CHAPITRE II
D'après la constitution du 30 juin 1876, la religion catholique romaine est la religion de l'Etat ; cependant le spersonnes d'une autre religion ne doivent pas être molestées en Espagne.
L'Eglise romaine entend toujours soumettre l'intellect espagnol à sa domination, et il y a des Espagnols qui regrettent le bon temps de l'Inquisition.
Le gouvernement ne s'est pas séparé de l'Eglise. Ce n'est pas en Espagne qu'on pourrait dire comme sous la Restauration en France : « la loi est athée ». Le gouvernement ne s'est pas affranchi du clergé, etnon
seulement du clergé espagnol, mais de l'ingérence du Nonce.
En 1876, les libéraux et les modérés étaient séparés par la question suivante :
les libéraux consentaient à autoriser les cultes privés dissidents ; les « moderados »
voulaient le maintien de Funité religieuse. ,
Le 3 mai 1876, M. Fernando Alvarez demandait la fermeture des trente-neuf temples évangéliques ouverts dans la péninsule et l'expulsion des protestants. M. Canovas del Gastillo fit un acte d'un libéralisme audacieux en demandant le maintien de l'état de choses existant depuis la chute d'Isabelle (1868), La Chambre accepta l'exercice privé des cultes non catholiques.
Le nonce du pape écrivit aux évêques espagnols une lettre dans laquelle il leur rappelait l'article V' du concordat de 1851 : « La religion catholique continue à être, à l'exclusion de tout autre culte, l'unique religion de l'Espagne et y sera maintenue avec tous les droits et prérogatives qu'elle doit posséder selon la loi de Dieu et les saints canons ».
Il citait l'article 3 de ce document qui promet aux évêques l'appui du bras séculier « toutes les fois qu'ils auront à s'opposer à la malignité des hommes qui essaient de pervertir les âmes et de corrompre les mœurs des fidèles, soit à empôchçr l'impression, . l'introduction et la circulation des livres mauvais et pervers ».
Les républicains modérés ont l'illusion de croire à une démocratie catholique et libérale. Si Castelar dans son discours d'octobre 1880, allait jusqu'à reconnaître « qu'il existe un dissentiment de vieille date entre le clergé et la liberté, » il espérait dans Léon XIII, comme dans un pape libérai qui pourrait arriver à concilier ces deux antinomies : « Cette conciliation, il faut la chercher de l'autre côté aussi en attirant à nous la partie la plus éclairée du clergé ».
Un homme d'Etat ne peut se servir que des éléments qu'il a à sa disposition. Nous ne reprocherons donc pas à Emilie Castelar de faire ces avances au clergé puisqu'il domine les Espagnols, seulement les catholiques ne peuvent avoir des aspirations libérales qu'en
se mettant en contradiction avec leur religion. Le fidèle est dirigé par le prêtre et le prêtre est soumis à Rome.
Quant au mois de février 1881, M. Sagasta remplaça M. Canovas del Castillo, Tépiscopat espagnol fit une protestation, appuyée par le nonce.
En 1889, alors que M. Sagasta était au pouvoir,révêque de Madrid, à la suite d'instructions venues du Vatican, put organiser un congrès catholique à Madrid, dans l'église San Geronimo, du 24 avril au S mai, pour protester contre Toccupation de Rome par les Italiens ! En 1890, un autre congrès, ayant le même objet, fut tenu à Saragosse sous la présidence du cardinal Benavidès.
L'esprit d'exclusion n'a point diminué :
« l'Espagne aux Espagnols catholiques x>, est la formule du clergé espagnol comme au bon temps de l'expulsion des Maures et des Juifs.
L'annonce de l'ouverture d'une église protestante à Madrid pour le 20 mars 1894 provoqua un tel scandale qu'au dernier moment le gouvernement civil l'interdit. Elle ne fut
le
262 l'évolution poutique de l'espagne
ouverte que le 30 septembre, au milieu des protestations des évêques et du nonce du pape déclarant cet acte illégal !
M. Canovas del Castillo, représentant les conservateurs cléricaux, faisant alliance avec les ultramontains, détestait la France.
Jamais les clergés catholiques ne nous pardonneront Voltaire et Renan.
L'enseignemeiit n'est point affranchi de la surveillance du clei^gé. Sous le ministère libéral Sa^asta, en 1893, l'archevêque de Grenade ayant décliaré hérétiques les livres d'enseignement d'un professeur de l'université, le ministre eut la faiblesse de transmet^ tre le dossier du professeur au conseil de l'instruction publique.
Le catholicisme, ses conceptions et ses méthodes, dominent encore l'enseignement même supérieur * .
Les livres classiques sont des catéchismes qu'il faut réciter dans des examens fréquents. Malgré des efforts sérieux pour arriver aune instruction scientifique, l'Espagne