‹ L'évolution religieuse contemporaine chez les anglais, les americains et lesChapitre 13 sur 135 · LA CRISE DU SPIRITUALISME · texte numérisé non relu

LA CRISE DU SPIRITUALISME

quétf de l'échelle, — le progrès se mesurant, en qudque sorte, par la diversité et par la complication des fonctions. La biologie a rapproché les opérations physiologiques qui s'accomplissent chez tous les êtres doués d'un cerveau, soit pour traduire la pensée en actes, soit pour la provoquer sous le choc d'une excitation venue du dehors.

L'histoire naturelle, après avoir abaissé les barrières artificiellement élevées entre les espèces, a révélé, tout au moins chez les animaux supérieurs, le germe ou l'ébauche de facultés qu'on avait crues jusque-là le monopole de l'espèce humaine; alors que, d'autre part, l'anthropologie retraçait les origines de la civilisation jusqu'à un état de barbarie voisin de l'animalité. De même que l'embryologie a fait voir le passage graduel de l'embryon humain par toute la hiérarchie des foirmes organiques inférieures, la paléontologie a retrouvé une gradation cmalogue dans la succession géologique des flores et des faunes aux diflîérents ê^es de la terre. Enfin, la géologie, en attribuant à notre globe un passé qui se chiffre par d'incalculables myriades de âècles, est venue fournir aux partisans de la continuité dans le développement du monde, l'étoffe nécessaire à tailler des systèmes qui ne fissent pas trop contraster l'étonnante multiplicité des effets avec l'unité de la cause et du procédé.

C'est Darwin qui, le premier, tira de ces découvertes une confirmation scientifique de l'hypothèse, déjà formulée par Lamarck et par Goethe, sur l'unité d'origine parmi les êtres vivants. Dès 1858, il exposait à la Société Linnéenne de Londres, simultanément avec

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M. Wallace, la théririe de la sélection Datiirelle qui attribue les variations des espèces àl'actionde cesdeux lois générales : l'universalité de la lutte pour la vie qui assure la survivance des individus les plus aptes (c'est-à-dire les mieux adaptés aux conditions de leur milieu), et l'hérédité, c'est-à-dire la faculté qu'ont les êtres vivants de transmettre leurs modifications individuelles par la voie de la génération. L'année sidvante paraissait son ouvrage sur l'Origine des Espèces, où il faisait rentrer l'humanité elle-même dans les cadres de son système, contrairement à l'opinion de M. Wallace, qui ne croyait pas à la possibilité d'expliquer, peu* la sélection naturelle, l'existence de certaines facultés propres à l'entendement humain, telles que le pouvoir de généraliser et d'absfraire.

Les honneurs ^nèbres rendus à Darwin par le clergé anglican , dans l'abbaye de Westminster, prouvent la tolérance de VÊgUse large, mais non l'orthodoxie de l'illustre dôfunt. En effet, aussi longtemps que l'histoire de la terre ne condamnait pas l'hypothèse des créations brusques et distinctes, les défenseurs de la tradition biblique pouvaient, tant bien que mal, concilier, à la sueur de leur front, le récit de la Genèse avec les révélations delà paléontologie. Mais la théorie qui fait sortir toute la nature vivante, y compris l'homme, d'un ou de plusieurs organismes rudimentaires, par une sorte de développement continu et sous l'impulsion de causes immanentes, est absolument inconciliable avec l'hypothèse d'une création en plusieurs acfes ou même d'une intervention miraculeuse dans les progrès de la vie

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sur le globe. Darwin lai-même ne se faisait aiicuae illusion à cet égard '.

Toutefois, en montrant par quel encfaainement de phénomènes naturels la matière organique avait successivement revêtu des formes plus variées et plus riches, Darwin ne touchait pas aux origines de la vie elle-même, encore moins aux origines du monde. L'alternative qu'il posait n'était pas entre la création et l'évolution, mais entre la création organique par voie d'évolution et cette même création due aux interventions successives d'un pouvoir extérieur. Aussi n'hésitait-il pas à déclarer que sa doctrine, loin de proscrire l'existence d'une cause première, en fournissait une conce|>tion plus rationnelle et plus élevée, par cela même qu'à un Dieu capricieux, arbitraire ou impuissant, forcé de s'y reprendre à plusieurs fois pour parfaire son œuvre, elle permettait de substituer un Être suprême ayant dès l'abord attribué à sa création les forces et les lois nécessaires pour en assurer la marche régulière et progrrasive*. De inême, la doctrine nouvelle se bornait à déplacer la cause finale et à la présenter sous des dehors bien autrement grandioses que dans les vieilles combinaisons téléologiques de Paley et de ses imitateurs. Sans doute, il n'y avait plus à chercher la finalité dans les détails de la nature, mais rien n'empêchait de la placer dans le but général vers lequel le monde tendait par ses

> Voir sa lettre A nu étudiant allamand reproduite dans VAcademy du 4 novembre 18SZ : > En ce qui me concerne, dit-il formellemeDt, je ne crois pas qu'il y ait eu de Râvéiation ■. (Aafarat lam coticerned, I ilo not believe that any Révélation has been maie.]

* Origin ofspeciea, 6» éd., p. 269.

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propres forces, ou dans la loi même qui présidait à cette évolution. Enfin, Darwin s'abstenait de rechercher quelles étaient les relations de l'esprit et de la matière, se bomintà constater qu'à certaines modifications physiques correspondaient certaines modifications des facultés mentales.

De son côté, la psycliologic sensualiste, renouvelée par la méthode positiviste, était arrivée à des conclusions analogues dans les travaux de Stuart Mill : « Le mode positif de penser, disait l'auteur d'Àugusle Comte et le Positivisme, n'est pas nécessairement une négation du surnaturel; il se contente de le rejeter à l'origine de toutes choses. La philosophie positive maintient que, dans les limites de l'ordre existant de l'univers, ou plutôt de la partie qui nous en est connue, la cause directement déterminante de chaque phénomène est naturelle, et non surnaturelle. Cette donnée permet de croire que l'univers a été créé et même qu'il est continuellement gouverné par une intelligence, pourvu que nous admettions que ce gouvernement intelligent adhère à des lois fixes *. a

Le système philosophique d'HerbertSpencer marque le point de convergence entre le courant scientifique que je viens d'analyser et la psychologie positiviste de Stuart Mill. Au premier, il a emprunté les matériaux avec lesquels il construit sa synthèse de l'univers; à l'autre, ses catégories du connaissahle, qui embrasse

■ August Comte and Posilivitm. Londres, 1865. ^ Dans ses troii EssaU posthumes tur la religion, Stuart Mill est plus afflrmatif encore : •> La balance, dit-il (page 174), penche targament pour la probabilité d'une création intelligente '•.(7Ae>-â isa large balance in favour of theprobabiUt]/ of création by intelligence.)

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tous les phénomènes ainsi que leurs relatioDS, et de l'inconnaissable, quis'applique au nouméne, à l'absolu, à l'être en soi, à la nature intime de la force, de la matière, du mouvement, du temps, de l'eâpace, de la conscience elle-même. Mais il va plus loin, en ce que, d'une part, il étend à l'ensemble des phénomènes l'hypothèse transformiste employée par Darwin pour expliquer le développement de la nature organique, et que, d'autre part, il supprime la nécessité de la cause première, en supprimant toule limite de temps à l'action des forces enjeu dans l'univers. L'importance prise par cette doctrine vaut la peine qu'on s'y arrête.

Spencer montre, à la suite de Kant, de Mill et de Hamilton, que l'esprit humain est impuissant à franchir les bornes de l'espace et du temps, par conséquent à rien conntùtre de la substance ni de la cause première. On doit sans doute admettre qu'il y a une corrélation entre les objets de la pensée et la représentation que nous nous faisons de ces objets. Mais cette concordance ne peut jamais nous donner que des symboles de la réalité, c'est-à-dire des images, représentant d'une façon imparfaite les choses qu'elles sont censées représenter. C'est donc sans sortir du phénoménal ni du relatif qu'il faut chercher une explication scientifique de tout ce qui est observable dans l'univers ^

Cependant, un premier principe est indispensable pour y accrocher toute la chfdne du raisonnement.

' Les Premiers Principes d'HBSBXRT Spinobs ont para en 1868. On pent dire que tontes ses étadsi antérieiires loat des préllmtoairea de ce Tolnme, de mâme qoe ses roorrea altérienres ea Bout le dâveloppament

eyetâmatique.

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