LE TRANSFORMISME ET LES CABSES FINALES
propres forces, ou dans la loi même qui présidait à cette évolution. Enfin, Darwin s'abstenait de rechercher quelles étaient les relations de l'esprit et de la matière, se bornant à constater qu'à certaines modifications physiques correspondaient certaines modifications des facultés mentales.
De son côté, la psyc'iologie sensualiste, renouvelée par la méthode positiviste, était arrivée à des conclusions analogues dans les travaux de Stuart Mill : « Le mode positif de penser, disait l'auteur âl Auguste Comte et le Positivisme, n'est pas nécessairement une négation du surnaturel; il se contente de le rejeter à l'origine de toutes choses. La philosophie positive maintient que, dans les limites de l'ordre existant de l'univers, ou plutôt de la partie qui nous en est connue, la cause directement déterminante de chaque phénomène est naturelle, et non surnaturelle. Cette donnée permet de croire que l'univers a été créé et même qu'il est continuellement- gouverné par une intelligence, pourvu que nous admettions que ce gouvernement intelligent adhère à des lois fixes ^ »
Le système philosophique d'Herbert Spencer marque le point de convergence entre le courant scientifique que je viens d'analyser et la psychologie positiviste de Stuart Mill. Au premier, il a emprunté les matériaux avec lesquels il construit sa synthèse de l'univers; à l'autre, ses catégories du connaissable, qui embrasse
* August Comte and Positivism. Londres, 1865. — Dans ses trois Essais posthumes sur la religion, Stuart Mill est plus afiûrmatif encore : « La balance, dit-il (page 174), penche largement pour la probabilité d'une création intelligente ». (There is a large balance m favour of theprdbabïlity ofcreatio7i by i7itelligence.)
tous les phénomènes ainsi que leurs relations, et de l'inconnaissable, quis'applique auwoMmè/îe, à l'absolu, à l'être en soi, à la nature intime de la force, de la matière, du mouvement, du temps, de l'espace, de la conscience elle-même. Mais il va plus loin, en ce que, d'une part, il étend à l'ensemble des phénomènes l'hypothèse transformiste employée par Darwin pour expliquer le développement de la nature organique, et que, d'autre part, il supprime la nécessité de la causé première, en supprimant louîe limite de temps à l'action des forces enjeu dans l'univers. L'importance prise par cette doctrine vaut la peine qu'on s'y arrête.
Spencer montre, à la suite de Kant, de Mill et de Hamilton, que l'esprit humain est impuissant à franchir les bornes de l'espace et du temps, par conséquent à rien connaître de la substance ni de la cause première. On doit sans doute admettre qu'il y a une corrélation entre les objets de la pensée et la représentation que nous nous faisons de ces objets. Mais cette concordance ne peut jamais nous donner que des symboles de la réalité, c'est-à-dire des images, représentant d'une façon imparfaite les choses qu'elles sont censées représenter. C'est donc sans sortir du phénoménal ni du relatif qu'il faut chercher une explication scientifique de tout ce qui est observable dans l'univers ^.
Cependant, un premier principe est indispensable pour y accrocher toute la chaîne du raisonnement.
1 Les Premiers Principes cI'Herbbrt Spencer ont paru en 1862. On peut dire que toutes ses études antérieures sont des préliminaires de ce volume, de même que ses œuvres ultérieures en sont le développement systématique.