‹ L'évolution religieuse comtemporaine chez les Anglais, les Américains et les Hindous [microform]Chapitre 90 sur 135 · LETTRE DE H. SPE^XER A M. J. SAVAGE · texte numérisé non relu

LETTRE DE H. SPE^XER A M. J. SAVAGE

rationalisme américain. Qu'on parcourre les conférences et les essais analysés ou reproduits chaque semaine dans l'Index, on sera certainement surpris, non seulement du nombre et de l'ardeur des esprits qui s'attachent aux côtés synthétiques de l'évolutionnisme, mais encore des ressources qu'ils y trouvent pour ouvrir des horizons nouveaux au sentiment religieux et pour le satisfaire jusque dans ses aspirations les plus exaltées. Sans doute, beaucoup de ces travaux n'ont de valeur que comme indication de tendances, mais il y a telle page de MM. x4bbot, Wasson, W. Ganuet, Savage, telle conférence ou tel sermon de MM. Potter, Frothingham, Chadwick, etc., qui se distinguent autant par la rigueur de la démonstration que par l'élévation des idées et la poésie du langage. Ce sont, en tout cas, des lectures recommandables à quiconque craint de trouver, dans les progrès modernes de la science, une cause de destruction ou même d'affaiblissement pour tout ce qui fait la force et la grandeur de l'esprit humain.

Il est à remarquer que ce mouvement répond aux vues d'Herbert Spencer lui-même, s'il faut en juger par cette lettre qu'il écrivait, le 9 juillet 1883, au premier et au plus enthousiaste de ses interprètes religieux en Amérique, M. J. Savage :

J'ai lu avec beaucoup d'intérêt votre exposé éloquent et clairement raisonné des côtés religieux et éthiques des doctrines évolutionnistes. Je me réjouis fort de ce que ces aspects soient mis en évidence. Il est grand temps qu'on fasse quelque chose pour montrer aux gens qu'ils n'en sont pas réduits à une pure négation de leurs précieuses croyances religieuses

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et éthiques, comme ils l'avaient supposé, et qu'au contraire il leur reste des croyances, assises, comme vous le dites, sur un fondement net, scientifique, inébranlable. J'espère que vos enseig-nements grouperont un corps défini d'adhérents qui deviendront le germe d'une organisation nouvelle. Voici longtemps que j'aspire au moment où. quelque chose de ce genre pourrait être fait, et il me semble que vous êtes l'homme pour le faire ^.

Cette lettre, dont Herbert Spencer a autorisé la publication, est d'autant plus significative que M. Savage, à l'instar de MM. Graham et Mathew Arnold, voit dans l'Inconnaissable un pouvoir ordonnateur, poursuivant, sinon un but voulu et prévu, du moins une fin progressive, et que, tout en se refusant à admettre l'âme comme une entité séparée, il se prononce en faveur de l'immortalité personnelle.

En résumé, il serait téméraire de prédire que l'Amérique, comme l'affirment certains de ses écrivains, aura l'honneur de donner au monde une foi nouvelle. Mais qu'il s'agisse des cosmiens, des transcendantalistes ou de ceux qui prennent une position intermédiaire entre ces deux écoles, — si nous

1 V. le Christian Register^ de Boston, numéro du 29 mars 1883. -^Par^ une singulière coïncidence, quelques semaines plus tard, M. J. Savage recevait du D"^ Putnam, un des repi-ésentants les plus autorisés de l'un itarisme conservateur en Amérique, le témoignage suivant : « Le plus capable et le plus influent de nos prédicateurs radicaux est M. Savage, de Boston ; mais ses écrits et ses discours, si hostiles qu'ils puissent être à bien des vérités regardées comme essentielles par beaucoup d'unitaires, me semblent généralement dénoter une nature plus aflarmative et un tempérament chiétien plus croyant, que ceux de M. Parker et de la majeure partie de son école. « (Conférence de M. Putnam sur YUnitarisme américain, à la Conférence annuelle des unitaires anglais, reproduite dans YlnqiM-er àvLÇ)]mïi 1883.)

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