‹ L'évolution religieuse contemporaine chez les anglais, les americains et lesChapitre 45 sur 135 · H. CONWAÏ ET LUN[TAR[SHE IS · texte numérisé non relu

H. CONWAÏ ET LUN[TAR[SHE IS

sède une voix fort claire et surtout fort onctueuse. Aussi exerce-t-il ud asceodant qui s'étend au delà de sou entourage religieux. Il a contribué sans aucun doute à la formation, dans l'Église unitaire, du groupe que j'ai déjà signalé comme identifiant la noiion de Dieu avec l'idéal de l'humanité. On y remarque, en effet, la même tendance à répudier toute formule df^raatique pour faire exclusivement appel aux manifestations du sentiment et de l'imagination, la même prétention de donner au culte une portée pratique et la même confiance optimiste dans les destinées de l'humanité.

Il n'est pas jusqu'à la personne et au rôle du Christ que M. Gonway ne traite en quelque sorte par les méthodes de l'unitarisme. Parmi les noms illustres inscrits en lettres d'eu* sur les murs de sa chapelle, celui de Jésus occupe la place d'honneur au-dessus de la tribune, ayant, à ses côtés, les noms de Shakespeare et de Socrate, de Voltaire et de Moïse. Dans plusieurs de ses sermons, il appelle le fondateur du chrisfianisme un homme-type, a représentative man, et il ne néglige rien pour le faire apparaître sous les traits du réformateur religieux par excellence. Selon M. Gonway, tout ce que le Nouveau Testament renferme d'élevé, de large, de fortifiant pour la pensée et la conscience, en un mot, de conforme aux idées de South Place Chapel, est bien l'œuvre authentique de Jésus. D'autre part, tout ce qu'on y trouve d'étroit, d'irrationnel, de contraire aux tendances les plus avancées de notre époque, a dû être interpolé par les évangélistes qui n'ont pas su ou voulu comprendre le

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Maître '. Sous ce rapport, M. Conway se montre plus chrétieD que certains unitaires.

D'autre part, les unitaires, alors même qu'ils semblent le plus près de professer « la religion de l'humanité », ne se font pas scrupule de conserver le nom de Dieu à cet idéal que M. Conway traite en pouvoir impersonnel et anonyme, voire complètement subjectif. De là, chez quelques jeunes minisires de l'unitarisme avancé, — par exemple, M. Frank Walters, à Glasgow, — une combinaison d'éléments reh'gieux qui leur permet d'unir, dans leur prédication, loutcs les ressources de l'esprit moderne aux forces spirituelles accumulées dans la notion d'un Être suprême.

En résumé, la société religieuse de M. Moncure Conway est à l'Église théiste du Rév. Ch. Voysey ce que l'unitarisme est à l'anglicanisme libéral . M. Voysey a beau soutenir que son Église n'a pas de dogmes, mais seulement des croyances perfectibles ; son pro-

■ Ainsi, da-OB aoa Jaeob's Well, reproduisant l'entretien de Jâeus avec la Samaritaine, il Tait ressortir, en termes excellents, la eublime beautâ de ces paroles que Jean met dans la boncbe du Christ : • L'heure Tien t

■ que TOUS n'adorerez le Pare ni sur cette montagne, ni à Jérusalam . . .

■ Mais l'heure vient, et elle est maintenant, que les vrais adorateurs ado-, - reront Dieu en esprit et en vérité. - Or, ces daui sentences sont séparées par le verset affirmant que •• le salut vient des Juifs ■. M. Conway n'hésite pas à dire que ce verset a dû être intercalé par le narateur, et il Etjoute que •• cette intrusion de bigoterie et de superstition • prouve combien même l'évangéltste le plus large dans ses tendances était peu capable, après (rois ou quatre générations, de s'élever au niveau de Jésus. Bien plus, ai les trois premiers évaugélistea ont omis tout l'épisode, quoiqu'ils fussent pins rapprochés du temps de Jésus, c'est probablement parce qu'Us étaient encore trop juifs pour apprécier cett« renonciation au monopole religieux de Jérusalem. — Avec no pareil système, il est facile à M. Moncura Conway dejuatiSer sa conclusion, que la lutte est désormais entre le Christ et le christianisme [t\at the real issue is belween Christ and ehristfanism,).

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gramme n'en a pas moins pour conséquence d'exclure, d'une part ceux qui croient à la révélation, d'aulre part ceux qui refusent d'affirmer l'exislence d'un Dieu personnel, en un mot, les orthodoxes aussi bien que les panthéistes et les agnostiques. La chapelle de South Place, au contraire, est une Église ouverte, dans toute la force du terme. Non point que le ministre n'y ait ses croyances, voire ses dogmes, sur la nature de l'univers, sur la perfectibilité indéfinie de la société humaine, etc. Mais il ne prétend établir entre ses ouailles d'autre lien que la communion spirituelle fondée sur une identité de sentiments religieux, moraux, humanitaires, abstraction faite de toute divergence théorique. Sa congr.'gation possède, en outre, sur celle de Langham Hall, l'avantage d'un passé historique, d'un budget florissant et d'un local en harmonie avec sa destination religieuse. Et cependant, si je devais me prononcer sur son avenir, je n'oserais affirmer que son existence ne soit pas indissolublement liée à l'existence de son ministre actuel.

En effet, pendant que la congrégation du Hév. Ch. Voysey se constituait en » Église théiste », par un mouvement en sens inverse, les « libres théistes » de SouthPlacedevenaientinsensiblement la congrégation de M. Moncure Conway. Or, on ne trouve pas tous les jours un Moncure Conway pour succéder à un William Fox, etc'est l'inconvénient des personnalités brillantes, quand elles ne se rattachentnià une doctrine arrêtée, ni  une organisation collective, qu'elles finissent par iabsorber les groupes dont elles prennent la direction. M. Conway semble, du reste, l'avoir senti lui-même,

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lorsque, dans une récente lettre à l'Index de Boston', visant, il est vrai, le positivisme et le théisme, il a monré comment le développement religieux de l'Angleterre est plutôt aux mains de l'unitarisme actuel,

1 Index àa i inia 1883.

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