LES QUAKERS PROGRESSISTES
allures plus indépendantes encore que dans les États de l'Est. La Conférence des Unitaires de l'Ouest a omis dans sa constitution le préambule qui avait provoqué de si regrettables dissensions dans laConférence nationale de 1865. Son principal organe, Unity, rédigé, avec une grande largeur de vues, par le Rév. Jenkins L. Jones, a pris pour mot d'ordre la devise môme de la religion libre : « Liberté, moralité et fraternité en religion » freedorrij character and feUowship in religion. De nombreuses églises, et même des groupes entiers de congrégations, tels que les Conférences du Michigan et du Kansas, la Fraternité des sociétés religieuses libérales de r Illinois, se déclarent ouvertes « à tous ceux qui espèrent y accomplir ou en retirer quelque bien ». Aussi le comité de la Free Religions Association a-t-il pu dire, dans son rapport de 1881, que « l'élargissement et la libéralisation de l'unitarisme dans l'Ouest sont peut-être la preuve la plus palpable que la mission de l'Association n'a pas été stérile et en même temps que son œuvre est encore incomplète ».
Le courant d'idées qui a ainsi émancipé l'unitarisme s'est fait sentir également dans plusieurs autres sectes. Les universalistes, qui passent pour avoir un millier de congrégations, possèdent un parti avancé qui fraternise avec le mouvement de la religion libre. De même, la fraction progressiste des quakers {Progressive Friends), qui siège à Longwood, en Pensylvanie, a absolument adopté le programme de la « religion libre », s'il faut en juger par cette plate-forme de leur assemblée générale tenue en 1881 :
L'objet de cette réunion est de favoriser une religion identi-
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fiée au bien physique, moral et spirituel. Indépendants de tout dogme, nous faisons fraternellement appel au concours de tous ceux qui désirent rendre le monde meilleur et qui estiment la vérité plus qu'aucun dogme ou aucune secte. Nous aurons pour terrain commun la recherche des moyens les plus efficaces pour élever le niveau de l'humanité. Quant aux institutions religieuses issues des besoins et des convictions du passé, nous les examinerons avec révérence, les acceptant dès qu'elles s'imposent à un jugement consciencieux, et les rejetant librement, si c'est nécessaire. Notre allégeance suprême est due non aux décrets des hommes, mais à la Vérité.
De son côté, une fraction importante du judaïsme réformé — tout en refusant de renoncer à sa dénomination historique pour ne pas avoir l'air de renier ses ancêtres devant un préjugé social qui persiste jusque dans le nouveau monde — a saisi l'occasion de se rencontrer, sur le terrain pratique de la fraternité religieuse, avec les forces intellectuelles et sociales d'une civilisation qu'elle s'est désormais assimilée. La réforme du judaïsme a peut-être été poussée plus loin aux États-Unis que partout ailleurs. Non seulement il s'y est affranchi de toutes les prescriptions ritualistes, hygiéniques et sociales qui constituaient l'ancienne loi; mais encore il y compte des rabbins qui, non contents de rejeter l'infaillibilité de la Bible, vont jusqu'à contester la personnalité divine, cette pierre angulaire des croyances sémitiques. Aussi le rabbin S. W. Sonnesheim n'a-t-il pas hésité à proclamer, dans la septième session de la Free Religions Association, « que le judaïsme réformé correspond pleinement « au mouvement de la religion libre » .
On pourrait sans doute en dire autant des nombreuses