‹ L'évolution religieuse comtemporaine chez les Anglais, les Américains et les Hindous [microform]Chapitre 109 sur 135 · KESHUB SUR LE PANTHÉISME HINDOU · texte numérisé non relu

KESHUB SUR LE PANTHÉISME HINDOU

tanya aiment à chanter des hymnes en l'honneur de Hari (celui qui efface le péché), personnification de Vishnou. Eh bien! Keshub ira, parla ville et la campagne, chanter le nom de Hari avec bannières, trompettes et cymbales, tandis que la foule se prosterne sur son passage, le front dans la poussière et répète : Harij Hari bol! — Les vieux Aryas et les brahmanes agnihotrins d'aujourd'hui honorent de sacrifices spéciaux Agni, « le Dieu resplendissant du feu » : Keshub célébrera le homa en versant avec apparat du beurre clarifié sur la flamme du sanctuaire ^ — Les hindous, dans le culte de Vishnou, ont l'habitude d'exécuter des danses mystiques devant leurs idoles : Keshub organisera des théories, où des jeunes gens, vêtus de robes de différentes couleurs, danseront en cercles concentriques autour de 1' « Invisible mère », à l'intérieur du mandir, et lui-même payera d'exemple, en dansant devant son vêdi, comme jadis David devant l'arche.

S'ensuit-il, comme on l'a soutenu, que Keshub ait fait retour à l'hindouisme ? C'est méconnaître la pensée qui a dicté son attitude vis-à-vis du culte de ses pères. Voici, en effet, quelques lignes d'un article où il s'attache précisément à démontrer comment « tout n'est pas à dédaigner ni à rejeter^dans l'hindouisme » :

Le panthéisme hindou à brisé Dieu en des milliers de frag-nients : réunissez-les, et vous avez la Divinité invisible. Nous avons constaté que chaque idole adorée par les Hindous représente un attribut de Dieu et que chaque attribut porte un nom

1 Voir une curieuse description de cette cérémonie dans le Brahmo Year-Bookdel881.

particulier. L'adepte de la Nouvelle Dispensation doit adorer Dieu en possession de tous ses attributs. Croire à un Dieu indéterminé, en faisant abstraction des divers aspects de sa nature, ce serait croire à un Dieu abstrait, ce serait marcher au rationalisme séculariste et à l'infidélité. D'autre part, nous ne devons pas adorer Dieu sous un attribut unique; ce serait enlever à notre culte son intérêt, sa vie et sa saveur. Nous ne nous bornerons pas à adorer Dieu sous la forme de Yogui, de Père ou de Mère, de Lakshmî ou de Sârasvatî, mais tantôt sous un de ces aspects, tantôt sous un autre, contemplant ainsi notre Hari dans une parure et une beauté sans cesse renouvelées. Quelle perspective séduisante! Quel tableau grandiose^ !

Sans doute, cette conception est parfaitement co.nciliable avec l'hindouisme, car voici longtemps que Vishnou s'est exprimé en ces termes éclectiques : « Ceux qui, pleins de foi, adorent d'autres divinités m'honorent aussi, quoique en dehors de la règle antique; car c'est moi qui recueille et préside tous les sacrifices. Seulement ils ne me connaissent pas dans mon essence. »

Mais l'originalité delaNouvelleDispensation, c'estque son syncrétisme franchit les limites des cultes hindous pour leur j uxtaposer les croyances et les rites de toutes les principales religions, à commencer par le christianisme. Déjà, lors de sa visite à Birmingham en 1870, Keshub avait eu occasion de dire aux représentants des diverses sectes chrétiennes qui escomptaient sa prochaine conversion : « Je tiens à dire que je ne suis pas venu en Angleterre comme quelqu'un pour qui le Christ serait encore à trouver. Quand le catholique romain et le

1 Indian Mîrror du l»' avril 1880.

protestant, TuDÎtaire et le trinitaire, l'Église large et l'Eglise basse m'entourent à l'envi pour m'ofî'rir leur Christ respectif, je désire leur répondre une fois pour toutes : Mille remerciements; mais pensez- vous que je n'aie pas Christ en moi? Grâce à Dieu, moi aussi, j'ai mon Christ. ;> — Il n'est donc pas étonnant qu'à l'instar de Mahomet, il ait accepté le Christ comme un des prophètes de la Nouvelle Dispensation, et qu'il ait fait dans sa liturgie une part considérable aux principaux rites du christianisme, notamment au baptême et à la communion. Il faut toutefois ajouter qu'il baptise au nom de la Trinité vêdântine aussi bien qu'au nom de la Trinité chrétienne, et, quant à l'eucharistie, il l'admiuistre sous les espèces de riz et d'eau.

La description de ces cérémonies montre bien avec quelle liberté Keshub traite les rites étrangers dont il enrichit sa liturgie ^ Je me bornerai à reproduire, d'après ihe New Dispensation du 16 juin, le récit de son propre baptême « dans les eaux du Jourdain ».

Les dévots, prévenus qu'ils avaient à gagner les bords du Jourdain, se rendirent en cortège à un tank ou étang situé dans une propriété de Keshub. Les abords étaient décorés de feuillage et de fleurs; le drapeau de la Nouvelle Dispensation flottait au vent. Quand tout le monde eut pris place sur les degrés du réservoir, par un soleil torride, le ministre, assis sur une peau de tigre, adressa la prière suivante aw grand Varoiina, source de la vie :

« Liquide sacré, vaste étendue d'océans, de mers et

1 SivANÂTH SÀSTEi, The New Dispensation and the Sâdhâran Brahmo Samôj, pages 56 et suiv.

350 SYNCRÉTISiME DE LA NOUVELLE DISPENSATION

de rivières, nous te glorifions. Tu n'es pas Dieu, mais Dieu est en toi. Tu es rempli de la beauté et de la gloire du Ciel; chacune de tes gouttes révèle la face divine. Tu es l'onde de la vie. Tu es pour nous un bienfaiteur des plus utiles. Des nuages qui planent au-dessus de nos têtes, tu descends en averses copieuses, pour apaiser la soif de la terre desséchée et fertiliser le sol. Tu remplis les rivières, les mers, les océans. Tu couvres la terre de fruits et tu produis d'abondantes moissons pour notre nourriture. ami de la race humaine, tu satisfais notre faim, tu apaises notre soif, tu nettoies notre corps et notre demeure, enlevant l'ordure et l'impureté! grand purificateur, tu guéris les maladies et tu donnes la santé ! Quand nous nous baignons en toi journellement, -nous nous sentons retrempés et réconfortés. Des navires chargés de richesses flottent sur ton sein et nous apportent l'abondance des lointains rivages. serein pacificateur, tu calmes la souffrance et rafraîchis notre tête fatiguée! Nos ancêtres, t'ont aimé, vénéré et adoré; aujourd'hui, comme autrefois, le Gange, la Jamounâ, la Narmadâ, le Godâveri, le Kaveri, la Krishna, sont grandement vénérés du peuple. Dis, grand Varouna : n'est-ce pas toi qui as suggéré à Bouddha l'idée du Nirvana, ô puissant extincteur du feu de la souffrance? Et Jésus aussi t'a exalté; il t'a honoré, comme personne ne l'a fait avant lui, car il a vu en toi la vie nouvelle et le salut. Dans le saint fleuve du Jourdain, le fils de Dieu fut baptisé. Nous te louons, nous te bénissons, eau sainte ! Pluies et rivières, lacs et océans, nous voiïs bénissons et vous exaltons ! »

Page 1