LA SOCIÉTÉ POUR LA CULTURE ÉTHIQUE
gagnés par son esprit ou par ses pratiques. Il n'y a personne ici pour demander compte au nouveau venu de ses croyances ou de ses antécédents religieux. Si un de ceux qu'on nomme infidèles se sent attiré vers nos réunions par quelque raison avouée ou secrète, il n'existe rien dans les statuts et je ne connais rien dans l'esprit de notre société qui puisse lui en fermer l'entrée. Si des adeptes de ce judaïsme progressif qui se développe dans notre pays, voire quelque sectateur libéral des religions asiatiques, un hindou, un bouddhiste, un mahométan, venaient à traverser ou à habiter notre ville, — ce qui n'est pas impossible en nos jours de voyages et d'émigrations, — je ne connais rien dans l'esprit, et il n'existe certainement rien dans les statuts de notre société qui puisse les en exclure, pour peu qu'ils soient enclins à chercher parmi nous leur communion religieuse... Bien que notre congrégation se soit organisée et développée historiquement comme une société chrétienne, vous l'avez graduellement élargie — par la force logique du principe protestant, qui consacre les droits du jugement individuel et du libre examen — jusqu'à ne plus formuler d'autres conditions d'admission que l'aspiration de l'homme à la vertu et à la paix spirituelle. En conséquence, la seule croyance que vous pussiez qualifier d'hérésie, ce serait une opinion qui ferait passer la foi avant la conduite et subordonnerait les réalités de la vie religieuse au choix de la dénomination ecclésiastique ^ .
Bien qu'indépendante de la Free Religions Association, la Society for Ethical Culture, de New-York, mérite également d'être mise au premier rang des associations qui ont adopté le principe de la religion libre. Son directeur actuel, M. Félix Adler, a même présidé, de 1880 à 188â, l'Association religieuse libre, dont il personnifie surtout le but humanitaire et mora-
^ W. J. PoTTER, Two Discourses delivei'ed before the First Congregational Society. New-Bedford, 1874.
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lisateur, c'est-à-dire cette partie du programme qui vise les intérêts « pratiques a de la religion. On ne peut, en effet, se dissimuler le péril que l'affaiblissement des religions positives fait courir à l'ascendant de la morale si longtemps enchaînée à leurs dogmes. Mais tandis que, sur le continent européen, les rationalistes se sont appliqués à constituer la morale sur des principes indépendants de la religion, en Amérique ils s'efforcent de lui subordonner cette dernière. Telle est du moins la tendance dont le professeur Félix Adler est aujourd'hui le plus brillant interprète. M. Adler est un jeune homme dont la physionomie mystique rappelle certaines têtes d'apôtre. Son père remplissait les fonctions de rabbin à la principale synagogue de New-York. Lui-même était destiné au sacerdoce, mais, envoyé en Allemagne pour compléter son éducation, il y acquit des convictions rationalistes qui lui fermèrent la carrière paternelle. Dès son retour aux États-Unis, en 1873, il accepta une chaire à l'université de Cornell, qu'il quitta, trois années plus tard, pour établir à New- York une nouvelle association religieuse sous le titre de : Société pour la culture morale.
En philosophie, M. Adler se rattache à cette sobre et fortifiante philosophie kantienne où vont se retremper de nos jours tant d'esprits fatigués par les subtilités de la métaphysique ou ébranlés par les paradoxes de la science. Néanmoins, tout en admettant l'existence de certains éléments antérieurs et supérieurs à toute expérience individuelle ou même héréditaire, il s'en tient strictement aux postulats de