‹ L'évolution religieuse comtemporaine chez les Anglais, les Américains et les Hindous [microform]Chapitre 81 sur 135 · PORTÉE SOCIALE DE LA CULTURE ÉTHIQUE · texte numérisé non relu

PORTÉE SOCIALE DE LA CULTURE ÉTHIQUE

la religion ; %° un Kinder garien publie, organisé d'après la méthode Frœtel; 3° une école ouvrière qui, ouverte en 1878 avec un professeur et huit élèves, compte aujourd'hui un principal, huit assistants et 250 élèves entre trois et neuf ans ; l'instruction y est libre ; en cas de nécessité, on donne gratuitement aux enfants la nourriture et des vêtements ; 4° un musée industriel attaché à l'école; S'* un service de visiteuses ou plutôt de garde-malades {district nurses), qui portent journellement leurs soins aux malades pauvres du plus misérable quartier de New- York.

La réussite de ces œuvres a été un nouveau moyen de propagande pour la, Society for Ethical Culture, qm a conquis ainsi l'estime d'esprits même hostiles à ses principes. Elle laisse, du reste, une pleine liberté à ses membres dans leurs croyances individuelles. Tout ce qu'elle leur demande, c'est de placer les devoirs de la religion exclusivement dans la régénération individuelle et sociale de l'humanité.

Une branche de la Society for Ethical Culture s'est organisée récemment à Chicago sous la direction de M. W. Salter, et déjà elle a commencé à s'entourer d'œuvres philanthropiques , calquées sur les institutions de l'association mère.

La religion de l'éthique reçoit quelquefois de ses adeptes le titre de religion de l'humanité. Elle a certes autant de droits à ce nom que le comtisme, et plus que le sécularisme. On pourrait la définir du comtisme, avec le dogmatisme en moins, et du sécularisme, avec l'esprit religieux en plus.

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Il ne faudrait pas limiter l'influence de la « religion libre » aux sociétés qui ont accepté son nom ou son patronage ojB0.ciel. La Free Religions Association a été pour l'unitarisme ce que l'unitarisme lui-même a été pour les autres confessions religieuses, un levain de liberté intellectuelle. Les unitaires comptent aux États- Unis, d'après leur annuaire de 1880, trois cent quarante-quatre congrégations, — trois cent quatre-vingtdix-neuf ministres (dont trois du sexe féminin^), — deux facultés de théologie, l'une à Harvard, l'autre à Meadville, — une revue mensuelle et de nombreux journaux hebdomadaires, — plusieurs asiles et une injSnité d'œuvres religieuses ou philanthropiques.

On pouvait craindre qu'après le départ de MM. Abbot, Potter, etc., la Conférence nationale ne penchât davantage encore à droite. En effet, elle n'hésita pas à introduire dans ses statuts, sur la proposition du Rév. Hepworth Dixon, un nouveau paragraphe où, « réaffirmant l'allégeance à Jésus-Christ », elle sollicitait le concours de « tous ceux qui veulent être les serviteurs du Christ » . Mais, peu de temps après, l'auteur de cette proposition passa lui-même à l'orûhodoxie, et cette disparition des éléments extrêmes, en enlevant sa principale vivacité à la controverse qui se poursuivait depuis la fondation de la Conférence, permit à l'unitarisme de concentrer son activité dans des préoccupations pratiques qui devaient forcément le rapprocher du terrain choisi par la Free Religions

1 C'est une de ces ministresses, la révérende Mary A. Safford, qui a prêché le sermon anniversaire à la Conférence des Unitaires de l'Ouest, lors de sa réunion à Chicago en 1883. Le sujet était : « la Religion, sa nature et son développement. « V. VUnity du 16 mai 18S3.

ÉMANCIPATION DE l'UNITARISME AMÉRICAIN 243

Association. Désormais, pour figurer sur les rôles de l'unitarisme, il suffit de se dire chrétien à la façon du Rév. Chadwick, de Brooklyn, qui étend cette dénomination à tous les esprits issus du courant de la civilisation chrétienne. La Conférence nationale a même résolu d'inscrire sur la liste officielle de ses ministres tous ceux qui en feraient la demande et qui, par conséquent, s'y jugeraient à leur place. Enfin, lors de sa session de 18821, elle a introduit dans ses statuts un article supplémentaire ainsi rédigé par le Rév. Minot J. Savage :

Tout en croyant que le préambule et les articles de notre constitution représentent convenablement les opinions de nos Églises, cependant nous désirons formellement reproduire l'affirmation qu'ils ne constituent pas un critérium obligatoire de la doctrine unitaire et qu'ils n'ont pour but d'exclure de notre communion aucun de ceux qui, tout en différant de nos croyances, sont néanmoins en sympathie générale avec notre objet et notre but pratique.

A maintes reprises, depuis plusieurs années, on a vu des unitaires mettre leurs chaires à la disposition diagnostiques tels que MM. Adler et Underwood, d'un séculariste tel que M. Holyoake, voire d'un rabbin libéral tel que M. Gotheil, de New-York. Récemment encore, le Rév. Shermerhorn constituait à New-York, sous les auspices de l'unitarisme, une Église théiste ou plutôt éclectique, fondée sur la recherche et l'admission « de ce qu'il y a de raisonnable dans chaque religion du globe », en même temps que sur la communion de tous ceux qui, sans dictinction de dénomination ou de race, « vénèrent Dieu et pratiquent le bien ».

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Les États de l'Est sont restés le quartier général de lunitarisme. Une preuve de l'influence qu'il n'a pas cessé d'y exercer, c'est que, dans l'automne de 1882!, il réunissait en quelques jours, par souscription privée, une somme de deux millions et demi de francs pour l'institution d'une nouvelle école théologique.

Cependant on ne peut dire qu'il s'y soit développé en proportion de la population. A Boston même, où il compte aujourd'hui une trentaine de congrégations, il n'a guère pénétré dans la classe inférieure, où la prédominance des immigrants irlandais a considérablement renforcé le catholicisme romain, et il se voit disputer la classe supérieure par l'Église épiscopale, qui devient de plus en plus le culte fashionable des États-Unis. D'ailleurs, Boston même a cessé d'être le centre exclusif de la culture américaine, the huh of the universe, comme disaient ironiquement les villes voisines moins favorisées dans le domaine de l'intelligence. D'une part, l'invasion du luxe et de la frivolité sociale a quelque peu entamé la simplicité de mœurs et la soif de jouissances morales qui y avaient survécu au rigorisme de la théologie calviniste,; d'autre part, New-York, Saint-Louis, Chicago et d'autres villes encore, de grandeur récente, lui disputent désormais le monopole des lettres et la direction de la pensée américaine.

Heureusement pour son développement numérique, l'unitarisme a trouvé un champ d'exploration fertile dans les États de l'intérieur, où il répondait à la fois au double besoin de liberté intellectuelle et de culture religieuse. On ne doit pas s'étonner s'il y a pris des

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