‹ L'évolution religieuse comtemporaine chez les Anglais, les Américains et les Hindous [microform]Chapitre 92 sur 135 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Le théisme dans l'Inde contemporaine.

Un souvenir de Calcutta, — Le brahmaïsme . — La religion hindoue et le libre examen. — La philosophie chez les anciens brahmanes. — Panthéisme idéaliste du Védânta. — Maintien des divinités intermédiaires. — Syncrétisme et confusion du culte hindou. — Les réformateurs vishnouites et la doctrine du bhakti. — Tentatives de conciliation, sur le terrain de l'unité divine, entre la religion des hindous et des mahométans. — Kabîr, Nânak, Akbar. — Action des idées européennes sur l'esprit religieux de l'Inde. — Ràm Mohun Roy : ses doctrines éclectiques et ses prédications contre l'idolâtrie. — Organi- "sation du Brahma Samâj de Calcutta. — Debendra Nâth Tâgore, successeur de Râm Mohun Roy. — Controverse sur le caractère monothéiste des Yêdas. — Mission des quatre pandits à Benarès. — Rejet de l'infaillibilité védique par le Brahma Samâj. — Rédaction d'une profession de foi rationaliste, le Brahma Dharma . — Accession de Keshub Chunder Sen.

On a soutenu que le théisme pur pouvait convenir à des tempéraments exceptionnels, assez froids pour se contenter d'une vague religiosité et trop idéalistes pour s'en passer, mais qu'il ne pourrait jamais suffire aux aspirations du grand nombre, ni donner lieu à l'organisation d'un culte durable. Cependant on peut suivre, depuis plus d'un demi-siècle, les progrès constants d'un système religieux qui, exclusivement fondé sur les principes de la religion naturelle, présente tous les caractères d'un culte positif: des temples, des

278 LE THÉISME DANS l'iNDE CONTEMPORAINE

prêtres et même des fidèles. Seulement, c'est dans l'Inde que nous devons le chercher.

Le dernier dimanche de l'an 1876, ayant pris la rue de Machoua-Bazar, dans le quartier indigène de Calcutta, je pénétrai dans une sorte de chapelle néo-gothique qu'occupaient déjà de trois à quatre cents indigènes, drapés dans ces châles blancs et flottants qui contrastent d'une façon si piquante avec le teint bronzé des Bengalais et font songer aux beaux jours de la toge antique. Il n'y avait guère qu'une dizaine de femmes assises dans une des ailes, mais certains frémissements derrière le voile de gaze qui cachait le jubé me firent soupçonner avec raison que l'assistance n'était pas aussi exclusivement réduite au sexe fort. En face de l'entrée se voyait un vêdi, — petite plateforme de marbre, exhaussée de plusieurs degrés et entourée d'une balustrade, — où l'officiant, en simple surplis de mousseline, attendait, accroupi à l'orientale, l'heure de commencer la cérémonie. J'aurais pu me croire dans quelque congrégation de protestants indigènes, n'eût été l'absence de tout ornement, emprunté à la symbolique du christianisme. D'autre part, il n'y avait là ni le feu perpétuel des sanctuaires guèbres, ni les idoles grimaçantes des pagodes hindoues, et, si l'édifice montrait dans son ensemble l'austère simplicité des mosquées, son architecture n'offrait aucun des détails qui caractérisent les lieux voués au culte d'Allah.

C'est qu'en effet le dieu adoré dans ce temple n'était ni celui des chrétiens, ni celui des guèbres, des hindous ou des musulmans, c'était le Dieu d'une religion

Page 1