‹ L'évolution religieuse comtemporaine chez les Anglais, les Américains et les Hindous [microform]Chapitre 53 sur 135 · LE COMTISME EN ANGLETERRE · texte numérisé non relu

LE COMTISME EN ANGLETERRE

se trouve intégralement accepté par des groupes d'hommes intelligents et convaincus, en France, en Angleterre, en Irlande, en Suède, aux Étas-Unis, au Brésil, etc. En Angleterre, notamment, il compte des noms qui figurent au premier rang dans l'aristocratie intellectuelle du pays. Comte lui-même n'était rien moins qu'un visionnaire ou un imposteur, et personne ne peut étudier sa vie modeste et laborieuse sans ressentir une véritable estime, pour ce penseur de premier ordre, qui, malgré ses bizarreries et ses travers, sut exercer une véritable fascination sur son entourage. Du reste, étant donnés les principes philosophiques du positivisme, sa doctrine religieuse paraît beaucoup moins étrange et moins arbitraire qu'on ne le croirait au premier abord.

L'Angleterre s'était ouverte de bonne heure aux doctrines, tant religieuses que philosophiques, du positivisme. Stuart Mill, il est vrai, né s'était accommodé que des dernières, et encore les avait-il légèrement modifiées selon le goût anglais. Mais d'autres avaient accepté dans toutes ses parties le système du réformateur français, entre autres M. Richard Congreve, professeur à Oxford, et M. le D'^ Bridges, inspecteur général des manufactures. A la mort de Comte, en 1857, quand ses exécuteurs testamentaires eurent accepté M. P. Lafitte comme directeur intérimaire, M. Congreve, placé à la tête de la « branche anglaise de l'Église positiviste », groupa ses adhérents de Londres dans un local de Chape l street, où il organisa graduellement le culte de l'Humanité. Cette « église », que j'ai visitée en 1875, se compose d'une salle garnie de

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bancs avec une tribune au fond, et on pourrait s'y croire dans quelque temple de dissidents, n'était la présence sur les murs des bustes en plâtre des treize grands hommes qui ont donné leur nom aux mois du calendrier. Actuellement, l'office qui s'y célèbre tous les dimanches comprend des chants, de la musique, des lectures et un sermon ou conférence. M. Congreve y a introduit des prières au Grand-Être, ainsi que des actions de grâces adressées aux types les plus méritoires de l'humanité.

Voici un résumé de la liturgie assez curieuse que M, Congreve a composée pour la célébration de la fête de l'Humanité, fixée au i^^ janvier par le calendrier comtiste. La cérémonie commence par une Invocation, c'est-à-dire par la lecture de la formule sacrée que j'ai reproduite plus haut. Vient alors une lecture tirée de l'Imitation, puis une « collecte », où l'officiant s'adresse directement à l'Humanité, interpellée en ces termes : « suprême Pouvoir qui jusqu'ici as guidé tes enfants sous d'autres noms, mais qui, dans celte génération, nous es apparu dans ta propre personne, révélée à tous les âges futurs par ton serviteur, Auguste Comte, nous te vénérons, etc. »

Après cette collecte, le dialogue suivant, toujours à l'adresse de l'Humanité, s'engage entre le ministre et les assistants :

Le prêtre : Nous nous inclinons devant toi dans notre gratitude,

Le peuple : Comme des enfants de ton passé.

Le prêtre : Nous t'adorons en espérance,

Le peuple : Comme tes ministres et tes agents pour l'avenir.

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