‹ L'évolution religieuse contemporaine chez les anglais, les americains et lesChapitre 12 sur 135 · LA CRISE DU SPIRITUALISME · texte numérisé non relu

LA CRISE DU SPIRITUALISME

pt^ril les fondemeots du théisme même. On ne peut fermer les yeux à l'évidence de cette crise, où s'agitent des questions bien autrement graves, pour l'avenir religieux et moral de nos sociétés, que l'authenticité des prophéties et des miracles, l'inspiration directe ou indirecte des Écritures, la possibilité de l'Incarnation et la nécessité de la Rédemption. Ce qui est désormais enjeu, c'est la personnalité, la s^esse, la bonté et la puissance de Dieu, la réalité d'une cause première et d'une cause finale, l'immortalité et l'existence même de l'âme, le libre arbitre et la notion du Devoir.

Voilà longtemps sans doute que ces croyances ont déjoué toutes les attaques : le matérialisme de Hobbes, le sensualisme de Condillac, le scepticisme de Hume et l'athéisme de Feuerbach y ont, tour à tour, émoussé leurs armes; mais, cette fois, il s'agit d'un combattant bien autrement redoutable, en ce qu'il se présente sous une armure exclusivement scientifique. Je veux parler de la philosophie de l'évolution .

Ainsi que M. Taiue le fait observer à propos de Carlyle, dans ses belles études sur la littérature anglaise, nous vivons dans un courant intellectuel qui, né en Allemi^ne, imprègne aujourd'hui la philosophie, les lettres et les sciences de toute la civilisation occidentale. C'est la tendance à introduii^e partout l'idée du développement, de l'entwîckelung, ou, suivant la définition de l'éminênt critique' fmn^s, « do « la dépendance mutuelle qui joint les tei'mes d'une a série et les rattache toutes à quelqiie ' propriété « abstraite située dans son intérieur' ».

' H. Tj>.iiiK, Histoire de la liliérature anglaise, L IV, p. 2^3.

jM,Googlc

LIDÉE DE LËVOLUTION DANS LES SOEKCES 37

Exclusivement philosophique au début, chez Leibnitz, Kaot, Fichte, Hegel, cette doctrine a reçu de la méthode expi^rimentale la plus éclatante confirmation qu'ait jaùiais obtenue un système sorti de la spéculation pure. Toutes les découvertes scientifiques opérées depuis cinquante ans — et elles sont suffisamment merveilleuses pour justifier l'enthousiasme, sinon l'engouement de notre âge à l'égard de ce qui se présente sous le couvert des sciences positives — n'ont cessé de convei^er vers une synthèse qui explique par des causes immanentes et ramène à quelques lois de plus en plus générales tous les phénomènes constatés dans l'univers.

Depuis longtemps déjà l'astronomie, par sa théorie des nébuleuses, enseignait que les corps célestes ont dû se former aux dépens d'une matière cosmique primitive, par le simple effet d'une impulsion initiale, sans intervention ultérieure d'aucun agent extérieur. A la loi de la gravitation, qui suffisait pour expliquer ainsi le développement de notre système solaire, les sciences physiques ont ajouté l'hypothèse, non moins féconde, de la persistance de la force, ou plutôt de la conservation de l'énergie. La chimie a établi l'identité des éléments inorganiques qui entrent dans la composition, non seulement de tous les corps terrestres, mais encore de tous les corps observables à travers l'espace, en même tenips qu'elle a laissé pressentir la possibilité de réduire ces éléments eux-mêmes à un seul. La morphologie a fciit apparaître l'unité de structure entre tous les êtres vivants, depuis la cellule à l'état libre jusqu'aux organismes les plus compli-

jM,Googlc

Page 1