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LA THÉORIE DE DARWIN

M. Wallace> la thénrie de la sélection naturelle qui attribue les variations des espèces à l'action de ces deux lois générales : l'universalité de la lutte pour la vie qui assure la survivance des individus les plus aptes (c'est-à-dire les mieux adaptés aux conditions de leur milieu), et l'hérédité, c'est-à-dire la faculté qu'ont les êtres vivants de transmettre leurs modifications individuelles par la voie de la génération. L'année suivante paraissait son ouvrage sur V Origine des Espèces, où il faisait rentrer l'humanité elle-même dans les cadres de son système, contrairement à l'opinion de M. Wallace, qui ne croyait pas à la possibilité d'expliquer, par la sélection naturelle, l'existence de certaines facultés propres à l'entendement humain, telles que le pouvoir de généraliser et d'abstraire.

Les honneurs funèbres rendus à Darwin par le clergé anglican, dans l'abbaye de Westminster, prouvent la tolérance de l'Église large^ mais non l'orthodoxie de l'illustre dt'funt. En effet, aussi longtemps que l'histoire de la terre ne condamnait pas l'hypothèse des créations brusques et distinctes, les défenseurs de la tradition biblique pouvaient, tant bien que mal, concilier, à la sueur de leur front, le récit de la Genèse avec les révélations de la paléontologie. Mais la théorie qui fait sortir toute la nature vivante, y compris l'homme, d'un ou de plusieurs organismes rudimentaires, par une sorte de développement continu et sous l'impulsion de causes immanentes, est absolument inconciliable avec l'hypothèse d'une création en plusieurs acfes ou même d'une intervention miraculeuse dans les progrès de la vie

sur le globe. Darwin lui-même ne se faisait aucune illusion à cet égard ^

Toutefois, en montrant par quel enchaînement de phénomènes naturels la matière organique avait successivement revêtu des formes plus variées et plus riches, Darwin ne touchait pas aux origines de la vie elle-même, encore moins aux origines du monde. L'alternative qu'il posait n'était pas entre la création et l'évolution, mais entre la création organique par voie d'évolution et cette même création due aux interventions successives d'un pouvoir extérieur. Aussi n'hésitait-il pas à déclarer que sa doctrine, loin de proscrire l'existence d'une cause première, en fournissait une conception plus rationnelle et plus élevée, par cela même qu'à un Dieu capricieux, arbitraire ou impuissant, forcé de s'y reprendre à plusieurs fois pour parfaire son œuvre, elle permettait de substituer un Être suprême ayant dès l'abord attribué à sa création les forces et les lois nécessaires pour en assurer la marche régulière et progressive^. De même, la doctrine nouvelle se bornait à déplacer la cause finale et à la présenter sous des dehors bien autrement grandioses que dans les vieilles combinaisons téléologiques de Paley et de ses imitateurs. Sans doute, il n'y avait plus à chercher la finalité dans les détails de la nature, mais rien n'empêchait de la placer dans le but général vers lequel le monde tendait par ses

1 Voir sa lettre à un étudiant allemand reproduite dans YAcademy du 4 novembre 1882 : « En ce qui me concerne, dit-il formellement, je ne crois pas qu'il y ait eu de Révélation ». (As far as lam concerned, I do not believe that any Révélation has been made.)

2 Origin ofspecies, 6<= éd., p. 269.

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