LA BATAILLE DE SYRACUSE
en une fédération permanente, pour donner plus d'unité à leurs œuvres de charité, d'éducation et de propagande. Une assemblée provisoire, formée de trois délégués par Église et par association locale, se réunit à New-York dans les premiers jours d'août 1865. Mais lorsqu'il fallut arrêter les principes et le titre même de la nouvelle association, les divergences reparurent. Finalement, après avoir repoussé une longue profession de foi rédigée au nom de l'extrême droite par M. A. Low, et adopté une déclaration portant que les décisions de principe n'engageaient pas la minorité, les délégués votèrent, sans doute par esprit de transaction, un préambule qui, pour justifier leur appel à un redoublement d'activité religieuse et humanitaire, invoquait « les obligations, qui incombent à tous les disciples du Seigneur Jésus-Christ, de prouver leur foi, en vouant leur vie et leurs ressources au service de Dieu et à l'établissement du royaume de son Fils » .
Cette phrase porta ombrage aux radicaux, qui y virent une déclaration d'allégeance au Christ, et, dans la session suivante, qui s'ouvrit à Syracuse le 10 octobre 1866, un de leurs représentants les plus distingués, M. Francis EUingwood Abbot, proposa dé substituer à ce préambule une déclaration portant que ce l'objet du christianisme est la diffusion universelle de l'amour, de la droiture et de la vérité », que « une complète Kberté de penser est le droit et le devoir de tout , homme », enfin que l'organisation religieuse doit être « plutôt basée sur l'unité d'esprit que sur la conformité de croyance » . En même temps, M. Abbot proposait de remplacer par les mots d'Églises indépen-
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dantes ceux d'Églises chrétiennes qui figuraient dans le titre de la Conférence nationale^,
Peut-être que, Tannée précédente, les propositions de M. Abbot auraient eu quelque chance d'êlre adoptées, car elles ne faisaient, en somme, que maintenir dans Tunitarisme un statu quo consacré par l'expérience d'un demi-siècle. Mais, après que la Conférence avait arboré officiellement son drapeau, ce changement de nom et de programme n'eût pas manqué d'être représenté comme une répudiation du Christ et de toutes les traditions chrétiennes. La seule concession qu'elle se montra prête à accorder fut d'ajouter à son titre de Conférence nationale des Églises unitaires, les mots : « et des autres Églises chrétiennes ». C'était une avance aux universalistes et à toutes les congrégations libérales que leur développement intérieur avait peu à peu rapprochées des doctrines unitaires. Mais M. Abbot, ayant vu rejeter sa proposition, se retira de l'unitarisme, et, l'année suivante, il constituait à Boston, avec plusieurs de ses collègues libéraux, qui cependant ne crurent pas nécessaire de le suivre dans sa rupture avec l'Église unitaire, la Free Religions Association, qui avait pour but de réaliser, en dehors de toute communauté chrétienne, le programme repoussé par la conférence de Syracuse.
Il est certain que les unitaires manquaient de logique, lorsque, d'un côté, ils proclamaient la souveraineté illimitée de la raison et que, de l'autre, ils prétendaient identifier leur doctrine avec la croyance*
' James Freeman Clabkh and Francis Elungwood Abbot, The Battle of Syracuse, two essays. Boston, 1875.
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à la supériorité absolue d'une foi déterminée. Il y avait donc place pour une organisation plus large qui acceptât, jusque dans ses dernières conséquences, le principe du libre examen et qui restât ouverte, non seulement à « tous les disciples du Christ », mais encore à ce tous les disciples de la vérité », chrétiens, juifs, bouddhistes, mahométans, positivistes, athées même, pourvu qu'ils eussent en commun l'amour du vrai et le désir du bien. Les organisateurs de la « religion libre » ne leur imposaient le sacrifice ni de leurs croyances particulières, ni de leurs attaches avec d'autres associations religieuses; tout ce qu'ils leur demandaient, c'était de s'unir sur le terrain d'une communion spirituelle dégagée de toute intolérance dogmatique.
L'article 1®^ des statuts donne pour but à TAssociation « de favoriser les intérêts pratiques de la pure religion, d'accroître la sympathie spirituelle [fellowship in spirit) et d'encourager l'étude scientifique du sentiment religieux, ainsi que de l'histoire religieuse ». L'article 2! ajoute : « L'Association laisse à ses membres la responsabilité de leurs opinions individuelles et n'intervient jamais dans leurs rapports avec d'autres associations. Il ne sera jamais introduit, dans le titre ou la constitution de la société, rien qui puisse soit la restreindre aux adhérents de certaines croyances spéculatives, soit définir sa position vis-à-vis de pareilles croyances, soit empiéter d'une façon quelconque sur la liberté absolue de pensée tt de parole qui est le droit naturel de tout être raisonnable. »
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La première réunion qui se tint à Boston, le 30 mai 1867, fut un grand succès pour les promoteurs du mouvement. A leur appel avaient répondu non seulement un nombre considérable de ministres et de laïques appartenant à des congrégations unitaires, mais encore quantité de personnages connus, recrutés parmi les éléments libéraux des sectes les plus diverses : des universalistes, des hicksites (quakers progressistes), des juifs et même des spirites. L'Association choisit pour président un jeune ministre unitaire qui devait fonder plus tard à New- York une congrégation indépendante, M. 0. B. Frothingham, et pour secrétaire, un de ses collègues deNew-Bedford, M. William J. Potter, qui devait bientôt être rayé de la liste officielle des ministres unitaires, pour son refus de conserver le nom de chrétien.
Outre ses assises annuelles consacrées à des discussions et à des lectures, « l'Association religieuse libre » a institué des séries de conférences dans différentes villes du pays et publié un grand nombre de brochures destinées à la propagande. Elle adopta pour organe le Free Religions Index de Boston, revue hebdomadaire qui, originairement dirigée par M. Abbot, pourrait être proposée comme modèle aux feuilles de la libre-pensée dans les deux mondes, tant pour l'attrait dé ses articles que pour la largeur de ses idées et surtout l'élévation de son ton moral.
Depuis seize ans que la « Religion libre » s'est constituée, elle a accompli une œuvre à la fois positive et négative — négative, par sa propagande rationaliste qui mine de plus en plus les bases de la théologie