SYNCRÉTISME DE LA NOUVELLE DESPENSATION
que l'histoire des réformes religieuses chez les hindous a éîé « un perpétuel et affligeant recommencement; au début, unefiort vigoureux et de hautes visées, suivis hientôt d'une irrémédiable décadence; comme résultat final, une secte et une superstition de plus'».
Déjà certaines des pratiques que Keshub cherche à introduire dans son Église ne conduisent que trop à développer l'esprit de rêverie et de renoncement qui a toujours été un fléau pour l'Inde; tandis que d'autres paraissent un regrettable jalon sur la route qui mène à la constitution des théocraties. Enfin, il est très exact que l'exagération de son symbolisme tend à absorber l'activité de ses adeptes dans une multitude de rites hétérogènes et bizarres, en opposition absolue avec les tendances de l'esprit moderne, si nous nous plaçons au point de vue européen.
Mais il faut tenir compte du milieu où se développe une réforme religieuse, et ilreste à voir si, avec toutes ses exagérations mystiques et rïtualistes, la Nouvelle Dispensatiou n'est pas plus en état d'agir sur le génie populaire de l'Inde que la foi plus sobre et plus éclairée de l'Adi ou même du Sâdhâran Samâj.
Keshub, on ne saurait trop insister sur ce point, reste, malgré ses erreurs et ses div^ations, un esprit de trempe supérieure, un de ces hommes qui, suivant les circonstances, peuvent devenir un Bouddha, un Mahomet ou un Luther. Il suffît de l'avoir entrevu ou môme d'avoir pris connaissance de ses œuvres pour ' comprendre l'ascendant qu'il possède sur son entourage et qu'il peut être appelé à exercer sur les masses.
' A. BAS.Ta,Le3reUgions de l'Inde, pige Si.
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PORTRAIT DE KESHCR
Plus d'une fois, j'ai sévèrement jugé ses ades et presque désespéré de son avenir. Mais chaque fois que j'ai pris connaissance de ses discours et de ses écrits, je me su's senti en quelque sorte ressaisi par le charme qui se dégage de sa personnaHté et de son talent.
On lira peut-être avec intérêt le récent jugement que porte sur Keshub un de ses principaux adversaires, le missionnaire du Sadhàran Samâj, Sivanâth Sâstri : « Dans toute sa carrière, dit-il, Keshub Chunder Sen s'est tait remarquer par trois tr aits principaux : un esprit fier et indomptable, une belle et puissante intelligence, une volonté forte et énergique.. . Ajoutez-y un tempérament chaleureux, sincère et enthousiaste... Comme toutes les natures fières, il est timide vis-àvis des étrangers, mais d'une humeur agréable avec ses amis, doux et affable avec ses inférieurs, mais hautain et intraitable à la moindre afièctation de supériorité, surtout quand on lui résiste. II conçoit ses plans en silence et les met à exécution sans révéler plus que la moitié de son projet et sans mettre dans sa confidence même ses associés immédiats. II n'a pas d'amis, à proprement parler. D'autre part, il n'est pas exempt d'adroits subterfuges pour atteindre ses adversaires, ni de ruses peu généreuses pour les compromettre. Il y a des moments où son orgueil blessé Tentraîne à des épithètes dures et injustes pour ses opposants. Et cependant il a été, pour beaucoup d'entre non»;, un type de pureté privée, de sincérité et de dévouement dans la poursuite de nobles entreprises. Nombre de ses œuvres décèlent un homme de foi, et une grande partie des principes qu'il a commu-
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