LA CONGRÉGATION DE M. W. POTTER
Le Bév. HincTdey. — Je suis tout disposé à vous le dire ; mais je ne pense pas qu'il rentre dans les attributions de l'État de définir ce que les hommes doivent ou peuvent adorer.
Le membre. — J'ai compris que vous disiez l'autre jour ne reconnaître ni Dieu, ni Christ, ni Bible.
Le Rèv. HincJdey. — Ce que j'ai dit, c'est que nous ne pouvions les reconnaître comme le font les confessions de foi. Nous reconnaissons un Pouvoir s'exercant sur les hommes et au-dessus d'eux.
Le membre. — Ce que vous nommez un Pouvoir est ce que d'autres nomment Dieu.
Le Rè'o. HincJdey: — ^^Ici, vous commencez à définir. Dès ce moment, vous trouvez des divergences inconciliables aussi bien dans les Églises qu'en dehors d'elles.
n faut remarquer que les pétitionnaires avaient obtenu l'appui de plusieurs ministres appartenant aux églises épiscopales, congrégationalistes et unitaires de la ville. On voit que l'esprit de tolérance religieuse n'a pas dégénéré dans l'ancienne colonie de Roger Williams ^
Aux congrégations qui se sont directement fondées sur les principes de la « religion libre », il convient d'ajouter certaines communautés, indépendantes de toute dénomination religieuse, comme la première congrégation de New-Bedford, qui prit parti pour son ministre, le Rév. William J. Potter, lorsque celui-ci renonça au titre de clirétien et fut de ce chef rayé du rôle de l'unitarisme. Cette Église, fondée par les puritains au commencement du xviii® siècle, passe pour la première congrégation d'origine calviniste qui ait
1 Index du 3 mars 1881.
236 RELIGION LIBRE ET RELIGION DE l'ÉTHIQUE
ouvertement arboré Tétendard unitaire, car sa rupture avec l'orthodoxie date de 1810, c'est-à-dire de neuf années avant le discours de Channing à Baltimore qui donna le signal définitif du schisme. Il serait assez intéressant de suivre le mouvement d'idées qui a conduit ainsi, du calvinisme le plus strict au libéralisme le plus absolu, une congrégation placée dans les conditions ordinaires des églises américaines. Les étapes de cette évolution pourraient se reconnaître rien qu'aux modifications successives du rituel : l'élargissement de la profession de foi imposée aux communiants; la disparition de toute distinction entre les communiants et les non -communiants, entre les membres de l'Église et les membres de l'association civile ; la transformation du sacrement de la communion en cérémonie commémorative de la fondation du christianisme ; enfin le remplacement du symbolisme chrétien par un service en l'honneur de tous les grands réformateurs religieux et sociaux. C'est ce que M. Potter faisait ressortir, en ces termes, dans un sermon prononcé devant sa congrégation en 1874 :
Notre société est restée de nos jours, comme au temps de nos ancêtres ecclésiastiques, sous la loi de l'évolution. Elle a progressé par un développement naturel. Elle n'a connu ni ruptures, ni violences, ni révolutions, ni coiaps d'Etat. Son présent est sorti de son passé et, quel qu'il soit, reste la conséquence de ce passé. Elle en est arrivée — moins par une résolution formelle, en un moment déterminé, que par la log-ique naturelle de sa marche — à ce point où, ayant laissé tomber l'usage des credos, des confessions de foi et même des dénominations théologiques, elle a ouvert ses portes aux hommes de toute croyance et de toute opinion qui se sentent