EMPRUNTS DE L EUROPE A L IKDE
iiiléressant de rechercher, tant pour le présent que pour l'avenir, si le génie del'Inde, à son tour, n'est pas appelé à rét^r sur les idées philosophiques et religieuses du monde occidental.
Je ne mentionne ici que pour mémoire les conversions individuelles d'Européens aiax cultes de l'Inde. Plus fréquentes qu'on ne les supposerait à priori, elles n'en resteront pas moins à l'état d'exceptions '. Je ne m'arrêterai pas non plus aux modifications que le contact immédiat et prolongé des idées indigènes ne peut manquer de produire dans les convictions religieuses des esprits éclairés et indépendants. Mais, quand on ahorde le problème à un point de vue plus général , on doit reconnaître que déjà aujourd'hui l'action des deux sociétés en présence a été réciproque, et si l'on retrouve dans le brahmïusme l'équivalent hindou des vues religieuses en faveur parmi les esprits lesplus avancés des Églises chrétiennes, il serait injuste de méconnaître l'influence qu'a exercée sur ces esprits
' OarcÎD de Taasy, qui tenait un relevé de ces - pervârsionH », commâ il les appelait, en signale sept au conrs de 1874 et neuf an coars <ta 1675, entre autres nn capitaine de l'armée anglaise, qui ae fit musulman A Bangaloi'e. 11 cite également un jeune Anglais qui s'était fait goguf et s'était mis sous la direction spirituelle du desservant attaché au temple hindou du mont Jago- {Revue de la littérature hindou s lanie, années 1S74, 1875, 1876.) — Moins retentissantes, mais pins Bérieuses et plus nombreuses sont les couTersions aux idées philosophiques de l'Inde. Je citerai personnellement ta cas de deui fonctionnaires anglais dont j'ai reçul'hospitalitô lors de mes courses dans l'intérieur. Également versés dans les langues du pays, ils s'étaient fait remarquer par des recherches profondes et des travani de valeur, l'un snrles bouddhistes de rHimalaya.l'antresurla légende de Krishna. A l'époque oiije les rencontrai, le premier, protestant d'origine, était devenu un disciple de Schopenhaner, sinon de Bouddha ; le second, qui s'était d'abord canvertî an catholicisme, avait absolument adopté la philosophie védAntine du Bhavagad Oltft, qu'il croyait sincèrement pouvoir concilier avec la théologie romaine.
jM,Googlc
390 L AVENIR REUGIEUX DE LIMDE
eux-mêmes lavulgarisationdessystèmesphilosophiques et religieux diis au génie des peuples orientaux.
Nos pères ne connaissaient, dans toute la littérature religieuse de l'Orient, que les écritures rigoureusement monothéistes des sémites, — la Bible et le Coran. Tout à coup, là où ils ne soupçonnaient que superstitions incohérentes ou ruines indéchiffrables, la science s'est mise à dégager les conceptions approfondies, méthodiques et p6Lrfois sublimes des divers systèmes consignés dans les livres sacrés des brahmanes, des bouddhistes et des guèbres, ainsi que parmi les sLèles ■ de l'Egypte et de la Babylonie. Ceux d'entre nous qui, sans préparelion aucune, se sjnt trouvés un beau jour devant les trésors du Zend-Avestâ, des Pitakas et surtout des Vêdeis, sont seuls en état de comprendre, par leur propre impression d'étonnement et d'admiration, l'importance des modifications peut-être inconscientes que lestravauxdesorientalistesont provoquées dans la constitution intellectuelle et religieuse de notre société. Si nous avons peut-ôtre réveillé chez les réformateurs de l'hindouisme le di^mede la transcendance divine, l'Inde, à son tour, n'a-t-elle contribué à répandre chez les monothéistes de l'Occident la notion de l'immanence, qui replace Dieu dans la nature ou plutôt la nature en Dieu ? Où se professe encore de nos jours le déisme froid et abstrait du dernier siècle, qui, après avoir supprimé le miracle, ne savait plus que faire de sa divinité, inerte et superîlue, sans rapports avec la nature, sans liens avec l'himianité? Et si, dans la plupart des écoles modernes, ce déisme est remplacé par des conceptions plus synthé-
jM,Googlc
p. G. HOZOUMDAR ET J. TVCIDALL 391
tiques et plus vivantes, qui rouvrent les sources de l'émotion religieuse, en même temps qu'elles fticilitent la réconciliation, non de la science avec la religion, mais de la religion avec la science, n'en sommes-nous pas en partie redevables à cette littérature philosophique de l'Orient que pénètre un si vif sentiment d'une communion intime entre les trois grands facteurs de l'idée religieuse, Dieu, la nature et l'humanité?
Au moment de quilter l'Europe, Protâb Chunder Mozoumdar eut un long entretien avec le professeur John Tyndall, qui venait de scandaliser l'Angleterre orthodoxe, au congrès scientifique de Belfast, par sa franche profession de scepticisme religieux : « Travaillant dans la froide lumière de la raison, lui dit rémiuent naturaliste, nous manquons ici de la chaleur et de l'énei^ie que donne la vie religieuse. Cette vie se trouve presque éteinte en Angleterre, et c'est pour l'avoir dit hautement que je suis devenu impopulaire. Ceux qui la conservent peuvent seuls nous la rendre. Aussi est-ce avec un véritable espoir que nous nous tournons vers vous. Une fois déjà la lumière nous est venue de l'Orient. Puisse-t-elle nous en venir encore M »
Je ne sais s'il faut accepter comme une prophétie ce compliment du savant anglais au réformateur brahmmste; mais il n'y aurait dans sa réalisation rien de nature à surprendre ceux qui ont étudié, sans
1 p. C. MozouHDAB, Miasionary opérations in Ëngland, dans le TheUtie Atmwal de 1S75.
jM,Googlc