LA DOCTRINE DE L ADESB
la doctrine de Tâdesh. Qu'à la suite de Kant, on cherche la voix de Dieu dans les intuitions de la conscience, il n'yalà qu'une théorie ennoblissante et féconde, comme ou l'a vu chez les transcendantalistes américains. Toutefois, c'est à la condition de soumettre ses impulsions intimes a» contrôle de l'observation et du raisonnement. Keshub, à la vérité, semble admettre que pour offrir le caractère de l'àdesk, une inspiration doit pouvoir s'appuyer sur certaines « indications objectives » résultant des circonstances et conduisant à la même conclusion; — par exemple, à propos du mariage de sa fille : les nécessités politiques du Kouch-Behâr, les mérites personnels du jeune mahârâjah, les avantages qui devaient résulter de cette union pour la cause du brahmaïsme,etc. — Maissi les «indications objectives» sont d'accord pour déterminer une ligne de conduite, qu'est-il besoin d'àdesh9 Et, si elles ne le sont point, qui décidera entre elles? — Pour voir les dangers de ce système, il suffit d'écouter les enfants terribles de la Nouvelle Dispensation, comme le pandit Dourgâ Dâs Rây, qui, prétextant le caractère incertain et relatif de la morale universelle, conteste à la conscience le droit de se poser en juge de l'inspiration et déclare les commandements de Dieu indépendants de la « soi-disant morale vulgaire'»; — ou encore, comme les rédacteurs du Thâstic Record, de Dacca, qui s'exprimaient ainsi en 1881 : « Le moindre incident de notre existence, — qu'il s'agisse de manger des pastèques, le premier du mois, ou de se diriger, le mardi, vers le nord, — sont r^lés par le vivant commandement de Dieu. Nous
1 Brahmo Year-Book de 1880, page 100.
jM,Googlc
360 SYNCHËTISME DE LA NOUVELLE DISPEMSATION
autres, brahmaïstes, nous allons à Lui pour le moindre détail de nos actes, tandis que les fidèles des autres religions ont pour guides des livres, des homiûes ou leur conscience '. » — Là est la pierre d'achoppement où viendra se briser la Nouvelle Dispensation, si Keshub et les plus éclairés de ses amis ne se hâtent de corriger la théorie de Vàdeah, d'une part en la restreignant au domaine des choses supra-sensibles qui échappent à l'expérience, d'autre part en l'étendant, dans une certaine mesure, à tous les êtres doués d'intelligence et de conscience, enfin en la subordonnant à l'autorité de la raison, qui est aussi d'origine divine.
Si l'on excepte cette malheureuse théorie, qui d'ailleurs n'est pas essentiellement liée à la Nouvelle Dispensation, il ne semble pas que Keshub, malgré ses exagérations mystiques, ait rompu jusqu'ici avec le rationalisme spiritualiste. Parmi les cérémonies et les discours que j'ai cités, il est certains détails qui peuvent prêter à sourire, comme en général le langï^e de tout symbolisme religieux ou social qui ne nous est point familier. D'un autre côté, je conçois que cet excès de ritualisme ait blessé, en Angleterre surtout, les esprits façonnés par leur éducation ou leur milieu à une profonde répugnance pour tout ce qui implique un caractère sacerdotal ou même sacramen» tel. Mais i! convient de remarquer que tel n'est aucunement le caractère des rites organisés ou reproduits par Keshub. Lui-môme nous le dit en termes formels : « Entendons-nous instituer la cérémonie du riz
I Brahmo Fear-£ooA de ISSI, page B5,
jM,Googlc