir.
L'évolution politique et sociale de l'Eglise a pour objet de rapprocher des foules et de remettre à leur tête cette grande puissance morale, qui a conduit le monde pendant tant de siècles et qui n'a perdu progressivement son influence sur les hommes et les nations qu'au fur et à mesure qu'elle s'est éloignée de son inspiration première.
Pour reprendre la direction des foules, l'Église
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catholique jugera-t-elle nécessaire de revenir à cet esprit si éminemment populaire des temps primitifs du christianisme ? On en peut douter, car il n'appartient pas à FEglise, de quelques privilèges qu'elle se prétende investie, de faire ce que nulle puissance n'est capable de faire au monde, c'est-à-dire de remonter le cours des âges et de ramener des temps, des lois, des mœurs qui ne sont plus et ne peuvent revenir. Mais il se peut que l'Église catholique romaine, sans se perdre dans des efforts infructueux, descende avec l'humanité le cours des siècles, et que, cédant avec une habile opportunité à l'esprit progressif, elle reprenne sur les foules quelque chose de cet empire, qu'elle a longtemps exercé et dont elle n'a usé que pour sa propre domination. Les foules sont encore pour longtemps dans les ténèbres de l'ignorance, et par là même elles sont exposées à prendre pour guide le premier chef qui se présentera pour les conduire.
A supposer que les pontifes romains réussissent, suivant leur ambition, à s'emparer de la direction de la démocratie moderne comme ils ont eu autrefois la direction des sociétés du moyen âge, les papes catholiques, tout déchus qu'on les a jugés après la perte de leur principat temporel, se trouveraient investis dans le monde civilisé du xx^ siècle, de la plus formidable puissance que l'humanité aurait jamais connue.
Que demande aujourd'hui l'Eglise?