‹ L'évolution religieuse contemporaine chez les anglais, les americains et lesChapitre 57 sur 135 · FILIATION DE LA LIBERTÉ RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

FILIATION DE LA LIBERTÉ RELIGIEUSE

budget et tranche sans appel toutes les questions pendantes. Bien plus, chez les puritains, comme aujourd'hui chez les « eongrégationalistes », leurs descendants directs, l'ensemble des fidèles constituait, non pas une Église, mais une collection d'Ëglises absolument indépendantes et autonomes. On conçoit combien cette oi^anisation, qui, malgré le développement parallèle des communions anglicanes et catholiques, peut encore être considérée aujourd'hui comme le type national par excellence de l'Église américaine, devait, dès le début, favoriser l'établissement de la démocratie et préparer les voies à la réfmblique. Mais elle devait également conduire, par une extension graduelle, à l'égalité juridique des autres Églises qui se réclamaient du même principe pour interpréter à leur guise les testes de la Bible, et, une fois cette brèche ouverte à la multiplicité des sectes protestantes, la tolérance civile de toutes les opinions en naatière religieuse n'était plus qu'une question de temps.

Sans doute, le vieux monde, sous ce rapport, a devancé le nouveau, puisqu'en 1838 nous trouvons encore un citoyen de Boston condamné à l'emprisonnement pour crime d'athéisme. Mais, tandis que chez nous la liberté des cultes s'est établie grâce aux adversaires de l'Église, aux États-Unis elle est le produit naturel d'une évolution qni a son point de départ dans les origines religieuses de la nation. Le pasteur Roger Williams, — lorsqu'il fondait, en 1636, la colonie de Providence (aujourd'hui l'État de Rhode- Island) sur le principe d'une liberté absolue au profit

jM,Goog[c

(92 l'umtabisme aux états-cwis

de tous les cultes '; William PeiiD, insérant, en 1681, dans la Charte de l'État qui porte son nom, la défense de mettre les frais d'un culte quelconque à la charge du trésor puhlic, « pour empêcher qu'aucune secte ne puisse s'élever au-dessus des autres > ; les constituants du premier Congrès, qui interdirent d'imposerun serment religieux aux fonctionnaires fédéraux ainsi que « d'édicter des lois relatives à l'établissement ou à la prohibition d'une religion »; enfin, les législateurs locaux qui firent passer ces principes dans les constitutions particulières de leurs États, n'étaient, en général, rien moins que des sceptiques ou des rationalistes ; c'étaient des croyants, convaincus de l'inraillibilité de la Bible et de l'excellence de leur culte. MM. Laboulaye, de Laveleye et les autres apologistes de la démocratie américaine ont donc raison de prétendre qu'aux États-Unis la liberté politique et la

1 La colonisation de Rhode-Island est bien le point de dâpart da U liberté raligieose aux Ëtata-Unia. On a eouveut répété que, dés 1S49, les catholiques, qui fondèrent avec lord Baltimore la colonie du Marylaud, y auraient établi la liberté de conscience. En effet, la charte de cette colonie porte que." pour mieux assurer le maintien de la charité et de l'amitié 1 réciproque parmi les habitants, personne, pourvu qu'il professe de

• croira en Jésus-Chriat, ne pourra être troublé, inquiété oa molesté dans

• sa fol ou dans l'exercice de sa religion ••. Mais dans un autre passage du même acte, ou déclai'e que • quiconque blasphémera le nom de Dieu, •■ niera ou attaquera la sainte Trinité ou une des trois personnes qui la " composent, sera puni demort ». (B»ncroft, Eistoire des États-Unis, ch. 1, § vii.) — Au contraire, la charte de Rbode-Island, rédigée en 1643, conformément aux vues libérales de Roger Williams et confirmée en 1663 par le gouvernement britannique, proclame la liberté de conscience la plus absolue. •• Cette colonie, écrivait, en 1694, la fanatique Cotton Mather (cité par Ëd. Laboulaye dans son Histoire des Etats- Unis (Paria, 1855, t. 1"', p. 196), est un ramas d'antinomie us, de familiates, d'antisabbatarieuB, de sociniens, de quakers, de convulslonn aires, en un mot, de tout, excepté de vrais chrétiens , Si un homme perdait sa croyance, il aérait sur da la retrouver dans quelque village de Rhode-Island. Bona terra, rnala gens. -

jM,Googlc

RELACHEMEM GRADUEL DES DOCTBIKES CALVINISTES 193

liberté religieuse sout toutes deux filles de la Réforme; seulement, il convient de ne pas méconnaître que la seconde est de beaucoup la cadette.

Mais il est une troisième liberté qui, bien que plus jeune encore, peut revendiquer la même filiation : c'est la liberté intellectuelle, le rejet des préjugés dogmatiques, le rationalisme, eu un mot. Ici encore, l'Europe a de longtemps devancé l'Amérique. Mais, ici égalemeut, il y a une distinction importante à faire : c'est que chez les peuples de notre continent placés à la tête de la culture moderne, la science s'est développée en raison inverse de la religion, alors quaux États-Unis le libre examen le plus complet apparaît comme le couronnement de l'évolnlion religieuse. De John Robinson à Théodore Parkor, la filiation n'est pas interrompue.

Les pi*emiers émigrants profess:iient, dans toute son intégrité, la doclrinc de Calvin sur le péché originel, sur la grâce et sur la prédestination. M'ùs ce sombre fatalisme où l'homuie, incaprible par lui-même de s'élever au bien, se trouve dés'gné d'/ivimcc, par l'arbitraire de son Créateur, au salut ou à la dauinalion, élait trop en désaccord avec t'jut sentiment de jusiice et d'hiimanilé pour ne pas provoquer bientôt une réaction conforme aux exigences delà liberté et de la respsnsabilité humaines. La troisième génération des émigrants n'avait ] as di'^paru que le dogme de la prédestination se trouvait aux prises avec son vieil ennemi, l'arminianisme, cette « dernière étape avant le déisme », comme l'a dit Wilberforce. Dus 1737,

jM,Googlc

194 l'cnitarishe aux états-unis

plusieurs ministres commençaient à enseigner dans la Nouvelle-Angleterre que, sans doute, la nature humaine avait été foncièrement corrompue par le péché originel, mais que, depuis l'Expiation sur la croix, l'homme était redevenu, dans une certaine mesure, l'arbitre de ses destinées. Sans doute, le salut dépendait toujours de la grâce divine, mais cette grâce était nécessairement accordée à ceux qui s'en rendaient dignes.

L'arminianisme une fois dans la place, le socinianisme n'était plus loin. Calvin, du reste, en insistant sur le côté humain de Jésus, avait en quelque sorte préparé les voies à la négation de sa divinité. Le président John Âdams disait, â la fm de sa carrière, que, dès 1750, nombre de pasteurs et de laïques étaient plus ou moins gagnés à l'unitarisme. Toutefois, les progrès de cette évolution ne se firent d'abord sentir que par le silence gardé autour des dogmes contestés. Peut-être les libéraux étaient-ils effrayés de leur propre audace, ou ne se rendaient-ils pas un compte exact de leurs croyances.

Môme à la fin du siècle, alors que d'autres sectes de création récente, les universalistes, lescftï-e'ïtens.avaient ouvertement répudié le dogme de la Trinité, les calvinistes avancés re^joussaient encore la qualification d'unitaires, soutenant même la nécessité de rester dans le vague sur tous les points de doctrine où la Bible ne s'exprimait pas en termes clairs et formels, tels que la prédestination, l'éternité des peines, la divinité du Christ. «. Les expressions de la Bible sont seules aptes à formuler les mystères bibliques, » telle

jM,Googlc

Page 1