L INCONNAISSABLE DANS LE BRAHHAISHE
gnait que l'uaivers était sorti, par une évolution graduelle, d'une substance îocohérente, indéterminée et homogène, la Prmkriti, se différenciant et se développant par ses propres forces. Ce système semble avoir été d'abord athée et matérialiste, plus analogue à la doctrine *!• Hîeckel qu'à celle de Spencer. Mais l'impossibilité d'expliquer la transformation de la matière en esprit conduisit les continuateurs de ces spéculations hardies à admettre l'existence d'énergies spirituelles, qui ne peuvent se ramener aux manifestations matérielles de la Prakriti, et qui doivent se combiner avec celle-ci pour engendrer l'univers '. D'un autre côté, la difficulté d'expliquer l'existence du relatif et du fini sans lui donner un substratum d'absolu les ramena, comme elle a ramené les évolutionnistes de notre époque, à admettre l'existence positive de rinconnaissabte, le pouvoir mystérieux dont émanent à la fois l'esprit et la matière. Il y a, dans les Oupaaishads, un passage qui décrit Dieu comme « inconnu de ceux qui prétendent le connaître et connu seulement de ceux qui n'ont point cette prétention * ». Phrase profonde, que ne désavouerait pas Herbert Spencer lui-même.
S'ensuit-il qu'avec la possibilité de définir l'Être absolu disparaissent la religion et le culte ? Les brahmaïstes ont résolu ce problème, qui préoccupe tant
1 Le Sânkhya Tatwa Kaumaudi, de Vachaspati Misra, débute bd ces termes ; ■ La Prakriti est une, iQcréée et dans do état d équilibre. Ella est la sonrce et la mère de tont. Les Ames (pouroushas) sont multi|)las, incrâées et asBOcléee k la matière ; après un certain temps, elles quittent celle-ci et s'en vont. >
* C'est poui bien marquer ce caractère indÉlerminé de l'Être absolu que les brahmanes avaient donné à son nom le genre neutre.
jM,Googlc
388 LÀVEHIR REUGIEDX BE LINDE
d'esprits dans la société chrétienne, et ils lui ont donné la solution qui tend à prévaloir dans le ppotes- ' tantisme libéral le plus avancé : « Dans notre culture religieuse, disait le Brakmo Public Opinion du S janvier 1879, nous devons appuyer sur le côté spirituel plus que sur le côté théologique ; en d'autres termes, distinguer entre conntùtre Dieu et l'aimer. Toutes nos tentatives pour connaître Dieu, pour deviner et expliquer ses fins, pour sonder les profondeurs de sa sagesse et de sa bonté, sont vaines et stériles. Mais nous pouvons toujours l'approcher par le côté de l'amour. L'amour est la vie, cette sentence est rigoureusement vraie pour notre vie spirituelle. Elle est, en outre, la clef du ptu'adis. »
Sans doute, on ne peut conclure avec certitude que le brahmaïsme, sous l'une ou l'autre de ses formes, soit destiné à devenir la religion future de l'Inde ou même -^ comme l'écrivair récemment un des hommes qui connaît le mieux ce pays. Sir Richard Temple — la religion prochaine de tous les hindous éclairés *. Mais ce qu'on peut afQrmer, me semble-t-il, c'est : d'abord que la réforme de l'hindouisme viendra, non du dehors, mais du dedans ; c'est ensuite que, de tous les mouvements religieux observables dans l'Inde, le brahmaïsme est celui qui paraît répondre le mieux k la direction actuelle de la pensée hindoue.
Après avoirétudié l'action que les idées européennes ont pu exercer sur les croyances de l'Inde, il serait
1 FortniçhtlyRmiew, de Janvier 1883.
jM,Googlc