‹ L'évolution religieuse contemporaine chez les anglais, les americains et lesChapitre 80 sur 135 · S70 LE COSHISHE ET U RELIGION DE L ÉVOLUTION · texte numérisé non relu

S70 LE COSHISHE ET U RELIGION DE L ÉVOLUTION

Que devient cependant le cbrislianisine dans cette religion scientifique? M. Savage fait observer que la religion elle-même se trouve soumise aux lois de levotution, comme toutes les manifestations de notre activité itttellectuelle et morale. Dès lors, le christianisme a beau être le dernier et le plus complet des systèmes religieui : puisqu'il est un produit de l'évolution, il sera dépassé par l'évolution. Mais celle-ci n'élimine que les formes surannées et lesexcroissances parasites; elle respecte ce qu'elle rencontre de permanent et d'universel. Si la cosmogonie, les dogmes, les rituels et les organisations ecclésiastiques du christianisme sont condamnés à disparaître, il en est autrement des préceptes par lesquels Jésus a identifié la religion avec la morale et l'Être suprême avec la vie universelle. Or, si ces vérités représentent l'essence du christianisme, quiconque les accepte a le droit de conserver le titre de chrétien, et sur ce point la philosophie de l'évolution n'a fait que reprendre la tradition du Christ, resté incompris même de ses premiers disciples.

Dans un sermon prononcé devant sa congrégalion, en 1880 ', M. Savage tient ce langage plus affirmatif encore :

Toutes les religions peuvent se ranger sous trois catégories : le culte des manifestations détachées de l'univers, le culte de l'idéal humain, enfin une troisième forme qu'on peut appeler scientifique ou cosmique. Cette dernière assigne pour objet à notre admiration, à notre révérence, à notre adoration, l'univers considéré comme un tout, l'unité, le mystère, le prodige, le pouvoir de ce grand Être de qui nous dépendons.

» V. son ouvrage, The Horals of Etolution,^. 187.

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TENDAHCES UÏSTIQVES DE L ESPRIT AMÉRICAIN 271

Je crois que la religion de l'avenir sera une combinaison de ces trois éléments; elle s'assimilera les tendances artistiques du paganisme, l'idéal moral du christianisme, ainsi que cette conception plus lai^ qui renferme les deux autres : le culte cosmique de l'univers.

Il convient d'ajouter que la théorie de l'évolution n'est pas seulement admise par des cosmiens et par des unitaires, qui en font désormais l'essence de leur religion, mais qu'elle a encore conquis de haute main des chaires plus ou moins orthodoxes, où tantôt ou s'eflForce de l'accommoder aux exigences de la révélation et tantôt on reconnaît loyalement son incompatibilité avec la foi au caractère infaillible des textes bibliques. Parmi les ministres qui n'ont pas hésité à l'accepter avec ce dernier corollaire, on peut citer en première ligne, parmi les épiscopaux, le Rév. Heber Newton, de New-York, et parmi les congrégation alistes, le Rév. H. Ward Beecher, dont je me suis déjà occupé. Celui-ci n'hésite pas à proclamer que " admettre la vérité de l'Évolution, c'est renoncer à la théologie régnante ' ».

Use manifeste ici un phénomène caractéristique de l'esprit américain, qui, lorsqu'il s'assimile une philosophie du vieux monde, la transforme aussitôt en rel'gion, comme on l'a déjà vu à propos de l'idéalisme allemand. Le génie religieux consiste précisément

' V. l'article de M. H. Ward Bekchbr daoa la North American Revietc d'août 1882. M. Beecher, qui assistait, avec plusieurs autres ministrea protestants, an banquet offert, te 9 Dovembra 1882, â Herbert Spencer par dea habitants de New-York, a profité de l'occasion pour porter A l'illuBtre philoBopbe un toast où il a coaaiaté, une Tois de plus, l'impossibilité de concilier Spencer avec Calvia, sana disaimuler qae, dans cette alternative, 11 prérârait Buivre le premier.

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