CHAPITRE PREMIER
Les progrès du libre examen en Angleterre depuis l'introduction
. de la Réforme.
Le dimanche en Angleterre. — Tableau de la vie religieuse à Londres.
— Nombre et variété des sectes. — Pratiques bizarres. — Prédications en plein air. — Enseignement qui se dégage de ces mœurs. — Caractère politique de la Réforme opérée par Henri VIII. — Éléments qui en favorisèrent l'extension dans les masses. — Influence des réfugiés étrangers : Ochino, Acontius, Corrano. — Persécution des dissidents sous les Tudors et les Stuarts.— John Haies et l'introduction, des doctrines arminiennes. — Les latitudinaires : Chillingworthj Jeremy Taylor. — Rapport entre la multiplication des sectes et le progrès de la tolérance. — Le mouvement puritain, au xvii= siècle. — Développement des idées latitudinaires sous la Restauration. — Sécularisation de la philosophie et de la science. — Locke et l'école sensualisfe. — Tentatives pour asseoir la validité de la révélation sur l'authenticité des miracles. — Le déisme anglais : lord Herbert de Cherbury et ses successeurs. — Décadence de cette école. — Prédominance générale de l'utilitarisme dans la théologie du xviii= siècle. — Réaction mystique desWesleyens. — Coleridge et l'idéalisme allemand. — L'application du symbolisme à l'interprétation des dogmes chrétiens. — Convergence des recherches scientifiques et historiques vers la négation du surnaturel. — Progrès du rationalisme parmi les sectes accessibles à des modifications théologiques . — Le théisme contemporain : M. Francis Nevyman et miss F. P. Cobbe. — Développement de la liberté religieuse dans la législation britannique. — Lenteur, mais continuité des réformes.
— La formule du serment parlementaire et les lois contre le blasphème.
La plupart des étrangers qui visitent l'Angleterre semblent attribuer au dimancbe la propriété d'y suspendre tous les rouages de l'existence sociale. Il serait
plus vrai de dire que chez les Anglais, un jour par semaine, la vie séculière cède partout le pas à la vie religieuse. Mais^ pour peu qu'on cherche à suivre cette phase nouvelle de l'activité britannique, on y trouvera, surtout dans les grandes villes, une source inépuisable d'impressions originales et d'observations fécondes. C'est même une étude nécessaire pour quiconque veut pénétrer lé fond du caractère anglais et juger la nation britannique sous toutes ses faces.
Londres ofîre actuellement une variété et une exubérance de phénomènes religieux comme il ne s'en est plus produit depuis le temps où sophistes et théosophes encombraient les rues d'Alexandrie. Le London Post Office Directory de 1882! signalait 1,231 lieux de culte appartenant à une trentaine de religions distinctes, et, comme ce recueil ne s'occupe que des congrégations ayant pignon sur rue, on doit y ajouter les assemblées religieuses qui se réunissent dans des maisons particulières, ainsi que les conventicules qui se tiennent, en plein air, dans les parcs, sur les places publiques et jusque sous les viaducs de chemins de fer \ On conçoit qu'il y ait là des satisfactions religieuses pour tous les goûts et pour tous les tempéraments.
Aimez-vous les cérémonies imposantes, le luxe dans le culte, un rituel où se combinent toutes les ressources de l'esthétique? L'Église romaine, l'Église grecque.
1 Paris n'a que cent soixante-neuf lieux de culte, en y comprenant ceux des congrégations particulières ainsi que des cultes dissidents, soit un lieu de culte pour dix-sept mille habitants, alors que Londres en compte un pour deux mille environ.