‹ L'évolution religieuse comtemporaine chez les Anglais, les Américains et les Hindous [microform]Chapitre 74 sur 135 · PARKER ET LA. RÉVOLUTION FRANÇAISE · texte numérisé non relu

PARKER ET LA. RÉVOLUTION FRANÇAISE

la plupart estimaient que l'homme possède à l'état inné le critérium absolu du bien et du mal. Tel est également l'avis de Parker :

L'expérience nous montre ce qui est et ce qui a été ; — la conscience, ce qui doit et devrait être. La morale transcendantale ne demande pas aux conséquences de nos actes, dans ce monde ou dans l'autre, le motif qui doit g-uider les hommes vers la vertu. Celle-ci est un bien absolu qui doit être aimé pour lui-même et non pour ses résultats.

Appliquée à la politique, la méthode iranscendautale aboutit à chercher les règles de gouvernement dans la conscience : « Le transcendantalisme ne s'occupe pas tant de citer les précédents que les idées, les faits contingents de l'expérience que les faits nécessaires de la conscience. Il ne cite les précédents que pour trouver ou confirmer l'idée. . .En politique, comme en morale, la connaissance dépasse la sphère de l'expérience et nous dit à priori ce qui est juste, vrai, bon et beau; non seulement le droit relatif, mais le droit absolu. » Dans son respect pour les droits révélés par l'intuition, Parker va jusqu'à soutenir que nul ne doit obéissance à une loi en désaccord avec la moralité et le droit absolu : « Par sa naissance, dit-il, l'homme est citoyen de l'univers, sujet de Dieu. Aucun serment de fidélité, aucun roi, aucun parlement, aucun congrès ne peuvent le délier de cette allégeance naturelle, ni lui ôter les droits et les devoirs qui incombent à tout citoyen de l'univers. Dieu a le domaine éminent sur toute législation humaine. »

Parker ne manque pas de faire ressortir le caractère « transcendantal » de la Déclaration d'indépen-

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dance qui fonda aux Étals-Unis un gouvernement républicain, ou, pour employer son heureuse définition : « le gouvernement de tous, pour tous, et par tous ». De même il n'hésite pas à reconnaître le caractère idéaliste de la Révolution française :

Les Français ont été encore plus transcendantalistes que les Américains. A l'idée intellectuelle de liberté et à l'idée morale d'égalité, ils ont ajouté l'idée relig-ieuse de fraternité, et ainsi ils donnent à la politique, comme à la législation, une base divine aussi incontestable que des vérités mathématiques. Ils déclarent que les droits et les devoirs précèdent et dominent toutes les lois humaines. L'Amérique dit : La Constitution des États-Unis est au-dessus du président ; la Cour suprême, au-dessus du Congrès. La France dit : La Constitution de l'univers est au-dessus de la Constitution de la France. Voilà ce qu'ont déclaré quarante millions d'hommes. C'est la plus grande chose qu'une nation ait jamais proclamée dans l'histoire.

La Révolution française n'a guère l'habitude de passer pour la réalisation d'une idée religieuse; mais il n'y a là rien de surprenant pour qui sait ce que Parker entendait par religion.

La prédication de Parker, qui s'étend de 1841 a 1859, correspond au principal épanouissement du transcendanfalisme. Ce fut également l'âge d'or de Roston et, peut- on ajouter, de la littérature américaine. Le milieu du siècle a vu, sur l'étroit territoire de Massachusetts, une de ces merveilleuses floraisons qui se reproduisent rarement dans la culture morale d'un peuple. Channing s'était éteint en 1842 ; mais on peut dire que Parker l'avait dignement remplacé à l'avant-garde du rationalisme religieux. A côté

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d'Émerson, philosophe et poète, Bancroft portait les principes du franscendantalisme dans l'histoire; Sumliec, dans le droit des gens; Alcott, dans la pédagogie; Whiitier, dans la poésie; Margaret FuUer, dans la critique. Oliver Wendell Holmes se révélait comme humoriste; Prescott publiait son histoire de la conquise espagnole au Pérou et au Mexique; Hawlhorne mot.'ait dans le roman sa puissance d'analyse psychologique ; H. W. LoiJgfellow atteignait l'apogée de sa gloire. Enfin, le Massachusetts trouvait, pour l'envoyer au bénat de l'Union, Daniel Webster, le plus puissant orateur qu'aient produit les États-Unis. Je ne cite guère que les noms dont l'écho est parvenu en Europe. Mais à côté de ces illustrations, toute une armée d'écrivains, de conférenciers, d'orateurs apportaient leur contingent, soit aux publications littéraires et philosoj)h^ques qui se multipliaient à Boston, soit aux diverses associations qui s'y développaient pour la propagation de la tempérance, pour l'émancipation de la femme, pour l'extension de l'enseignement popdaire, pour la suppression de la guerre, pour la réforme des prisons et surtout pour l'abolition de l'esclavage.

Daus ces nombreuses « agitations » , il n'est pas difiScile de constater la main du franscendantalisme, non seulement parce que les adeptes de cette philosophie s'y trouvaient au premier rang, mais encore parce qu'elles étaient la conséquence directe et logique d'une doctrine attribuant à toute créature humaine les mêmes facultés et les mêmes droits. A cette influence se rattachent également un certain nombre de tenta-

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tives plus ou moins heureuses, qui visaient à renouveler radicalementles principes de l'organisation sociale. Tantôt c'était George Ripley qui dépensait sa fortune à organiser une communauté libre sur le principe de la coopération. Tantôt c'était Bronson Alcott gui, prétendant renoncer aux charges comme aux avantages de la société actuelle, se faisait mettre en prison pour refus de payer ses impôts. Toute cette fièvre de réformes n'était, du reste, pas confinée dans le rationalisme. Des réveils, exaltant jusqu'au déliré la ferveur des différentes sectes, passaient comme une vague sur l'Amérique protestante, et la Nouvelle -Angleterre fournit sa quote-part aux excentricités du spiritisme, ainsi que du libre-amour.

Néanmoins, ce qui donne à cette période un caractère fort rare dans les temps de fermentation religieuse et sociale, c'est que le relâchement des mœurs n'y coïncida pas avec l'activité des intelligences. Le calvinisme, en perdant son autorité dogmatique, avait laissé dans les esprits sa forte discipline morale. L'unitarisme avait introduit le libre examen en matière de croyances, et le transcendantalisme s'était borné à y joindre l'enthousiasme des grandes choses.

CHAPn RE IX

La Religion libre et la Religion de l'éthique.

Mort de Parker ; sa prédiction suprême. — Déclin du transcendantalisme aux prises avec la nouvelle philosophie scientifique. — Les deux « ailes» de l'unitarisme en 1864. — Fondation de la National Unîtarian Conférence. — M. Francis E. Abbot et « la bataille de Syracuse ». — Fondation de la Free Religions Association en 1867. — Principes et objets de la Religion libre. — Congrégations qui ont adopté son programme à Dorchester, Providence, Florence, etc. — La première congrégation de New-Bedford. — La Religion de l'éthique. — M. Félix Adler. — Philosophie de l'impératif catégorique . — Distinction entre le théisme et ses bases doctrinales. — Religion du Devoir. — La Society for Ethical Culture à New- York et à Chicago. — Ses œuvres philanthropiques. — Rapprochements récents de l'unitarisme et de la Religion libre. — Répudiation de tout credo obligatoire par la Conférence nationale des unitaires. — L'Église théiste du Rév. Schermerhorn à New-York. — Émancipation des Églises unitaires dans l'Ouest. — La Religion libre chez les quakers progressistes et chez les spirites. — Les Frei-Religiôse-Gemeinde. — Le judaïsme réformé en Amérique. — Caractère de plus en plus pratique de la religion aux États-Unis. — Tendances progressistes chez les épiscopaux, les méthodistes, les baptistes, les presbytériens, les congrégationalistes, etc. — Le Rév. H. Ward Beecher et 1'^ ssociation des ministres congrégationalistes de Brooklyn . — Les catholiques des Etats-Unis.

Parker mourut en Italie, le 10 mai 1859, à la veille de la sécession qu'il avait probablement hâtée par l'énergie de sa propagande contre l'esclavage. On rapporte qu'au moment d'expirer il murmura : « Il y a deux Parker maintenant : l'un est mourant en Italie ; l'autre a jeté de profondes racines en Amérique. Il vivra là-bas; il y finira son œuvre. » La prédiction du mourant s'est réalisée, mais peut-être pas dans le sens qu'il y attachait. Parker vit plus que jamais aux États- Unis par l'ascendant qu'exerce sur les imaginations et

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snr les caractères l'exemple de son inflexible fidélité à ses convictions, de son amour passionné pour le vrai et le juste, de sa foi inébranlable dans la conciliation de la religion et du progrès. Mais quant à sa doctrine favorite, — sans admettre, avec certains de ses biographes les plus récents, qu'il mettrait aujourd'hui une égale ardeur à préconiser l'usage exclusif des méthodes expérimentales, — on doit reconnaître que la philosophie de l'intuition n'a point répondu aux dernières espérances de son prophète.

L'émancipation des esclaves fut le grand triomphe du transceudantalisme, mais ce fat aussi le commencement de son déclin. Il devait une grande partie de sa popularité à la tiédeur que presque toutes les Églises établies avaient mise à combattre le fléau de l'esclavage. Quand cette odieuse institution s'effondra dans la guerre civile, il perdit sa principale action sur une partie de ses adhérents. D'autre part, l'individualisme, qui était au fond de ses aspirations, fut toujours un obstacle sérieux à l'essor de sa propagande et au groupement de ses forces. Son but essentiel, suivant une expression de M. Samuel Johnson, était d'amener chaque individu à devenir une Église par lui-même, ce qui était condamner le principe même de toute organisation permanente sur le terrain religieux.

La plupart de ses interprètes ne rompirent jamais complètement avec l'unitarisme, qui avait servi de berceau à leurs doctrines, et, parmi les congrégations indépendantes que certains d'entre eux s'efforcèrent de constituer à l'imitation de Parker, on en trouve peu qui eurent une longue durée. Enfin, il représen-

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