‹ L'évolution religieuse contemporaine chez les anglais, les americains et lesChapitre 17 sur 135 · LA CRISE DU SPIRITCILISME · texte numérisé non relu

LA CRISE DU SPIRITCILISME

faces d'une même réalité mystérieuse {monisme propremeDt dit).

Le chump des hypothèses légitimes s'élargit encore lorsqu'il s'agit de trouver la cause de l'évolution. Ici, nous trouvons en présence :

1" Les systèmes où prédomine une ■ interprétation mécanique, — c'est-à-dire la théorie que tous les changements sont fatalement déferm'nés par leurs antéeédeuls {déterminisme). — Cette conception s'allie généralement à des vues matérialistes sur l'origine de l'homme et sur la nature de l'univers. On la retrouve toutefois combinée avec des doctrines qui expliquent le développement de la vie et de la conscience, soit en accorilant aux monades primordiales certaines facultés psychiques élémentaires, soit en ramenant l'esprit et la matière à une substance spirituelle {mind siuff) qni serait l'étoffe première du monde. La difficulté de rattacher à la matière l'origine de la vie consciente a fait également concevoir la substance primordiale sous une forme quasi-matérielle, mais inaccessible à nos sens, qui produirait les molécules des corps par une espèce' de condensation.

2" Les systèmes où prédomine la conception téléologiqiie, c'esl-à-dire où l'on suppose l'évolution dirigée par une tendance vers un but rationnel, tendance qui s'appelle, suivant les écoles, principe vital, principe plastique, force cosmique. Nature personnifiée. — Quelques-unes de ces écoles admettent, à la S'iite d'Aristote, que l'esprit est le formateur de l'oi^anisme. D'autres mettent dans l'univers une véritable âme dont la nature visible serait le corps, un principe

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spirituel qui dirigerait l'éToIution du monde matériel. Quand ce principe est regardé non seulement comme la cause créatrice, mais encore comme la source première de la vie et de la conscience, nous avons une forme de panthéisme qui fait du monde une incarnation divine ; « Le plein développement de ce système, ajoute M. James Sully, se présente dans certaines doctrines d'idéalisme objectif qui ramènent toute existence matérielle à un mode d'existence mentale : volonté et intelligence. Ces théories simplifient clairement la doctriae évolutionniste, en identifiant la réalité substantielle, qui se manifeste dans tous les détails du développement, avec la loi même qui préside à toutes les parties de ce développement. Pour ces systèmes, l'explication mécanique est englobée dans l'explication téléologique : le dessein [purpose) est la loi suprême des choses, et c'est un même dessein que révèlent toutes les phases de l'évolution universelle dans la triple sphère de la nature inorganique, des êtres oi^anisés et de l'histoire humaine.

3° Les systèmes qui combinent les deux catégories précédentes et qui sont généralement basés sur une ontologie moniste. Ils se présentent, soit comme conception unitaire {universalistic), lorsqu'ils voient dans l'évolution la double manifestation de l'activité d'une substance unique (raison divine ou principe de nécessité), soit comme concep:ion individualiste, quand ils attribuent cette double manifestation à l'activité croissante d'un nombre indéterminé d'éléments doués de mouvement et de sensibilité.

Bien que la théorie de l'évolution permette d'espli-

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quer, par l'action des sens, la formation, dans l'esprit humain, des idées abstraites, telles que le temps et l'espace, elle ne condamne pas la doctrine qui attribue à ces notions une origine transcendante : « On peut maintenir, en effet, remarque M. James Sully, qu'elles ne sont même pas suggérées par l'espérience; dans ce cas, il résulterait de la théorie de l'évolution que leur persistance actuelle représente une disposition permanente de l'esprit à penser d'une certaine manière. Mais, même alors, la question reste ouverte, si cette disposition permanente est une illusion ou une tendance correspondant à la réalité, et, sur ce point, la doctrine de l'évolution ne semble nous offrir aucune assistance ^ »

Mentionnons, en passant, que M. J. Sully reconnut la légitimité du reproche si souvent adressé à la philosophie évolutionniste de prêcher une morale dépourvue de sanction : « Entre autres résultats, on peut dire que cette doctrine donne une forme nouvelle à la thi^orie déterministe de la volonté et établit la relativité de toutes les idées morales, mises en rapport avec les différents états du développement social. Elle ne peut, comme M. Sidgwick l'a montré, fournir un critérium (a standard), ou fin de conduite, sauf à ceux qui sont déjà disposés à accepter la loi sequi naturam comme suprême règle de vie. »

On croit généralement que la doctrine de l'évolution a porté un coup fatal h la croyance dans l'existence d'un Créateur et à la foi dans l'immortalité de

' Encvclopedta britannica, 9» éd., t. VUI, p. 773.

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l'âme. M. Sully déclare en ces fermes qu'il n'eu est rien : « M. Spencor considère l'idée d'évolution et la conception d'un Esprit préexistant comme incapables d'être unies dans la pensée. Mais, selon d'autres, celte idée n'est nullement incompatible avec la notion d'un Créateur originaire, bien qu'elle contribue à placer l'action de cet Être plus loin encore de notre portée. » — o Âpremière vue, puisque la doctrine de l'évolution, appliquée au monde subjectif, écarte la grande distinction entre l'esprit de l'homme et de l'animal, il semblerait qu'elle dût détruire l'espoir d'uoe vie future pour l'âme humaine. Cependant, il peut se trouver, après tout, qu'elle laisse en grande partie la question au point où elle se trouvait. On peut dire qu'elle favorise la vieille tendance à investir de l'immortalilé ces formes inférieures d'intelligence dont on prétend faire dériver l'esprit humain. Toutefois, il n'y a a rien d'inconséquent à supposer qu'un certain état de développement rende un esprit apte à l'immortalité {qualifies a mind for immortality), alors même que cet état aurait été atteint par un développement graduel d'une extrême lenteur. Et si, comme il est possible de le montrer, la doctrine moderne de l'évolution peut se formuler dans les termes de l'hypothèse de Leibnitz, qui suppose des âmes de tout degré, il est clair que cette doctrine n'est pas en contradiction avec l'idée d'immortalité. »

En résumé, d'après M. James Sully, la théorie de l'évolution peut donc s'accommoder de presque toutes les hypothèses philosophiques sur l'origine et la nature substantielle de l'univers, à l'exception des

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