‹ L'évolution religieuse comtemporaine chez les Anglais, les Américains et les Hindous [microform]Chapitre 75 sur 135 · RÉACTION DU SENSUALISME CONTEMPORAIN · texte numérisé non relu

RÉACTION DU SENSUALISME CONTEMPORAIN

tait une réaction contre les exagérations de la méthode sensualiste, et, comme toutes les réactions, il dépassa le but. Non content d'affirmer l'importance de la psychologie, la nécessité de recourir aux lois de l'intelligence pour expliquer l'origine de nos connaissances, l'aptitude de l'esprit à se former certaines notions qui ne peuvent être le produit exclusif de l'expérience sensible, l'existence d'une liberté morale et le caractère impératif du devoir, il avait prétendu trouver dans l'âme humaine une perception complète et infaillible de la vérité religieuse et morale.

C'était prêter le flanc à un retour offensif du sensualisme le jour où celui-ci, fort des prodigieuses découvertes réalisées par les sciences d'observation, prétendrait fournir la synthèse de l'univers. L'arme qui avait assuré la victoire à l'école de Kant sur les partisans de Locke, c'était la constatation, dans l'esprit humain, d'idées qui n'y avaient pas été introduites par l'expérience. Le néo-sensualisme de notre époque allait déplacer le terrain de la controverse, en expliquant la présence de ces notions à priori, par une transmission héréditaire des expériences accumulées dans le passé de la race, et, sous cette forme rajeunie, il devait se répandre d'autant plus rapidement aux États-Unis qu'il y arrivait directement dans les ouvrages de l'école scientifique aujourd'hui prédominante en Angleterre.

On conçoit cependant que la revanche du sensualisme contemporain sur l'idéalisme de la génération précédente, si elle devait affaiblir l'autorité des transcendantalistes au sein de l'Église unitaire, ne devait

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pas s'opérer au profit de l'ancienne théologie de Locke et de Priestley. Les transcendantalistes se rattachaient, dans une certaine mesure, à la tradition chrétienne. Emerson, à qui les conservateurs contestaient le titre de chrétien, faisait de Jésus le principal éducateur de l'humanité, et Parker, qu'on traitait d'athée, identifiait l'enseignement moral du Christ avec la religion absolue. La nouvelle école, au contraire, poursuivant jusqu'au bout son œuvre de destruction critique , dépouillait de toute auréole le fondateur du christianisme, qu'elle traitait sur un pied d'égalité avec Bouddha, Zoroastre, Moïse, Mahomet. A la fin de la guerre civile, l'unitarisme se trouvait donc plus que jamais partagé en deux « ailes » : à gauche, les libéraux, qui commençaient à accepter la dénomination de radicaux j à droite, les conservateurs de la vieille école [old-fashioned unitarians) ^ Ceux-ci ne préconisaient peut-être plus avec autant d'énergie qu'autrefois les théories sociniennes sur la préexistence du Christ, mais ils continuaient à faire de la croyance en l'authenticité de la Révélation la pierre angulaire du christianisme. Ceux-là, au contraire, soutenaient que la différence des opinions sur l'infaillibilité et même sur la valeur morale de la Bible n'était pas un obstacle à la fraternité religieuse et que l'essence du christianisme était la pratique des vertus chrétiennes.

Sur ce dernier terrain, toutefois, l'accord était facile, et l'enthousiasme fut égal parmi les deux fractions, lorsqu'après la guerre civile, le D^ Bellows proposa de réunir les délégués de toutes les Églises unitaires

1 W. Gannett, op. cit., p. 323.

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