LA SCIENCE MODERNE ET LA RÉVÉLATION
VI® siècle, par le moine Cosmas pour établir, entre autres applications de la Bible à la géographie, que la terre devait être un parallélogramme deux fois plus long que large, par cette raison irréfutable que telle était la forme du Tabernacle mosaïque et que saint Paul parle quelque part de la Terre comme d'un Tabernacle! Peu à peu, l'on en vint timidement à invoquer les droits de la science, là où elle ne se trouvait ni directement ni indirectement en conflit avec la théologie. Plus tard encore, on imagina de concéder simultanément aux deux rivales une autonomie absolue, non pas en leur accordant à chacune une sphère séparée, mais en leur attribuant respectivement la suprématie, suivant qu'on envisageait une question au point de vue scientifique ou religieux : le même individu pouvait admettre, comme savant, que la terre tournait autour du soleil et, comme fidèle, que le soleil tournait autour de la terre. Les disciples de Descartes avaient droit de soutenir, comme philosophes, que le m'^canisme de l'univers s'explique par des causes exclusivement physiques, et, comme chrétiens, qu'ils n'en croyaient pas un mot. Mais de telles contradictions, de si bonne foi qu'elles se présentent, rompent trop ouvertement l'unité de l'esprit humain pour ne pas se résoudre au détriment de l'orthodoxie, le jour où les progrès de la connaissance humaine se mettent à converger vers la négation du surnaturel.
Or, depuis le premier coup de pioche porté par Copernic à la cosmogonie de la Bible, l'antagonisme n'a cessé de grandir entre les affirmations de la science
et les termes de la révélation. La Terre, dont l'Écriture avait fait le centre de la création et où Dieu avait jugé bon de s'offrir en sacrifice pour le rachat de l'espèce humaine, se vit tout d'abord reléguée, par les merveilleuses généralisations des Newiton et des Laplace, au rang de satellite secondaire, grain de poussière cosmique perdu dans l'immensité du monde. Ensuite sont venus les progrès de la géologie, qui, entre les mains des Playfair et des Lyell, a non seulement bouleversé les interprétations reçues de la Genèse, mais encore ruiné le dogme central du calvinisme, en faisant remonter l'apparition de la souffrance et de la mort bien au delà du premier péché et du premier homme. En même temps, des découvertes parallèles dans toutes les branches des connaissances positives conduisaient à étendre indéfiniment l'action des lois générales et permanentes, réduisant d'autant la sphère abandonnée au hasard et, par suite, au miracle. Il n'est pas jusqu'aux religions dont une science nouvelle n'ait réussi à expliquer, par des causes naturelles, la formation, la croissance, la décrépitude et la mort, — faisant ainsi à tous les cultes une place dans le développement intellectuel et moral de l'humanité, mais aussi réduisant le christianisme historique à n'être plus qu'une étape, une forme naturelle et momentanée de notre évolution religieuse.
Telle est notamment la conclusion à laquelle ont abouti les recherches impartiales de la critique biblique. Locke avait cru trouver dans l'exégèse le meilleur appui de la croyance à l'origine surnaturelle