‹ L'évolution religieuse comtemporaine chez les Anglais, les Américains et les Hindous [microform]Chapitre 9 sur 135 · XVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XVI INTRODUCTION

Pour établir que la raison et la religion ne sont pas nécessairement en antagonisme, il suffira de rappeler que leur action s'exerce dans des sphères différentes de l'activité humaine. La philosophie, travaillant sur les matériaux fournis par l'observation, formule la conception de l'univers. Cette conception, le sentiment religieux s'en empare pour la dramatiser, la colorer, l'idéaliser; il y cherche le symbole de l'inconnu qui reste au fond de toute synthèse philosophique; il y projette un élément huAain qui nous renvoie l'écho de nos aspirations vers l'infini et l'absolu. Sans doute, le jour où cette traduction religieuse de la cosmogonie dominante cesse de correspondre à l'état des sciences qui ont graduellement adopté des vues nouvelles, un conflit ne peut manquer de surgir entre le libre-examen et ce qui paraît être lé sentiment religieux. Cependant, au fond, l'hostilité existe simplement entre deux conceptions scientifiques dont la plus ancienne, dépassée par le progrès des connaissances, n'a pas encore été rejetée par la religion. Or, cette élimination n'est qu'une question de temps : l'expérience du passé nous enseigne qu'après une période plus ou moins longue d'oscillations et de tâtonnements, le sentiment religieux finit toujours par se débarrasser de ses formes décrépites, pour se

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reporter sur une explication de l'univers plus conforme aux données de la science et aux aspirations de la société contemporaine. ^

Il se peut, sans doute, que l'élément dogmatique doive remplir dans la religion un rôle de plus en plus restreint. On voit s'accentuer, surtout parmi les Églises protestantes/ une tendance à placer l'accent religieux, non plus sur telle ou telle profession de foi, mais sur l'obéissance à ce que le célèbre critique anglais, M. Mathev^^ Arnold, a' un jour nommé « le Pouvoir autre que nous, qui travaille pour le Bien ». {a Power, not ourselvés, that makes for righteousness) . Quand Dieu est ainsi ramené à un idéal objectif, dont l'ordre moral et l'ordre physique sont la manifestation permanente, notre devoir devient, en premier lieu, la recherche des lois par lesquelles la Divinité révèle son action, — ce qui rentre dans les attributs de la raison; — en second lieu, l'adaptation de notre conduite à ces lois, — et c'est ici que la religion conserve incontestablement une grande mission dans le développement de l'humanité.

Dira-t-on que c'est confondre la religion avec la morale? La morale ne s'adresse qu'à l'intelligence; elle est insuffisamment armée, ainsi que l'avait si bien compris Auguste Comte, pour lutter contre les passions et les convoitises dans le domaine du sen-

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