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CHAPITRE PREMIER

LES PHIUPPINES •

Les Philippines forment un groupe d'îles dont là superficie est évaluée par le ministère de la marine espagnole à 345,000 kilomètres carrés et par d'autres publications à environ 295.000 kilomètres carrés. Cette superficie représente un peu moins des trois cinquièmes de celle de l'Espagne.

Formant la partie septentrionale du grand

l.LeStèc/c, 5mai 1S98.

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archipel de TAsie orientale, elles sont comprises entre les 4** et 21°30* latitude nord. Quoique placées sous le climat torride, elles ont une bonne réputation de salubrité. La saison humide s'étend de juin à novembre.

Ces îles contiennent une population dont les évaluations varient de 7 à 10 millions d'habitants. On n'y compte qu'environ 15,000 Espagnols, dont 4 ou 5,000 créoles, quelques centaines d'Anglais et d'Américains, environ. 100,000 Chinois, qui ont absorbé non seulement le petit commerce, mais qui sont devenus les intermédiaires entre les producteurs de sucre et les exportateurs.

La Pérouse exagérait quand il appelait Manille la meilleure position commerciale du monde entier ; mais elle commande toutes les routes de navigation entre le détroit de la Sonde et l'estuaire du Yantze Kiang (Shangaï).

Cette ville, avecses 154.000 habitants, n'a

pas de chance ; elle fut en partie détruite par un tremblement de terre en 1863, fortement éprouvée par un nouveau tremblement de terre en 1880. En 1896 un incendie réduisit en cendres 4.000 maisons.

Située dans une région d'une richesse admirable, qui produit du sucre, du chanvre, du café, des qualités exquises de tabac, des épices, des bois précieux, possédant, des mines d'or non exploitées, elle n'a pas reçu tout le développement qu'elle aurait pu atteindre. Des droits de sortie frappent tous les objets exportés ; l'Espagne ayant voulu se réserver, ici comme dans toutes ses colonies, le monopole du commerce, écrase les produits étrangers de droits exorbitants allant jusqu'à 100 pour 100.

Malgré tous ses efforts, le commerce des Philippines, qui s'est élevé en 1896, d'après des publications non officielles, à 54 millions et demi de francs pour les importations et à 104 millions pour les exportations, se répartit de la manière suivante : Importations .

34 0/0 pour l'Angleterre ; 21 0/0 pour Hong- Kong et Amoy ; 10 0/0 pour Singapour et les

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Indes anglaises, soit 87 0/0. En dépit de ses tarifs, l'Espagne ne retient que 13 0/0 !

Ces chiffres devraient donner à réfléchir aux Français qui comprennent la politique coloniale comme les Espagnols.

11 n'y a qu'ujie seule ville importante après Manille : llo-llo, située auprès du détroit de Guimaras. Sept ports seulement sont ouverts au commerce étranger ; trois dans Luçon: Manille, Legaspi et Suai; quatre dans lesîles du Sud : Tarloband, Ilo-Ilo, Cébu, et Jolô.

L'île de Jolô est devenue espagnole en 1876 ; les Espagnols y ont fait leur œuvre habituelle : elle est complètement ruinée.

Les indigènes des Philippines sont soumis à une taxe de capitation de 7 fr. SO pour tous les individus des deux sexes âgés de 16 à 60 ans. Les hommes sont en outre assujettis à des corvées qui, de qua-

LES PHILIPPINES Si

rante jours, ont été réduites à quinze jours en 4883, et dont ils peuvent se racheter moyennant 45 francs.

Les Chinois payent une taxe de 37 fr. 50.

Ils peuvent à peu près s'en affranchir, s'ils abandonnent le commerce pour la culture ; mais ce dégrèvement n'en séduit qu'un très petit nombre. Les Européens sont affranchis de toute taxe de capitation, mais sont astreints à un impôt sur le revenu de 10 0/0, qui, du reste, n'est pas perçu. On s'abonne, et les habiles savent obtenir des prix doux.

Les notables des pueblos sont responsables des impôts indigènes. Ils passent pour s'enrichir au lieu de se ruiner dans cette fonction gratuite et d'aspect onéreux* Ils rejettent l'impopularité de l'impôt et des vexations qu'ils exercent sur les Espagnols pour qui il est perçu.

dS l'évolution politique de L ESPAGNE

Les Espagnols n'ont jamais su pratiquer que Texploitation politique de leurs colonies par des généraux et des prêtres.

Le gouverneur général des îles Philippines est toujours général. Il réunit tous les pouvoirs et est « vice-patron del Eglise ».

L^exercice public de tout autre culte que le culte catholique est interdit.Une partie du tribut est destinée à l'entretien du clergé, qui perçoit un autre impôt nommé Pié de altar, parce qu'il est payé au pied des autels.

M. Tarrida va même jusqu'à prétendre ^^ue les prêtres et moines toucheraient aux Philippines H 3 millions de francs, quand rÉtat n'en toucherait que 66.

En dehors du clergé séculier, il y a, outre les jésuites, quatre principaux ordres de moines établis aux Philippines : les Augustins, les Dominicains, les Franciscains et les Récoliets : le tout représentant environ 1,500 Espagnols.

Voici la critique de ce gouvernement, telle qu'un Espagnol (probablement Castelar) l'a faite à M. Charles Benoist (FEspagne, Cuba et les États-Unis) :

« Depuis le xvi" siècle, depuis Magellan, Elcano et Legazpi, nous n'avons point aux Philippines changé de gouvernement. Gons-^ tamment, depuis 300 ans, nous avons voulu gouverner cette colonie avec des soldats ef des moines. Nous y avons fondé une sorte de féodalité à la fois militaire et théocratique ; et contre elle, enfin, s'est dressée la franc-maçonnerie, si bien qu'il n'y a plus dans l'archipel, européens ou indigènes, que les loges et leurs adeptes, en face des ordres et de leurs fidèles...

» Qu'envoyons-nous aux Philippines ? Des moines d'abord, et qui sont insatiables, qui sans cesse importunent la reine. « Madame, que Votre Majesté veuille bien nous donner ceci et, par grâce, y ajouter cela ! » Elles ont trouvé le moyen, les missions des Philippines, de se faire loger à l'Escurial. Et puis, après les moines, les francs-maçons ; et par là-dessus un régime militaire : des généraux

qui sont tantôt les serviteurs des frères, tantôt les compagnons de la secte, et qui, selon qu'ils sont l'un ou l'autre, favorisent outrageusement ou les ordres ou les loges, >x

S'il y a des francs-maçons aux Philippines, si on y a introduit le code civil espagnol qui est basé sur le principe de l'égalité de tous devant la loi, les moines ont une autorité illimitée au spirituel. Si l'enseignement est obligatoire, il n'est dirigé que par des prêtres. Ce sont des dominicains qui enseignent une médecine primitive et initient les sages-femmes à l'obstétrique. La censure défend l'importation des œuvres littéraires et scientifiques. En 1882, on a par mesura spéciale interdit ces deux livres révolutionnaires qui s'appellent Paul et Virginie et la Chaumière indienne^ dé Bernardin de Sainte Pierre !

Les journaux sont soumis à la censure ecclésiastique.

En face des moines se trouveraient 1 80 loges maçonniques comprenant 25.000 initiés. Leur organisation remonterait aux environs de 1860. Aux Philippines, tous les Espagnols étaient appelés « chrétiens », tous les étrangers des « juifs ». On voit que les antisémites français n'ont rien inventé.

Beaucoup de ces « juifs » étaient francsmaçons, affiliés aux loges de Singapour, de Hong-Kong, de Java et de Macao. Les Espagnols considéraient qu41s conspiraient contre eux. Deux officiers de marine : Malampo et Mendez Mussez, francs-maçons euxmêmes, voulurent, opposer une loge espagnole aux loges, étrangères et fondèrent à Cavité « la Première lumière des Philippines ».

Après 1868, des convois de déportés pour participation aux guerres civiles arrivèrent aux Philippines : les carlistes furent accueillis par les ordres religieux ; les fédéralistes,

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cantonalistes, et les socialistes parles francsmaçons. La loge créée appartenait au rite portugais et était dirigée contre les ordres monastiques ; une nouvelle loge, appartenant au rite écossais, réunit les étrangers et les indigènes Tagals. La franc-maçonnerie serait devenue alors le Katipunaiii, association « qui se proposerait de secouer le joug des moines et de TEspagne, inséparablement, indissolublement unis dans une même haine », dit M. Charles Benoist.

Le complot devait éclater le 45 août 1896, Il fut révélé par une vieille Malaise catholique qui alla se confesser au monastère d'Imus. « A son retour, dit Tung-Tao, un des chefs de la révolte, elle nous avoua sa trahison et nous demanda la mort. Nous la tuâmes, et, laissant son cadavre en pâture aux animaux sauvages, nous donnâmes à nos hommes le signal attendu. »

Ils s'emparèrent du couvent, pendirent et

noyèrent leurs prisonniers, découpèrent en morceaux le confesseur de la vieille femme ; et alors commença une lutte où les combattants écorchaient vifs et brûlaient vivants leurs captifs réciproques *.

Mille hommes des troupes indigènes firent défection ; le gouverneur général, Blanco y Erenas, était assiégé dans Manille : naturellement, on le destitua, et il fut remplacé par Polavieja, que ses exécutions, pendant la guerre de Cuba, de 1868 à 1878, avaient rendu célèbre. Les rebellés possédaient toute la province de Cavité. Il les battit le 17 octobre à Nasug, le 10 novembre à Novaleta, le 2 janvier 1897 à Bulacau, où leur général, Eusebro, fut tué, s'empara de Silang le 18 février, de Salitrau le 9 mars. Le général Polavieja fut remplacé le 29 mars par le général Primo Rivera, et le retour du général à Madrid ouvrit une crise politique qui rejeta le parti libéral dans l'opposition révolutionnaire.

Le général Primo Rivera donna à son tour

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