‹ L'évolution religieuse contemporaine chez les anglais, les americains et lesChapitre 36 sur 135 · LES UNITAIRES ET LA LIBERTË RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

LES UNITAIRES ET LA LIBERTË RELIGIEUSE

dans l'autre; enfin l'Unitarian Herald, qui personnifie davantage les vues du juste milieu.

Les congrégations unitaires ne sont reliées entre elles par aucune autorité administrative ou doctrinale. Mais il s'est formé, parmi leurs membres, un grand nombre d'associations parliculières ayant un but de propagande, de philanthropie ou d'éducation. La principale de ces sociétés est la British and Foreign Unitarian Association, qui, constituée, en 1825, par la fusion de plusieurs sociétés préexistantes, concentre aujourd'hui toutes les forces vives de l'unitarisme.Son programme comporte les objets suivants : « La propagation des principes du christianisme unitaire dans le pays et à l'étranger; — l'entretien de son culte; — la diffusion des connaissances bibliques, théotogiques et littéraires en rapport avec ses doctrines; — la protection des droits civils et des intérêts de ses adhérents. » Les sommes que l'Association a consacrées à ces divers objets s'élevaient, pour l'exercice 1881, à 4,576 liv. 2 sb. % p.. soit 114,212 fr. 70 c. Comme elle constitue l'oi^ane permanent le plus autorisé de l'unitarisme, on la voit fréquemment élever la voix, au nom du corps entier, non seulement quand les affaires de la communauté sont en jeu, mais encore dans toutes les questions d'ordre public qui lui paraissent concerner, à un titre quelconque, les intérêts généraux du protestantisme libéral, et il ne se passe guère de session où son comité ne lui soumette quelque projet de pétition au Parlement.

C'est seulement en 1844 qu'elle a réussi à faire reconnaître par l'État le droit des congrégations uni-

122 l'cmtarisne anglais*

taire's à la propriété de leurs chapelles. Mais, contrairement à ce qui se passe daus la plupart des ^lises — et malheureusement aussi en dehors des Églises ! — les unitaires ne se sont pas contentés de réclamer justice pour eux-mêmes. On a vu l'Âssoaation intervenir successivement de la manière la plus active dans les divers mouvements organisés pour l'émancipation des catholiques romains, pour l'admission des juifs au Parlement , pour l'institution d'un mariage civil , pour l'égalité religieuse dans les cimelières et pour la sécularisation radicale des écoles publiques '. Dès 1880, elle pétitionnait pour obtenir une modiûcation du serment qui ne fit plus dépendre d'opinions religieuses ou anti-pelrgieuses l'exercice du mandat parlementaire, et, dans sa session de 188â, revenant sur la question en termes plus précis, après l'incident Bradlangh, elle votait la résolution suivante : « Cette assemblée tient à insister sur le principe que la profession d'athéisme ne doit priver aucun individu de ses droits civils, y compris le droit de représenter ses concitoyens au Parlement, une fois dûment élu, et elle chai^ son Comité exécutif de ne laisser échapper aucune occasion d'adresser des pétitions dans ce but aux deux Chambres du Parlement, n Enfin, dans sa session de 1883, elle a adopté des résolutions demandant la suppression de toute poursuite pour cause de blasphème on de prétendu blasphème et réclamant, en outre, la mise en liberté des condamnés du Fre€' Thinher.

> T. un réanmd de l'histoire de la BritUh and Foreign Vnitarian Association, depuis sa fondation, dans «on oinquantiâme rapport anaaal, Loudrea 1875.

AVANTAGES RELICEEUX DE LDNITARISHE 123

En dehors de leurs couférences annuelles, les uniiaires tiennent, de temps à autre, des conventions générales où les dël^ués de leurs diverses congrégations siègent à câté des ministres et de nombreux fidèles. Le dernier de ces congrès, qui eut lieu en avril 1882, a été fort brillant et passe pour avoir ranimé le prosélytisme unitaire qui avait un peu décliné durant les dernières années. 700 délégués et près de 2,000 autres membres y avaient répondu à l'appel des organisateurs. Aussi le ton de la dernière session annuelle semble-t^I déceler une grande confiance dans l'avenir. On dirait que l'unitarisme est à la veille d'une nouvelle expansion; il essaye même, depuis l'année dernière, de pénétrer dans les masses en organisant des services populaires dont le succès a dépassé toute attente ^

On voit que la variété de croyances et même d'organisation n'exclut parmi les unitaires ni l'esprit de corps, ni le sentiment d'une véritable communion spirituelle. C'est ce qu'un ancien prêtre catholique, le Rév. Rodolphe Suffield, depuis plusieurs années ministre unitaire à Reading, dans le Berkshire, faisait ressortir en ces termes — dans un sermon prononcé au cours de 1881, sous le titre : Pourquoi je suis devenu un unitaire :

Je remarquai parmi les uoitairea une divereité d'opinion sur la personne et sur le rôle du Christ, sur la condition

1 Ij'IngiUrtt, qui forme an recaeil hebdomadaire de IS pages in-4*, ftyant abaiisé le prix de aon numéro de cinq & denz ptnee {de 50 à 30 c. eoTtron}, depuis le 1" janTier 18S3, a tu, en quelques mois, aa circulation preaqua triplée.

jM,Googlc

124 L'UMTAIilSHE ANGLAIS

naturelle oii surnaturelle du christianisme. Mais je les vis, pour la plupart, s' attachant loyalement h adorer Dieu avec pleine liberté de suivre leur raison, leur conscience et la loi sacrée du développement universel... Sans doute, je voyais beaucoup d'unitaires attribuer à la Bible et au Christ une position que j'estimai exagérée ou erronée. Mais, même avec ceux-là, je me trouvai dans un rapport essentiel d'union et de sympathie, en ce qu'ils ne cessaient de réclamer la suprématie pour la conscience et pour la raison dans les questions intellectuelles et morales. Ainsi, je n'étais plus forcé de suhir les inconvénients de l'isolement spirituel; je pouvais honnêtement trouver, parmi les adeptes de l'unitarisme, un foyer religieux, les avantages de la sympathie spirituelle et les consolations du culte reudu en commun. Et, pendant onze années, je n'ai jamais regretté mou choix. L'association religieuse est en elle-même un bienfait pour celui qui y participe ; mais ici elle permet, en outre, de rendre service aux autres, en attirant leur attention sur des communautés de fidèles auxquelles peut s'associer, sans hypocrisie et sans équivoque, le penseur le plus philosophique et le plus indépendant, — sur des églises où les enfants reçoivent des leçons morales et religieuses, toujours en harmonie avec les dernières vérités acquises, et où les diverses époques de la vie sont sanctifiées par des actes de dévotion dégagés de toute base mythologique, en même temps qu'émancipés de tout élément superstitieux.

jM,Googlc

Page 1