M. FELIX-ADLER
Kant, sans attribuer de réalité objective à la notion de Dieu et de l'immortalité : « Je n'accepte pas le théisme, dit-il dans une de ses conférences ^ Mais les fondations peuvent très bien survivre -à l'édifice et servir à quoique construction nouvelle. Je me rattache de toutes mes forces aux fondements du théisme : d'abord la négation du hasard, c'est-à-dire la conviction qu'il y a de l'ordre dans le monde; ensuite la conviction que cet ordre est bon, c'est-à-dire qu'il y a du progrès dans le monde. »
Dès lors, ce n'est plus Dieu, mais la loi morale qui devra être l'objet de la religion. Cette religion, de plus, sera éminemment pratique : « Alors que la divergence des croyances, dit-il, continue à s'accentuer, il semble nécessaire de placer la loi morale là où elle ne peut être discutée, dans la pratique. Les hommes se sont si longtemps disputés sur l'Auteur delà loi, qu'elle-même est restée dans l'ombre. Notre mouvement est un appel à la conscience, un cri pour plus de justice, une exhortation à plus de devoirs ^ » La première condition d'une pareille entreprise, c'est de prêcher d'exemple, et sous ce rapport la culture éthique n'est pas moins exigeante que l'ancienne morale religieuse; seulement son champ d'action est plus vaste.
Les associations réformatrices, fait observer M. Adler, exercent siir leur milieu une action d'autant plus sensible qu elles sont fondées sur la régénération personnelle de leurs membres; témoins les sociétés de tem-
1 Index du 15 septembre 1881. — Cet agnosticisme n'empêche pas M. Adler de reconnaître Texistence d'une « Réalité ultime qui glt derrière toutes les apparences et d'où sort l'harmonie du monde ». {Index du 22 septembre 1881.)
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pérance. Mais celles-ci ne poursuivent qu'un but spécial, tandis que" la culture éthique, étant une réforme religieuse, doit s'étendre à toutes les sphères de l'activité humaine. Ainsi, pour prendre un exemple dans le domaine de l'économie politique, supposons que vous croyiez à la légitimité de l'impôt progressif dans une certaine proportion : vous ne vous contenterez pas d'en poursuivre l'introduction dans la loi; si vous voulez remplir votre devoir religieux, vous vous imposerez encore de verser dès maintenant au Trésor la somme à laquelle vous taxerait annuellement l'application générale et obligatoire de votre système.
C'est sur ces principes élevés que. M. F. Adler a organisé son association de New- York. Les premiers adhérents étaient presque exclusivement recrutés dans la fraction la plus avancée du judaïsme américain. Peu à peu, des gentils s'y joignirent, attirés autant par la réputation grandissante du jeune réformateur que par la largeur de ses idées, et, dès 1880, l'association dut s'installer dans un local plus vaste. Elle forme actuellement une des « congrégations » importantes de New-York. Ses « offices », qui ont lieu le dimanche matin, ne se composent que d'une conférence entre deux points d'orgue. Mais après la sortie du public, les membres se constituent en réunion privée pour s'occuper des différentes œuvres sociales qu'ils ont fondées.
Ces œuvres sont : 1° une école du dimanche, où l'on enseigne la morale, c'est-à-dire les devoirs envers soimême et les devoirs envers les autres, ainsi que l'histoire des principaux cultes et même la philosophie de