R[G1NAL1TË DE LA TENTATIVE DE KESHDB
contemporains, ont montré l'identité du sentiment religieux sous la multiplicité de ses manifestations. Quelques penseurs, tels que Proclus, Jamblique, Alexandre Sévère daus l'antiquité, Âkbar dans l'Inde du moyen âge et, jusqu'à un certain point, Auguste Comte dans notre siècle, ont même essayé de fonder un culte universel, — non pas en éliminant les éléments différenfiels des principales reIigioDs,à lafaçon du théisme anglais et du transcendantalisme américain, — mais eu juxtaposant soit leurs rites et leurs symboles, soit les noms et les formes sous lesquels ces religions conçoiveot l'objet suprême du culte.
Telle est également l'œuvre entreprise par Keshub, et s'il y a une différence, c'est que l'auteur de la Nouvelle Dispensation a réussi à fonder une religion là où ses prédécesseurs n'ont guère pu faire sortir leur syncrétisme du domaine de la fantaisie individuelle. Seul peut-être, le polythéisme romain avait fini par devenir un amalgame de ce genre; mais il restait une juxtaposition plutôt qu'une synthèse des divers cultes pratiqués dans l'Empire. Il était réservé à la Nouvelle Dispensation de nous offrir une Église vivante, fondée tout d'une pièce avec des matériaux empruntés aux cultes les plus disparates, — et ce n'est pas là un des traits qui contribuent le moins à rendre son développement si curieux à suivre pour quiconque s'occupe d'histoire religieuse.
jM,Googlc
jM,Googlc
CHAPITBE XV
Le bralimaûme et l'avauir religieox de l'Inde.
Forces et eubdivisions actuelles du brahmaïsme. — Dayânamla Saraavatl Sivâml et le mouvement védântin des Arya Samâjes. — La Sociâtâ théosophique de l'Iode. — Associations orthodoxes des Dharma sabhâs.
— Mouvements religieux en dehors de lliiDdouismâ. — Les anjumans.
— Le gourou Jourgi chez les Bhils. — Désagrégation de l'hindouisme; quel sera son euccessour t — État actuel et avenir de l'Islam dans l'Inde.
— Résultat négatif des missions chrétiennes. — Parallèle du progrès religieux chez les Aryas de l'Orient et de l'Occident. — Satiafactions offertes par le brahmaïstne aux aspirations de l'esprit hindou, en même temps qu'aux exigences da la civilisation moderne. — Affinité de la spéculation hindoue avec nos théories scientiSquas les plus récentes. — L'idée de l'Inconnaissable dans le brahmafsme. — Réactions du génie oriental sur la culture religieuse de notre société. — Prédiction de J. Tyndall A Protâb Chuuder Mozoumdar. — Opinions de MM, Max Muller et von Hartmann sur le rAIe réservé aux croyances de l'Inde dans les destinées religieuses de l'Occident.
Il était à craindre que les déchirements du brahmaïsrae ne portassent un coup fatal à la cause du rationalisme religieux dans l'Inde. Plus d'un observateur superficiel n'a pas manqué de s'appuyer sur la confusion inséparable d'une pareille crise pour conclure que l'œuvre de Râm Mohun Roy était à la veille de disparaître par le retour des uns à l'hindouisme et par la conversion des autres au scepticisme européen. Des cas isolés ont pu justifier cette double prédiction; mais ces symptômes de désorçanisation ont été de courte durée, et aujourd'hui le brabmaïsme a repris sa marche ascendante. En 1877, à la veille de la scission, ses samâjes étaient au nombre de cent sept. Ils
jM,Googlc
366 l'avenir religieux de l'inde
dépassent aujourd'hui le chiffre de cent soixantetreize ', et ses journaux ou organes périodiques se sont accrus de dix dans la même période '.
Les brahmaïstes peuvent actuellement se répartir en cinq groupes :
I . Les samâjes, qui ont accepté la Nouvelle Dispensation. Ils comprennent une vingtaine des anciennes congrégations provinciales restées fidèles à Keshub, plus un certain nombre, de formation récente. Quelques-uns de ces samâjes rivalisent de ferveur avec la congrégation de Calcutta, notamment celui de Dacca, qai se distingue par le nombre et l'originalité de ses publications; celui de Chittagong, qui est devenu un centre de prosélytisme actif parmi les populations hindoues; celui de Bhagalpour, où le nouveau mandir porte au fronton la croix et le croissant entremêlés de représentations symboliques appartenant au bouddhisme et aux divers cultes hindous. Â Calcutta même, Keshub réunit des auditoires plus nombreux que jamais '. En même temps, — ce qui est d'un heu-
> Bràhmo Year-Book de 188£. — Il raat,toutefoiB, tenir compte du fait que qaelques-una de ces nouveaux aam^es aont dus au dédonblement des anciennea congrégations, par suite des évânements de 1878.
* Sur ce chitlVe.il ;ena dix-sept rédigés en bengali, quatre en anglaEs, — un dans ces deux langues, — un en urdu, — un en oanara, — deux en tamoul et en anglais, — deux en télugn et en anglais, — an en anglais, en tamoul et eu tâlugn, — un en anglais et en marathi, — Un seul de ces organes est quotidien : le Nalional Paper, de Calcutta ; huit sont hebdomadaires. Parmi les revues mensuelles eu bengali, on en trouve une pour les femmes, une autre pour les ouvriers, une troisième, illustrée, à l'usage des enfants. (V. Bràhmo Year-Book de )882.)
* Bràhmo Year-Book de ISSl, page II. — La Sundajf Mirror, du S3 Janvier I8S1, parle de dite à doitxe mille assistants qui auraient participé, du 24 an 36Janvier,anx fêtes du cinquantiËme a
jM,Googlc
SUBDIVISION!) DU BRAHUAISHE 367
reux présage, — on voit pénètre les inatitutioiis d'éducation et de réforme qu'il avait plus ou moins négligées pendant les dernières années. Son principal établissement d'instruction, l'Albert School, qui obtint en 1881 l'afEliation à l'Université de Calcutta, comptait à cette époque six cent soixante-sept élèves . VIndian Reform Association a jeté les bases d'un Institut pour l'éducation supérieure des femmes, qui s'est ouvert au commencement de 1883. VIndian Mirror&élê remplacé par un journal mieux rédigé, The Libéral, avec un supplément hebdomadaire exclusivement consacré aux queslions religieuses.
II. Les congr^ations qui se sont fédérées au Sâdhâran Samâj. Le Sâdhâran Samâj représente, comme nous l'avons vu, la vraie tradition du brahmîusme et il a repris pour son compte toutes les institutions de perfectionnement religieux et social qui avaient été longtemps le monopole du Bhâratbharsia Samâj. Les samâjes qu'il comprend dans sa fédération sont actuellement au nombre de vingt-neuf. Son principal organe en langue anglaise est le Brahmo Public Opinion, qui traite d'une façon fort élevée les questions religieuses et politiques relatives à l'Inde. Le président de l'Association est un contemporain et un ami de Râm Mohun Roy, le babou Chib Cbunder Seb.
III. L'Jdi'Samâj, Un résultat de la crise a été de ramener l'attention sur l'Adi Samâj de Debendrâ Nâlh Tàgore. Celui-ci, qui n'eût pu rêver une plus éclatante revanche contre Keshub Chunder Sen, s'est spontanément rapproché du Sâdhâran Samâj, et, en 1880, on
jM,Googlc
LAVEfJl» RELIGIEUX DE L INDE
a VU la plus ancienne JÉglise du brahmaïsme s' associer à la plus jeune pour célébrer avec solennité le clnquanlième anniversaire du rajah Râm Mohun Roy. Depuis plusieurs années déjà, le vénérable Debendra Nàth Tâgore s'est retiré dans l'Himalaya, où il jouit d'un x-epos bien gagné. De lemps à autre, il quitte sa rrlraite pour présider certaines cérémonies religieuses dans les samâjes voisins, toujours accueilli avec sympathie et respect, aussi bien par les vieux que par les nouveaux brahmaïstes. Son successeur à la présidence de l'Association est le babou Raj Narain Rose, orateur et écrivain de grand mérite, qui poursuit, depuis i880, la publication en anglais des œuvres complètes de Râm Mohun Roy *. L'Adi Samâj professe les mêmes principes religieux que le Sâdhâran Samâj, mais il continue à se tenir sur la réserve quant à l'abandon des antiques usages sociaux.
IV. Un certain nombre de congrégations qui partagent les vues religieuses du Sâdhâran Samâj, mais qui sont restées en bons termes avec la Nouvelle Dispensation,soit qu'elles aient refusé de prendre parti entre les deux groupes, soit qu'elles accueillent avec la même sympathie les missionnaires de l'un et de l'autre '.
V. Les Pràrtkanàs Samàjes (Associations pour la prière) de l'Inde orientale. Ce sont, en général, des congrégations qui, tout en rejetant l'infaillibilité des vêdâs, manifestent une tendance conservatrice, tant dans les doctrines que dans les pratiques. La princi-
' Le premier volume, qui a seul paru jusqu'ici, forme nu iu-8° de 816 pagei. * Brahmo Year-Bookàt 1880, page 120.
jM,Googlc
LES AHYA SAMAIES 369
pale d'entre elles, le Prârthanâ Samâj, de Bombay, a même inscrit, au-dessus de sa porte, la célèbre devise du panthéisme vêdântia : Ekam eva adiitîyam (un seul être, sans secood) ^ La même situation se rencontre dans certains pamâjes du Sud, par exemple à Madras, où le Brahma Samâj de l'Inde méridionale, tout en faisant du brahmmsme une simple forme de la religion universelle, le présente comme le développement logique de l'hindouisme et choisit exclusivement ses testes sacrés dans les écritures hindoues *.
En résumé, ces cent soixante-treize associations forment autant de centres pour la régénération spirituelle de l'Inde, et si elles peuvent différer dans des questions de formes, de méthodes et même de principes, elles n'en ■ représentent pas moins, dans leur ensemble, les forces du rationalisme religieux chez les hindous.
Cependant le brahmaïsme ne figure pas le seul courant réformateur qui agite les populations de l'Hindonstan : « Des ramifications de cette secle ou des sectes analogues qui se meuvent dans une direction parallèle, écrivait naguère un ancien gouverneur du Bengale, sir Richard Temple, se sont répandues à travers les trois présidences du Bengale, de Madras et de Bombay ^. »
En dehors des groupes qui se placent sur le terrain du rationalisme, il s'est formé dans plusieurs localités,
> MoNiKR Williams, Sindoiiism, page 150.
* Brahmo Year-Book de 1882, page 56.
* V. Political Bffect of Seligious Thought in India, dans la Fortnightly SevUw de janvier 1883,
jM,Googlc
370 LÀVEMIR RELIGIEUX DE L[NDE
particulièrement au Panjâb, des Arya Samâjes, qui ont repris la thèse de l'infaillibilité védique au point où elle avait été abandonnée, il y a plus de trente-cinq ans, par Debendra Nâth Tâgore et l'Adi Samâj. Ces associatioDS, qui entendent se maintenir sur le terrain de la Révélation, en repoussant le polythéisme, sont dues à l'initiative d'un brahmane du Guzerat, Bayânanda Sarasvati Sivâmî, qui, depuis plusieurs années, parcourt l'Inde du nord au sud, en prêchant un culte purement spirituel, fondé sur l'existence d'un Dieu unique, sur le maintien de la métempsycose et sur l'infaillibilité des quatre Vêdas '. M. H. G. Keene, dans un article de la Calcutta Review, rapportait en avril 1879 que V^rya Samd; s'étendait graduellement dans llnde et s'était aÛilié à une société théosophique importée des Ëtats-Unis.
Il existe à New- York une association qui, sous le nom de Theosophical Society, se dit en possession de connaissances occultes, conservées depuis les temps antiques, dans certains collèges du Thibet. Les « frères », comme on appelle les initiés, se donnent poiir objet : 1° l'établissement d'une fraternité universelle; â° l'étude des langues, des sciences et des anciennes religions; 3" l'investigation des mystères Clichés de la nature, ainsi que des forces psychiques latentes dans l'homme. Les deux premiers de ces objets relèvent de la théosophie ésotérique, le troisième constitue la théosophie exotérique. Au point de
< MoMBK WII.I.T1US, Hindouism, p. 150 ; Oarcin dk Tabst, RevtM tie la littéralure Mndousianie, 1BT6, page 92, et 1877, page 91. — L'Arys Sam^ deLabore comptait, en ISTB, sept cent dû membres, (TheitHc Annual delB78,page75.)
jM,Googlc
PROPAGANDE DE U. SOGIËTË TBtiOSOPHIQUE 371
viw religieux, ils rejettent la croyance à un dieu personnel, proclament que tous les hommes doivent se reconnaître comme l'effet temporaire d'une cause incréée, universelle, infinie, repoussent le surnaturel et prétendent se maintenir sur le terrain de la science pure. Mais, en même 'temps, ils soutiennent qu'à côté des faits établis par les procédés ordinaires de l'observation et de l'induction, il y a des phénomènes et des lois occultes dont la connaissance peut seulement être ohtenue pair un certain usage de la volonté, par la contemplation, l'abstraction, le jeûne et l'extase.'
Cette doctrine semble plus hindoue qu'américaine . Aussi n'estrîl pas étonnant qu'elle ait obtenu quelque faveur parmi les adeptes du vêdâutisme, lorsqu'on 1879 la Société théosophique des Ëtats-Unis envoya dans l'Inde quatre de ses membres, parmi lesquels le colonel H. Olcott et la comtesse Blavatsky *. Ces « missionnaires » s'étaient assigné pour but « de prêcher la majesté et la gloire de toutes les anciennes religions, ainsi que de prémunir l'Hindou, le Cingalais, le Parsi contre la subslitution d'une foi nouvelle aux enseignements des Vêdâs, du Tri-pitaka et du Zend Avestâ ». Leur action ne s'est pas bornée à l'Inde proprement dite, et des observateurs impartiaux rap-
" SinU on EoMierlc Theosophy. Calcutta, 1882. — The Theosophical SoctefyawditjFounderi. Bombay, 1882. —V. ausfliW. G. Fcnk, Théo-' iophy, Baoteric and Esoteric, dans la Calcutta Eetieto d'arril 1S83.
* Une notice sur un ouvrage de cette dame, Isls dévoilée, qui a dû paraître^ New- York en 1877,nous apprend que l'auteur, > né en Asie, a passé BOD enfance chez les Ealmouks, les Tartares,1ea Persans et autres peuples orientaux ; son Age mbr parmi les Hindous, les Cingalaia, les Thibétaina, lea Ëgyptians, ce qui tu! a donné l'occasion d'étudier les langues, ies littératures, les traditions, las mytbologies des peuples oi'ieutaui ". — V. la Revue politique et littéraire du 24 novembre 1877,
jM,Googlc