X INTRODUCTION
dois ajouter que c'est aussi une œuvre de prédilection. Quand on est étroitement mêlé dans son pays à la lutte des factions politiques, il y a une certaine jouissance à se transporter dans une atmosphère plus calme et plus saine, où l'on puisse s'exprimer sans les arrière-pensées ni les partis-pris des polémiques électorales et parlementaires . Tous les écrivains qui ont embrassé de haut les péripéties du duel entre l'esprit moderne et l'orthodoxie romaine, — MM. Renan, Renouvier, de Laveleye, Castelar, Mariano, etc., — ont fait ressortir les inconvénients, voire les périls qui accompagnent, en matière de religion, toute tentative de détruire sans remplacer. Cette considération, toute grave qu'elle est, ne pourrait m'arréter, aussi longtemps qu'il s'agit de défendre, contre ies prétentions d'une Église quelconque, les conditions essentielles de notre civilisation, l'indépendance du jugement individuel, les droits de la science ou l'exercice des libertés publiques. Mais, si résolu que je sois à persévérer dans cette voie jusqu'au bout, je ne puis, en présence des déceptions et des embarras qu'elle nous réserve, retenir un regard d'envie à l'adresse des peuples, plus fortunés, où des tentatives de reconstruction religieuse marchent de pair avec les progrès de la démolition dogmatique. Aussi puis-je dire que, tout en
INTRODUCTION. Il
m'efforçant d'imprimer à ce travail un caractère impartial et impersonnel, j'y ai mis une grande part de moi-même, peut-être la meilleure.
M. Gladstone a un jour esquissé une carte des courants religieux qui se disputent le monde contemporain ^ . Il partageait les esprits en deux catégories, suivant qu'ils admettaient ou non le gouvernement moral de la Providence et les rémunérations de la vie future. Dans le premier de ces groupes prenaient place les partisans de l'infaillibilité papale, les chrétiens qui attribuent à leur Église une institution divine (épiscopaux, vieux catholiques, chrétiens orientaux), les diverses sectes évangéliques, les universalistes, les unitaires, enfin la plupart des théistes. Dans la seconde classe — qualifiée d'école négative — se trouvaient les sceptiques, les athées, lés agnostiques, les néo-païens {revived paganism), les sécularistes, les panthéistes et les positivistes.
Cette classification se justifie parfaitement lorsqu'on reste, comme M. Gladstone, à un point de vue philosophique déterminé . Mais, sur le terrain plus général où je me suis placé, ce qui importe, ce n'est pas tant la nature des idées religieuses, c'est
1 The Courses of Religions Thought, by the Right Hoa. VT. E. Gdad- STONE, dans la Contemporary Review de juin 1876.