LES SPIRITES
frei relîgiôse Gemeinde que les Allemands ont importées aux États-Unis. En passant l'Océan, la plupart de ces associations ont pris, à la vérité, un caractère plus radical, comme on peut en juger par le programme que leurs délégués ont adopté en 1870 à la convention de Milwaukee. Ils y déclarent, en effet, dans l'article 2, exclure toute uotion d'un Dieu « personnel ou impersonnel », sans voir qu'ils lui rouvrent la porte par l'article suivant : « Dans la Nature, nous « reconnaissons la Justice, le développement continu « vers la perfection et vers la plénitude du Beau qui « remplit de joie notre existence. »
Enfin il ne faut pas oublier dans cette énumération les spirites, qui prétendent posséder aux États-Unis trois millions d'adeptes et qui, selon M. 0. B. Frothingham, en auraient certainement un million. Aux États-Unis, plus encore qu'en Angleterre, le spiritisme tend à devenir une véritable religion. C'est ce que M. W. H. Dixon constatait déjà en ces termes, il y a une <juinzaine d'années, dans son curieux ouvrage I\ew America : « Les spirites ajQBrment leur conviction que les vieux évangiles sont épuisés, que les Églises fondées sur ces évangiles sont mortes, que l'homme requiert de nouvelles révélations. Ils déclarent que les phénomènes actuellement produits dans cent villes américaines — signaux d'origine mystérieuse, coups frappés par des agents inconnus, esquisses tracées par des mains cachées — offrent ime base acceptable pour un système nouveau et définitif de foi aux choses invisibles. Ils ont déjà leurs lycées, leurs catéchismes, leurs journaux, leurs prophètes mas-
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culins et féminins, leurs médiums et leurs clairvoyants, leurs offices du dimanche, leurs fêtes, leurs meetings en plein air, leurs sociétés locales, leur organisation par États, leurs conférences générales, en un mot, tout le mécanisme de nos associations les plus actives, les plus agressives... Quand nous essayons déjuger un système aussi antipathique à nos sentiments, aussi hostile à nos institutions que cette école spirite, il est nécessaire, si nous voulons rester impartiaux dans nos critiques, de nous rappeler qu'il a été embrassé par des centaines d'hommes instruits et de femmes pieuses. »
La législature de l'Illinois imposait récemment à tout médium une patente de trois cents dollars ; aussitôt les spirites de crier à l'oppression religieuse, sous prétexte que les médiums remplissent près de leurs coreligionnaires les fonctions du prêtre dans les religions protestante, catholique et juive. D'autre part, le spiritisme semble partout marcher la main dans la main, non seulement avec les adeptes de la religion libre, mais encore avec les agnostiques, les athées et même les matérialistes, leur prêtant ses locaux, ses journaux et même ses conférenciers K « Tous les spirites sont, de nécessité, des adeptes de la religion libre, — disait un de leurs partisans, M. Giles B. Stebbins, à la quatorzième session de la Free Religions Association, — parce que la philosophie spirite, dans sa largeur et son éclectisme, ne connaît ni limites, ni barrières, n'admet d'autre autorité que les intuitions de
1 Compte rendu officiel du Congrès des libres-penseurs tenu à Bruxelles en 1880. Rapport de M . L. Rawson.