‹ L'évolution religieuse comtemporaine chez les Anglais, les Américains et les Hindous [microform]Chapitre 94 sur 135 · RÂM MOHUN ROY · texte numérisé non relu

RÂM MOHUN ROY

Roy, Debendra Nâth Tâgore et Keshiib Chunder Sen.

Ram Mohun Roy naquit enl774^ à Râdhnagar, d'une famille brahmanique spécialement vouée au culte de Vishnou. Dès son enfance, il se signala par sa dévotion à l'idole de la maison paternelle. Mais envoyé de bonne heure à l'école musulmane de Patna pour apprendre l'arabe et le persan, il ne se trouva pas impunément en contact avec les influences du monothéisme sémite, et, à peine était-il rentré dans sa famille, qu'à l'âge de seize ans il rédigea un mémoire contre les pratiques de l'idolâtrie hindoue. Son père, qui occupait un rang distingué dans le district de Rurdwân, jugea prudent de l'éloigner, peut-être avec l'espoir que les frottements du monde calmeraient le beau zèledu jeuae réformateur. Mais celui-ci ne profita de ses voyages que pour se livrer à des études de théologie comparée, d'abord dans les principaux sanctuaires de l'Inde, ensuite dans les lamasseries du Thibet, où l'indépendance de ses critiques lui attira des difficultés avec les sectateurs de Bouddha. Lorsque, après quatre années d'absence, il reparut dans sa Tille natale, non seulement il était définitivement gagné au principe de l'unité divine, mais encore il était décidé à ne reculer devant aucun obstacle pour combattre les superstitions de ses compatriotes.

« Après la mort de mon père en 1803, — écrit-il lui-même dans une lettre ultérieurement publiée par un journal anglais, — j'attaquai plus ouvertement que jamais les partisans de l'idolâtrie. Utilisant l'art de

- 1 En 1780, d'après Gabcin de Tassy {Histoire de la littérature Hindonie et Bindoiistanie. Paris, 2" éd., t. II, page 348).

288 LE THÉISME DANS l'iNDE CONTEMPORAINE

l'imprimerie qui venait de s'introduire dans l'Inde, je dénonçai leurs erreurs, dans des ouvrages et des brochures en plusieurs langues. Le terrain sur lequel je me plaçais dans toutes ces controverses était l'opposition, non pas au brahmanisme, mais à ses déviations, et je tâchais d'établir que l'idolâtrie des brahmanes était contraire aux pratiques de leurs ancêtres, comme aux antiques préceptes des ouvrages et des autorités qu'ils professaient de révérer et de suivre K » Il s'était mis courageusement à apprendre, — outre le persan, l'arabe, le sanscrit et l'anglais — l'hébreu et le grec, afin de puiser aux sources originales la connaissance des principales religions qui ont joué un rôle dans l'histoire. M. Monier Williams en parle comme du premier investigateur sérieux que le monde ait produit dans la science des religions comparées ^.

Ces recherches, en élargissant encore son horizon religieux, lui avaient inspiré le projet de fonder un culte sur la simple croyance à l'unité de Dieu et à la vie future. Mais, déshérité par son père, il se trouva réduit à accepter les modestes fonctions de dîwân chez le receveur anglais de Rangpour, et c'est seulement en 1814 qu'il put se fixer à Calcutta pour s'y vouer à la propagation de sa doctrine. Celte doctrine procédait directement du vêdânta; toutefois, des deux propositions qui constituent le fond de la philosophie vêdântine : l'unité de Dieu et l'illusion de l'existence

1 V, VAthenœum, de Londres, 5 octobre 1833.

2 Indian Theisiic Reformer s (dans le XIII" vol., 2» série, de la Royal Asîatic Society). ^

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